[Coin Lecture] Quentin Tarantino… fils de pulp

Quel serait l’intérêt de lire un livre sur Quentin Tarantino (un de plus !), qui plus est un livre daté de 1998 ? Les informations présentes dans le livre sont forcément un peu désuètes, non ? Et bien détrompez-vous : outre la plume accrocheuse de feu Jean-Pierre Deloux (rédacteur pour la revue Polar depuis 1979, et même corédacteur en chef à partir de 1998 !), Quentin Tarantino… fils de pulp est une petite capsule temporelle. Que disait-on de lui quand il n’en était qu’à son troisième film ? Qu’attendait-on de lui ? Quelles étaient ses influences ?

Sa vie comme une enquête

Quentin Tarantino… fils de pulp se compose de trois parties. Pour la première, Jean-Pierre Deloux profite de son expérience de la littérature et du film noir et pulp pour brosser un portrait du réalisateur comme s’il résumait une enquête policière. De sa naissance jusqu’à la réalisation de son premier film, le livre retrace la vie de Tarantino. De son travail dans un cinéma porno à sa rencontre avec Roger Avary, en passant par la case prison : on se passionne du parcours atypique du réalisateur, qui semblait depuis tout petit ne se destiner qu’à une chose : écrire des histoires et les mettre en scène.

Si la vie du cinéaste vous est peut-être connue, la lecture de cette petite biographie a pour avantage d’être rédigée comme s’il s’agissait d’un roman policier. Prenons pour exemple cette phrase d’introduction à la “Séquence 8” : “Quentin sortait de sa Honda Accord, claqua méchamment la portière, avant de balancer un coup de pied dans l’aile, côté conducteur”. Si l’exactitude de toutes les informations n’est pas vérifiable (en dehors de la marque de la voiture, comment être certain de toutes les émotions et gestes de Tarantino ?), l’expérience est plaisante, et permet de vraiment s’imprégner d’une atmosphère qui rend dynamique la lecture. On s’y croirait ! Le ressenti de la frustration de ne pas réussir à monter un film et de ramer pendant des années est très présent !

“Roger” et le mot en W

La deuxième partie est moins intéressante : il s’agit d’une fiche technique des réalisations de Tarantino sorties à ce moment-là, ainsi qu’une brève analyse de Jean-Pierre Deloux. La troisième partie, en revanche, est une petite pépite. L’auteur analyse les influences culturelles du réalisateur pour la conception de ses films. Il commente la liste des films favoris de Tarantino de l’époque (présente en appendice), ce qui est intéressant pour plusieurs raisons : d’une part, Jean-Pierre Deloux analyse sa liste avec son propre regard de passionné de polar et de film noir. Il s’interroge donc sur la présence de tel film, sur l’absence d’un autre, il aborde également le western.  Comme la liste date de 1998, on peut la considérer obsolète. Mais, sachant que le livre contient en plus quelques entretiens avec le cinéaste,  si on effectue un travail d’analyse sur l’évolution de Tarantino, la lecture de cette partie est des plus passionnantes !

D’autant que le décalage temporel est amusant. Ainsi, Jean-Pierre Deloux n’approuve pas le film The Killer de John Woo, considérant qu’il s’agit d’un mauvais remake du Samouraï de Jean Pierre Melville. Il considère malgré tout que John Woo possède du talent et est “un cinéaste à suivre”… Alors qu’en 1998, le réalisateur hongkongais avait déjà réalisé 24 films ! De même, le livre contient quelques coquilles amusantes mais qui ne seraient plus possibles aujourd’hui : notamment la présence d’un certain “Roger” Downey Jr. au casting de Tueurs nés d’Oliver Stone ! Avant d’être la méga-star qu’il est aujourd’hui, on pouvait se permettre de mal orthographier le nom du comédien…

Autre détail assez “rassurant”: le film se déroulant avant le mouvement Me too et le raz-de-marée d’accusations qui ont accablées Harvey Weinstein, on pouvait craindre de voir son nom apparaître, et de quelle manière il serait traité. Fort heureusement, on se rend compte que l’impact de l’ex-producteur sur l’œuvre de Tarantino est extrêmement minime. Il n’apparaît aucunement dans la vie et le travail du cinéaste jusqu’à ce que Reservoir Dogs soit distribué. Jusqu’ici, personne ne croyait aux scénarios de Tarantino, et ce ne sont pas les frères Weinstein qui l’ont sauvé. On vous laisse découvrir tout les tenants et aboutissants par vous-même, mais en définitive Tarantino doit beaucoup plus à la productrice et manageuse Cathryn Jaymes et à Harvey Keitel plutôt qu’aux Weinstein ! Ce n’est qu’après le succès fulgurant de ses films qu’ils ont bien voulu commencer à donner des sous pour faire d’autres films…

Conclusion : même si les informations sur l’actualité de Tarantino présentes dans ce livre sont forcement obsolètes, on conseille à tous les amateurs du cinéaste de jeter un œil à Quentin Tarantino… fils de pPulp. Ne serait-ce que pour l’élégance de la biographie, rédigée comme un roman policier. Mais au-delà de ça, le livre est une curieuse capsule temporelle, si nous ramène avant le Tarantino de Kill-Bill, avant l’avènement des films de super-héros, avant Me too. À vous procurer, si vous mettez la main dessus !

Bastien Rouland

Quentin Tarantino… fils de pulp
Un livre de Jean-Pierre Deloux
Paru le 3 avril 1998 aux éditions Fleuve Noir

 


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