Série TV : Bilan de la saison 2 d’Utopia

La diffusion de la deuxième saison d’Utopia s’est achevée le 12 août dernier sur Channel 4. À cette occasion, Silence Moteur Action revient sur cette mini-série britannique qui ne ressemble à aucune autre.

Comics devenu culte par son graphisme et son récit déroutant, Utopia fait l’objet de toutes les convoitises. Entourée de mystère, sa suite affole le net. Aussi quand un groupe d’inconnus parvient à mettre la main dessus, ils sont immédiatement pris en chasse par une organisation se faisant appeler The Network. En danger de mort, ils s’enfuient dans la campagne anglaise, emmenant avec eux le précieux document. Après une première saison intense qui nous menait de révélations en révélations, que nous réservait la deuxième saison ?

Le compte à rebours a commencé 

Histoire incroyable d’un manuscrit qui sème la mort sur son passage, Utopia s’est révélé être bien plus qu’une fiction. Sorte d’avertissement astucieusement dissimulé dans un puzzle graphique d’une grande complexité, Utopia avait pour objet de mettre en garde l’humanité face à l’immense catastrophe qui s’apprête à fondre sur elle. En effet, Philip Carvel, son auteur, virologiste pour le compte de The Network, a conçu un virus capable d’anéantir la race humaine. Au bord de la folie, il avait réalisé cette autobiographie expiatoire du nom d’Utopia Experiments. Le groupe prend alors conscience de l’énorme machination qui s’est mise en place à leur insu. Organisé en secte, The Network dispose de tout un réseau de disciples prêts à se sacrifier pour répandre ce virus à la vitesse de la lumière. L’organisation a été jusqu’à créer un vaccin, appelé Janus, qui, tout en ayant les propriétés salvatrices qu’on lui suppose, a cette petite particularité de rendre stériles la plupart de ceux qui le recevront. Solution extrême destinée à mettre un frein à la surpopulation mondiale qui capte les ressources de la planète, The Network, organise un génocide au terme duquel seule une maigre partie la population réchappera. Disposant d’appuis influents dans le monde politique, The Network compte bien inoculer son vaccin à la planète entière à travers une action simultanée, le V-Day, qui doit avoir lieu 90 jours plus tard. Seulement voilà, Carvel a apporté une modification notable à Janus avant de disparaître et compromet de fait la réalisation de ce projet fou. La seconde partie d’Utopia (point de départ de la série) contenait évidemment des informations essentielles à ce sujet. La seconde saison d’Utopia réussiy son pari et nous tient en haleine jusqu’à la révélation de cette modification hallucinante, à la fois cruelle et géniale (on vous garde la surprise). Mais savoir ne suffit pas, est-il trop tard ? Peut-on encore sauver l’humanité ? Avec une thématique complexe, surréaliste et flippante, Utopia tient la longueur et frappe fort.

Il était une fois un thriller efficace

Thriller abouti, Utopia égraine les révélations et enchaîne les situations inconfortables. Les effets de surprises et autres twists, points essentiels de ce type de réalisation, sont maîtrisés. Série trash et violente, Utopia peut tout se permettre grâce à sa photographie très color pop qui vient se heurter à un récit très sombre. La saturation des couleurs rappelle sans mal l’univers des comics. Aussi la série apparaît de plus en plus comme la matérialisation d’Utopia dans une réalité alternative. Cet univers atypique inscrit le récit dans une modernité proche de nous et donc angoissante à souhait, tout en créant une certaine distance nécessaire en raison de quelques scènes très dures. Cette réalité fantasmée n’est pas s’en rappeler l’univers du conte. La seconde saison se développe dans ce sens : la défaillance du parent précipite l’enfant dans la gueule du loup, le vrai visage de la méchante belle-mère est révélé au grand jour, on découvre la malédiction qui touche la princesse, Jessica Hyde (Fiona O’Shaughnessy), la sorcière menace l’équilibre du monde en imposant son règne de terreur. Or, à chaque conte son « il était une fois », celui d’Utopia a lieu au premier épisode de la seconde saison. Petit chef œuvre en soit avec cet usage des filtres et son aspect de série dans la série, il recrée la genèse de ce projet fou. Très utile à l’histoire, il nous remet dans le bain après un an d’absence et donne des perspectives intéressantes pour la suite. En fin de saison cet épisode aurait eu beaucoup moins d’impact, il aurait donner l’impression que la boucle était bouclée mais là il accélère le propos et l’impression d’urgence. La tension monte d’un cran. Très efficace en soit, il donne de la force à l’épisode suivant, qui apparaîtra comme le véritable season premiere. Série complexe qui ménage ses effets, et multiplie les niveaux de lecture, Utopia est résolument une série à part. Y aura-t-il un happy end pour ce conte moderne ? Rien n’est moins sûr…

Une vision pessimiste de l’homme

Tout en ayant un style unique, Utopia participe à un mouvement plus général de séries qui placent l’homme au centre de la réflexion en tant que force inquiétante, de force essentiellement destructrice. The Leftovers (HBO), The 100 (CW), Manhattan (VGN America), The Lottery (Lifetime), Dominion (SyFy), etc… entrent dans cette catégorie. Les séries actuelles mettent clairement en scène une certaine défiance de l’homme vis-à-vis, non pas de l’imprévisible ou du surnaturel mais de lui-même. À l’image des films catastrophes à succès de ces dernières années, le petit monde de la série semble s’être adapté à notre goût de l’apocalypse. Apocalypse qui propulse toujours l’homme dans un avenir incertain, plutôt sombre dont il est toujours à l’origine et duquel on ne revient pas. Il est vrai qu’aucun des personnages d’Utopia n’apparaît comme suffisamment fort pour sauver l’humanité. Becky (Alexandra Roach) est une jeune femme malade condamnée et prête à en finir, Wilson (Adeel Akhtar) est fragile et prêt à basculer, Ian (Nathan Stewart-Jarrett) bien qu’authentiquement torturé par les questions d’éthique va être obligé de se résoudre à certaines extrémités dont il se serait bien passé, Grant (Oliver Woollford) a un net penchant pour la violence, etc. Face à eux, Carvel (Ian McDiamid) et Mr Rabbit restent persuadés que leur projet est un mal nécessaire. On les imagine mal parvenir à sauver cette idée d’humanité solidaire et bienveillante qui seule peut permettre la survie. En somme, Utopia pose plus de questions qu’elle n’offre de réponses. On espère qu’elle reviendra pour une troisième saison pour tenter d’étoffer sa réflexion sur l’humanité comme elle a su le faire sur la théorie du chaos et de la conspiration et qu’elle saura s’élever au niveau de The Walking Dead ou encore In the Flesh qui traitent également de l’humanité brisée qui peine à se reconstruire dans une sorte de normalité.

Conclusion

Utopia sait où elle va et se dévoile méthodiquement. On est rassuré de voir que la seconde saison garde toute l’authenticité de la première malgré l’effet de la découverte passé. Bien que des plaintes pour violence gratuite aient à nouveau parsemé sa diffusion, que les audiences accusent une légère baisse et que son dernier épisode se révèle être moins percutant que le season finale de la première saison, on espère bien la revoir l’année prochaine. Dennis Kelly, son créateur, déclarait même récemment avoir de quoi envisager une quatrième saison. Enfin, pour ceux qui l’on vu on espère que vous l’avez autant apprécié que nous et pour les autres, n’hésitez plus. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir.

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