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[Annecy 2020] Le meilleur des courts métrages “WTF”

Peut-on dire que l’on connaît vraiment le festival d’Annecy si l’on n’est pas passé par la case “WTF” ? D’année en année, cette sélection de courts métrages réunit de plus en plus de fidèles, à tel point que, l’an dernier, elle a rempli la plus grande salle du festival, soit le théâtre de Bonlieu ! Pourquoi “WTF” (ou what the fuck en l’anglais) ? Tout simplement parce que ce programme est un concentré de ce qu’il y a de plus étrange dans l’animation. Ça n’est clairement pas adapté à tous les publics, ça vous donne l’impression de ne plus savoir ce qui a du sens dans la vie et ça vous fait passer par toutes les sensations.

Crise sanitaire oblige, on n’a pas pu partager toutes ces émotions en public, mais les films “WTF” ont toujours fait partie de la sélection d’Annecy Online. L’ambiance n’était malheureusement pas au rendez-vous, mais l’avantage, c’est que cette sélection pouvait être visionnée au rythme de chacun. Parmi les quatorze films retenus, on a décidé de vous parler de nos préférés !

I’m Not A Robot de Sean Buckelew

Vous vous souvenez des CAPTCHA ? Vous savez, ces formulaires supposés vérifier que vous êtes bel et bien un humain et non pas une machine prête à détruire le monde (ou un Terminator) sur une page internet. Dans le tout premier court métrage de la sélection “WTF”, le réalisateur Sean Buckelew nous emmène justement sur une page internet, où il décide de se créer un compte, où, déjà, on vous demande bien des informations privées… Et malgré tout, le CAPTCHA est là, il vous attend, comme toujours, vous demande de reconnaître des bouches à incendie, tout va bien.

Et peu à peu, ça part en cacahuète. Les demandes de vérification continuent et deviennent de plus en plus saugrenues. La volonté du réalisateur ? Montrer que cette peur du numérique est aussi le reflet de notre propre société, de ses traumatismes, de sa violence. Ces nouvelles étapes de vérification sont à la fois cruellement drôles, tristes, surprenantes. Et en à peine deux minutes, oui, Sean Buchelew nous ramène bel et bien à l’ironie de notre situation. Une entrée en matière particulièrement frappante !

My Exercise d’Atsushi Wada

Si vous aimez les jeux vidéo indépendants, alors peut-être avez-vous déjà entendu parler de My Exercise. Un jeu dans lequel vous faites des abdos avec votre chien en appuyant sur votre barre d’espace. Oui, c’est tout. Dans sa déclinaison en court métrage, c’est à peu près ça aussi, sauf qu’Atsushi Wada (déjà derrière le jeu vidéo) rend le tout un peu plus varié. Plus d’exercices, des changements de position et… un chien qui se prête lui-même au jeu. C’est tout bête, plutôt mignon et très rigolo. Puis il y a un chien, donc voilà.

Farse de Robin Jensen

Un éleveur se fait embarquer par mégarde avec ses bêtes et est transporté dans un abattoir. Ou plutôt : face à un hachoir géant. Farse porte tout aussi bien son nom au sens littéral qu’au sens figuré. Le film de Robin Jensen fait constamment dans la grandiloquence, autant dans les attraits de ses personnages (un bourreau géant, une femme quasi-nue séquestrée aux allures de Chaperon Rouge) que dans son action.

Loin d’être un film pour les vegan, Farse accumule les scènes de boucherie, et dévoile ici toute la richesse de son animation, passant tantôt du dessin aux prises de vues réelles. Il y a de la viande, du hachis, du sang, en veux-tu en voilà, et pendant que notre héros cherche à s’échapper de l’endroit où il se trouve, un festin commence. Un festin tout aussi décadent que le reste et sans aucune limite : on y mange sans arrêt, sans aucune manière, c’est presque si on ne se ferait pas vomir pour en avoir toujours plus. “Toujours plus”. C’est bien ça.

Little Miss Fate de Joder Von Rotz

Et si votre boulot était – littéralement – de changer le cours des choses ? En assistant à une rencontre amoureuse qui pourrait très mal finir, Little Miss Fate (tel est son nom) décide de prendre le contrôle des événements et d’aller à l’encontre du destin. Et évidemment, là aussi, ça ne se passe pas comme prévu. Par ses choix de couleurs et son esthétique, mais aussi sa manière de basculer dans le n’importe quoi absolu, Joder Von Rotz rappelle Je sors acheter des cigarettes d’Osman Cerfon, mais aussi la série animée The Midnight Gospel de Netflix (dont un épisode fait d’ailleurs partie des films de télévision en compétition cette édition).

On pense évidemment à toutes ces œuvres qui placent le spectateur en position de créateur/décideur, où vos choix ont une incidence sur le déroulé de l’histoire, à Retour vers le futurL’Effet papillon… voire même Destination finale, un petit peu. Chercher à contrôler à tout prix le cours des choses, est-ce si important ?

Dream Cream de Noam Sussman

Dans le monde de Noam Sussman, on ne rajeunit pas grâce aux crèmes anti-rides. Non : on préfère la dream cream ! Une crème miraculeuse (ou une drogue, en fonction de votre point de vue sur la chose) qui fait sortir de la torpeur du quotidien une fois appliquée sur le visage. Ici, nous suivons celui d’un couple de personnes âgées, dont la vie se limite vraisemblablement à boire du thé et voir les mouches voler. Leur pot de dream cream est leur seul échappatoire : chaque nuit, le couple partage ses rêves et retrouve sa frénésie passée…

Enfin ça… c’est jusqu’à ce que la crème vienne à manquer. À la fois chronique d’une addiction et voyage psychédélique, Noam Sussman oppose la mocheté du quotidien (des décors sombres, ultra-ternes) à la fantasmagorie des rêves, où les couleurs fusent de partout, où les formes s’affranchissent des contraintes du réel, où les techniques d’animation se diversifient. Un vrai coup de cœur !

Gabin Fontaine

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