[Critique] Adieu les cons : et bonjour l’amour

Brièvement sorti avant la fermeture des salles en octobre 2020, attirant tout de même 700 000 spectateurs alors,  Adieu les cons bénéficie d’une ressortie salutaire pour les cinémas. Fort de ses sept Césars, nul doute qu’il saura attirer encore plus de spectateurs et remplir les sièges des salles obscures !

Suze va bientôt mourir. Avant de partir, elle aimerait retrouver la trace de son fils qui lui a été arraché à la naissance. Elle va bénéficier de l’aide désespérée de JB et M. Blin, un informaticien suicidaire et un archiviste aveugle…

Contestation réconfortante

Adieu les cons est à l’image d’une de ses scènes d’ouvertures, qui nous présente l’histoire de Suze (Virginie Effira). Une danse endiablée, accélérée, avec des rebondissements inattendus et une conclusion aussi surprenante que touchante. Si le point de départ du film est un acte violent (une tentative de suicide ratée qui entraîne une chasse à l’homme), tout le reste du film est d’une douceur réconfortante. Sans être un feel-good movie – on reste dans le contestataire, tout de même !, Adieu les cons sait réchauffer les cœurs. La recherche du fils de Suze qui va la lier d’amitié avec les désabusés, les abandonnés des institutions JB (Albert Dupontel) et M. Blin (Nicolas Marié), est touchante en tout point, de par la teneur de leur quête, et par les personnalités si particulières du trio. Virginie Effira est (comme toujours, semble-t-il) captivante de justesse dans son rôle de mère qui n’a de cesse de poursuivre sa quête coûte que coûte, quitte à repousser sa mort le plus possible. M. Blin est burlesque au possible, le cachet comique du trio avec ce rôle d’archiviste aveugle qui n’a pas eu le temps de voir le monde changer autour de lui.

Mais le catalyseur de la justesse du film réside dans le personnage de JB. Si Adieu les cons pointe du doigt les aberrations et dysfonctionnements des institutions (administration du service publique, forces de l’ordre…), il a le bon goût de faire de JB un personnage qui fait partie intégrante de ce système, contrairement à certains précédents rôles qu’a pu s’attribuer Albert Dupontel, où il jouait un marginal (Enfermé dehors, Neuf mois fermes) : il maîtrise ce système, joue avec ses règles, y est attaché jusqu’au bout du film avec son petit ordinateur portable qui le suit partout. Cela permet de nuancer son propos, sans pour autant qu’il perde son sel. Simplement, on a moins l’impression qu’il pointe du doigt des hommes qui façonnent le système, mais plutôt le système qui façonne les hommes.

S’il y a bien sur des personnages dont on peut se moquer (le directeur de service administratif, les policiers), la saveur de la critique est différente. Il n’y a pas de “méchant”, on dirige notre colère contre les travers de notre société. Pour autant, si le film frôle parfois le côté “vieux con – c’était mieux avant !”, il n’y tombe jamais vraiment. Car il sait mettre en relief ses critiques : il ne tombe pas dans l’écueil de dire que la jeunesse est responsable de tous les maux, que la technologie nous aliène… Il met globalement tout le monde dans le même panier, et la technologie que JB maîtrise lui permet d’aider Suze à avancer. En définitive, Adieu les cons délivre avant tout un message d’amour, et tout le monde peut y être sensible, jeune comme moins jeune !

Conclusion : Adieu les cons est absolument immanquable, une course contre la montre réconfortante et contestataire maîtrisée de bout en bout. Après avoir marqué les esprits lors de sa première sortie, puis aux Césars, il arrivera sans l’ombre d’un doute à marquer l’année 2021 de son emprunte, comme le premier gros succès de la réouverture des salles ! À voir et à revoir !

Bastien Rouland

Adieu les cons
Un film d’Albert Dupontel
Ressorti le 19 mai 2021
Durée : 1h27

© Jérôme Prébois – ADCB Films


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