Vos films et séries préférés dictent-ils vos futurs comportements ?

Les films et les séries catastrophe anticipent-ils et dictent-ils les futurs comportements sociaux  ? C’est une question qui a dû traverser l’esprit des plus sériéphiles et cinéphiles d’entres nous. Voilà une question à laquelle nous allons tenter d’apporter des éléments de réponses.

Comment ma série ou mon film favoris peut-il m’influencer? Premièrement, par la reconstitution fidèle de notre quotidien, en plaçant l’intrigue dans un lieu et une situation familière. Il ne s’agit pas seulement de présenter un cadre de référence que tout le monde connaît mais il s’agit également de montrer une action qui parle à tous les publics. Ainsi, les films catastrophe introduisent une situation de la vie de tous les jours à chaque début de film qui ne laisse en aucun cas envisager que la catastrophe est imminente. Les parents Lane dans World War Z se réveillent doucement et leurs enfants les rejoignent quelques minutes plus tard. Ensuite, la famille parle des tracas du quotidien autour d’un petit déjeuner confectionné par la mère. Pour finir, ils montent tous en voiture et se retrouvent coincés dans les embouteillages. Le père allume la radio pour avoir des informations sur le trafic. Jusque-là, la situation de départ est des plus habituelles.

En plus de la reconstitution des décors, les détails contribuent davantage à ce brouillage entre réalité et fiction. Le réalisme de l’action passe d’abord par les dialogues. Dans The Walking Dead, la première scène post générique du premier épisode de la saison 1 est une conversation des plus banales entre Rick et son meilleur ami Shane durant laquelle ils évoquent des clichés sur les femmes, ils parlent de leur relation amoureuse, des tracas de la vie quotidienne etc. Ce dialogue de plus de trois minutes ennuie le téléspectateur qui peut se demander à juste titre : « Pourquoi une série sur les zombies prend le temps de s’attarder sur une conversation aussi banale et plate lorsque ce que l’on attend est une attaque sanglante ? » La série est souvent ponctuée par ce type de dialogues qui sont à première vue sans intérêt et inutiles à la compréhension de l’histoire.Tout est montré de la manière la plus dépouillée qui soit.

Ces nombreux détails, distillés dans les scènes, apparaissant anodins voire insignifiants, sont au contraire garants du réalisme de la fiction et amplifient ainsi l’atmosphère générale. La description ici n’est pas superflue, elle n’est pas là pour remplir les interstices du récit. Au contraire, ces détails inutiles donnent vie au réel, exacerbent l’effet de réel qui complexifie l’univers diégétique de la fiction. Le but ici est de rendre la fiction la plus proche de la réalité, de rendre la fiction la moins fictive que possible.  Ainsi, le spectateur se plongera dans une fiction qui se parera de réel et il aura même l’impression de voir sa propre vie. Car pour qu’il y ait anticipation et manipulation, l’intrigue doit décalquer la réalité pour que le scénario soit le plus probable possible.

Le travail d’identification

Une fois ce cadre posé, il s’agit désormais pour la fiction de créer des personnages auxquels le spectateur peut s’identifier aussi bien émotionnellement que psychologiquement. De ce fait, il s’attachera au personnage qui lui ressemble le plus et suivra son avancée avec la plus grande attention pour voir comment il devra réagir en cas de catastrophe. Une fois que le public s’identifie aussi bien au lieu de la fiction et aux personnages, le conditionnement peut commencer. Différents pans de la société sont représentés dans ces fictions et sont les miroirs concentriques d’un ensemble humain : Mme Carmody (The Mist) et Hershel (The Walking Dead) symbolisent la religion, le shérif Rick Grimes (The Walking Dead) et l’ancien agent des Nations Unis Gerry Lane (World War Z) représentent l’autorité, Franck et Hanna (28 jours plus tard) et la famille Ferrier (La Guerre des mondes) sont l’institution de la famille etc. Ces différents personnages qui peuvent faire partie de notre entourage sont mis à l’épreuve de la catastrophe pour montrer au public comment ils pourraient réagir face à ce type d’événements. Robert Kirkman, le créateur de Walking Dead, le confirme d’ailleurs : « Je voudrais vraiment vous montrer comment vos amis, vos voisins, votre famille et vous-mêmes pourriez réagir dans de telles situations. »

Une fois que le public s’identifie aussi bien au lieu de la fiction et aux personnages, le conditionnement peut commencer. La fiction mettra à l’épreuve les hypothèses de départ que le public a engrangé dans sa mémoire depuis son enfance et les infirmeront ou les confirmeront. Ces mêmes hypothèses qui ont été émises pour la plupart par les autitaires. Les films anticipent donc sur les comportements des individus en leur disant déjà ce qu’ils doivent faire puisqu’ils s’assurent que ces hypothèses se transforment en confirmation dans une réalité fictionnelle. Les représentations mentales de départ se trouveront donc transformées et de nouveaux scénarii viendront s’ajouter aux anciens. Ainsi, lorsque la catastrophe arrivera, le public se remémorera des schémas mentaux et appliquera à la catastrophe le meilleur des schémas qui lui a été transmis par la fiction. Mais il n’est pas suffisant de proposer des solutions empiriques à un problème donné. Il faut également montrer qu’il n’y a pas d’autres choix que celui montré dans la fiction.

C’est là que le schéma narratif entre en jeu

En introduisant la catastrophe de manière imprévue, le public va être pris de panique et sera totalement dépourvu puisqu’il n’aura jamais eu affaire à ce type de situation. Le film catastrophe est là pour dire que le public ne doit pas s’en faire puisque l’État prendra tout en charge : le but ici est de créer un corps social homogénéisé qui déléguera tous ses droits aux autorités au nom de la sécurité. Les films catastrophe nous montrent de quoi nous devons avoir peur, comment surmonter cette peur et quelle entité peut nous sauver de la catastrophe.

La résolution de cette problématique amène une foule d’autres résultats dont celui de l’idéologie véhiculée : la gouvernance par la peur. C’est en maintenant le public dans une atmosphère anxiogène constante que les autorités légitiment les lois mises en place et regroupent toutes les singularités sous un même étendard. Face à la peur, l’homme ne raisonne plus et va jusqu’à déléguer sa protection et même sa liberté à une entité extérieure. La peur est le pire ennemi de la liberté.

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