CinémaCoups de coeurCritiquesDeauville 2020Festivals

[Critique] 5B : un documentaire bouleversant sur les débuts du sida

Septembre 2020 : six mois après le début du confinement en France, entraînant la fermeture de tous les cinémas du pays, le Festival du film américain de Deauville est le premier à maintenir son édition. Pour rendre hommage au personnel soignant qui combat chaque jour l’épidémie de coronavirus, le festival a décidé de programmer 14 films hors-compétition qui mettent en avant les docteurs français et américains. Parmi eux, on trouve 5B, un documentaire déjà présenté lors de l’édition précédente (ainsi qu’au Festival de Cannes 2019) mais qui n’est pas sorti dans les cinémas français. Et c’est bien dommage, car le film est une pépite, qui traite le sujet d’une autre épidémie qui a bouleversé le monde : le sida.

Nous sommes dans les années 1970, à San Francisco. Depuis quelque années, la communauté gay s’affirme et s’affiche publiquement, prenant part à de nouveaux mouvements pour défendre ses droits. Mais une terrible épidémie se déclare, qui ne semble s’attaquer qu’à la population homosexuelle… Devant l’agressivité de ce nouveau “cancer gay” qui terrorise tout le monde, y compris les médecins, une unité spéciale s’ouvre à l’hôpital de San Francisco : le service 5B, qui pendant des décennies, va venir en aide à des malades rejetés du reste du monde.

Face à l’inconnu, le courage des soignants

Ce cancer gay, on ne le sait pas à l’époque, n’est pas un cancer mais un virus : le VIH. Comment s’attrape-t-il ? Comment se transmet-il ? Est-il possible de le soigner ? C’est sans réponse à ces questions que l’unité 5B ouvre à l’hôpital de San Francisco, et voit affluer des centaines de malades… qu’il est impossible de guérir. En nous replongeant à l’origine de la découverte du sida, le documentaire montre notamment comment la maladie a alors terrorisé la population, et même les médecins, qui allaient jusqu’à porter des combinaisons intégrales ou refuser de soigner les malades. Grâce à ces images choc et à une musique prenante, le film réussit à insuffler cette peur au spectateur. Mais cela lui permet également de rendre un hommage d’autant plus fort au personnel soignant de l’unité 5B, qui a fait ce que personne d’autre ne voulait faire : risquer leur vie pour apporter leur aide à des malades sans savoir s’ils allaient être contaminés par ce virus à l’époque 100 % mortel.

Et quoi de mieux pour leur rendre hommage que de leur donner la parole ? Car si 5B est un documentaire qui compile, comme bien d’autres, images d’archives et témoignages actuels, sa particularité est que les personnes qui témoignent aujourd’hui sont également celles que l’on voit, plus jeunes de quelques décennies, sur les images d’archives. Il s’agit de médecins, d’infirmiers et infirmières, de proches de malades, de militants… Bref, uniquement des personnes qui ont réellement vécu l’épidémie au plus près. Certains témoignages sont même très importants, notamment celui de Cliff Morrison, qui n’est autre que le directeur de l’unité 5B. Ces sortes de “flash-backs” rendent d’ailleurs le documentaire très cinématographique dans sa narration : en ne révélant pas immédiatement l’identité de certaines personnes ou le lien qui les unit, le film réussit même à avoir des retournements de situation comme le ferait une fiction.

“La maladie faisait oublier l’être humain.”

Mais le documentaire ne fait pas que rendre hommage au personnel soignant ; il montre aussi les malades, et la réalité de leur hospitalisation : des personnes souvent jeunes, dont l’état de santé se dégradait très rapidement, et qui, rejetées par la société et parfois même par leur propre famille, mouraient seules et dans l’anonymat. Alors la mission de l’unité 5B prenait une autre dimension : au-delà des soins médicaux, il fallait toucher, parler, passer du temps avec les malades, afin de leur redonner leur humanité et leur dignité. Et tout comme les soignants, le documentaire prend le parti de redonner un visage, un nom, une histoire et une voix à ces hommes et ces femmes : le spectateur est invité à faire connaissance avec quelques patients et à les accompagner durant les derniers instants de leur vie. Certaines histoires, comme celle du jeune Grégory, sont simplement bouleversantes.

Enfin, le documentaire s’attache à expliquer comment l’épidémie du sida a conduit à un recul des droits des homosexuels, stigmatisés et considérés comme responsables de la maladie. Là, encore une fois, le film brille par la richesse de ses exemples et de ses témoignages, car il donne non seulement la parole aux militants et aux médecins et infirmiers faisant eux-mêmes partie de la communauté LGBT, mais aussi au parti adverse, à cette femme médecin qui a lutté pour son droit à refuser d’opérer un patient du sida, à ces parents qui n’ont pas accepté l’homosexualité de leur enfant… Sans les défendre, mais sans les fustiger non plus, le documentaire leur donne simplement la parole, permettant au spectateur d’écouter leur point de vue et d’entendre leur peur pour mieux comprendre les controverses qui secouaient la société américaine à l’époque.

Conclusion : 5B regroupe tout ce qu’il faut pour faire un documentaire parfait : un discours clair qui explique en détail l’origine du sida, des témoignages et des images d’archives fortes, des histoires bouleversantes qui viennent illustrer une analyse sociale ainsi qu’un parti pris dans la mise en scène. Mais c’est aussi un documentaire très humain, qui rend hommage au personnel soignant et qui donne à voir, comme eux l’ont fait, les hommes et les femmes derrière la maladie. 

Laurène Bertelle

5B
Un documentaire de Dan Krauss and Paul Haggis 
Durée : 1h34
Date de sortie inconnue

Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Vous pouvez aussi nous soutenir gratuitement en regardant une publicité : cliquez ici ! 

Comment here