Une Belle Fin : l’ode à la vie de Pasolini (critique)

Uberto Pasolini nous propose avec Une Belle Fin une comédie qui explore l’isolement sociétal de nos générations. Casting étonnant, mélange de drame, de comédie (voire de fantastique), le film est un petit ascenseur émotionnel dans lequel on entre facilement.

John May (Eddie Marsan) est un fonctionnaire dévoué entièrement à son travail : retrouver les proches des personnes décédées seules et organiser leurs obsèques si aucun ne répond à l’appel. Un jour, la vie bien rangée de John May est chamboulée lorsque le dernier dossier que son supérieur lui demande de traiter est celui de l’un de ses voisins dont il ne sait rien, Billy Stoke.

Un très bon début pour ce second et nouveau film d’Uberto Pasolini, ce réalisateur italien dont on retrouve les idées dans le personnage joué par Eddie Marsan. On est face à une thématique intrigante, moralisatrice et bien triste, qui pourtant touche et décroche même des rires devant la solitude humaine.

Avant tout ode à la vie, Une Belle Fin est un appel à aller toquer à la porte de son voisin pour lui proposer un verre. Le film pose également une question sociétale purement générationnelle : il y a 50 ans, la famille était pilier. Comment est-il possible aujourd’hui de mourir seul et oublié ? Si le résumé nous en annonce des vertes et des pas mûres, on peut se trouver un peu déçu du déroulement des événements. Ce bouleversement qui n’arrive jamais vraiment se tient plutôt dans le quotidien d’un homme qui se bat contre des moulins pour éviter aux autres la solitude dans laquelle lui se complaît.

Eddie Marsan dans le rôle de John May - Crédits Cineuropa
Eddie Marsan dans le rôle de John May – Crédits Cineuropa

Pasolini a fait un choix de casting intéressant en la personne d’Eddie Marsan, que l’on a l’habitude de retrouver dans des rôles de petits ou grands méchants. Ici, le personnage de John May est presque un antagonisme dans la mesure où son unique objectif est d’apporter un départ réconfortant aux personnes décédées dont il s’occupe. Ca n’est qu’en explorant la vie de son voisin pour essayer de retrouver ses proches qu’il semble prendre conscience de sa propre solitude – une sorte d’effet miroir qui le ramène peu à peu à la vie.

Uberto Pasolini nous fait vivre la quête, aux allures du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, d’un homme qui ne vit que par le décès des autres – une sorte d’ange-gardien bienveillant et débordant de générosité, que personne n’imagine, au regard hagard, qui ne comprend pas comment les hommes en sont arrivés là. Faute de tirer la sonnette d’alarme, le film dépeint parfaitement la société qui est la nôtre, ses misères comme ses petites beautés. C’est un tableau émouvant et juste, une belle réflexion en somme.

Une Belle Fin (ou Still Life) est à retrouver dans les salles françaises le 15 avril 2015. Il bénéficie, cependant, d’une sortie anticipée le 21 janvier aux Studio Cinémas de Tours (plus connaître les horaires des séances, c’est ici). Sorti en Italie en 2013, le film a été primé au Festival de Reykjavic, d’Abu Dhabi et d’Edimbourg, et a obtenu en plus :

  • le Prix du Meilleur Réalisateur dans la section Orizzonti à la Mostra de Venise
  • le Prix Pasinetti du Meilleur Film par le Syndicat des Journalistes Italiens
  • le Prix du Meilleur Film de la Confédération Internationale des Cinémas art et essai

Bande d’annonce Une Belle Fin : 

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