Rencontres

Tim Burton : « Je célèbre la beauté d’être différent et d’être accepté »

De retour avec le réussi Dumbo, le cinéaste Tim Burton était accompagné d’Eva Green (qui interprète Collette Marchant dans le film) pour la promotion française. L’occasion pour nous de les rencontrer lors de la conférence de presse et de les écouter parler de l’éléphanteau aux grandes oreilles, qui 70 ans après le film d’animation, continue de faire chavirer notre cœur.

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Dès l’origine du projet, on sentait une alchimie évidente entre Tim Burton – ce grand cinéaste qui filme des personnages marginaux et différents – et l’éléphant Dumbo. Et effectivement, Burton confirme que le film d’animation a eu un grand impact sur lui étant enfant. « Dumbo, c’est une métaphore très belle de la vie mais qui m’est très personnelle aussi. C’est un personnage étrange qui n’a pas l’air de rentrer dans le moule. Ça me ressemble. Dans mes films, je célèbre la beauté d’être différent et d’être accepté« .

Pour ce qui est des inspirations, le cinéaste explique que ce qui lui plaisait, « c’était la simplicité et la beauté de cette histoire. C’est une fable. L’inspiration était plus visuelle qu’autre chose« . Pour autant, lorsqu’on lui demande s’il n’est pas influencé par des courants artistiques passés comme l’expressionnisme allemand (le jeu sur les ombres et les contrastes, les déformations des corps par la lumière, le côté gothique) ou plus récemment par le cinéaste Fassbinder, il botte en touche. « Je n’aime pas donner de références directes ! Mais dans la palette des couleurs, dans la noirceur, oui. De toute manière, tous les films que j’ai vus et que je vois m’inspirent.« 

« Dumbo est un personnage étrange qui n’a pas l’air de rentrer dans le moule »

Dumbo est aussi un grand divertissement, qui rend hommage au monde du cirque. « Quand j’ai commencé chez Disney, je bossais aussi sur les parcs d’attractions. Donc c’est amusant ici de raconter l’histoire d’un éléphant rejoignant un cirque !  » nous dit Burton. C’est pour autant un film qui prend du recul sur son sujet, à savoir sur les animaux enfermés dans des cages. Cela en fait-il un film activiste ? Pour nous, très clairement. Tim Burton, lui, est moins manichéen et explique : « Je n’ai jamais aimé les cirques, les êtres sauvages enfermés… mais en même temps, c’est un lieu étrange où se retrouvent des marginaux, des gens incomplets. Je suis heureux qu’il n’y ait plus de créatures sauvages en captivité (aux USA)« .

Pour le film, bien évidemment, pas de vraies créatures mais des images de synthèses, notamment pour le personnage de Dumbo. « La seule chose qui manquait sur le plateau, c’était le personnage principal (rires). C’était amusant à faire. Ce n’est pas un remake, mais une continuation de l’univers, une exploration ! Je veux le rendre différent de l’original mais en garder le cœur » nous raconte le réalisateur. Eva Green confirme, et se rappelle la beauté de ce plateau qui reconstitue un cirque ambulant : « le plateau était grandiose ! On avait l’impression de revenir à l’âge d’or hollywoodien. Il y avait de la passion dans l’air. C’était une famille.« 

« De quoi se souvient-on dans un film ? Des parties effrayantes, tristes. »

La grande force du film réside dans ses personnages humains, campés par des habitués de Burton (Michael Keaton, Eva Green) ou des nouveaux, comme Colin Farrell. « J’aime avoir des gens bizarres qui vont être en osmose avec la bête bizarre qu’est leur personnage. Colin Farrell, j’ai aussitôt eu l’impression que je le connaissais depuis toujours ! C’était important d’avoir ces acteurs avec moi. La raison pour laquelle je les aime, c’est qu’ils ont accepté de me suivre dans cette aventure folle« . explique Tim Burton. Eva Green raconte, à propos de son personnage : « j’aime les femmes fortes, qui ont un voyage, un passif. Collette est une sorte d’oiseau en cage qui s’émancipe.« 

De manière générale, lorsqu’on parle à Tim Burton du passif des personnages non expliqué à l’écran (à savoir le contexte de la seconde guerre mondiale), il répond : « ‘Dumbo, c’est une fable, on n’a pas voulu montrer la cruauté de la Seconde Guerre mondiale. On n’a pas besoin de le voir pour comprendre la situation et les personnages. Le point central, c’est de donner le contexte mais aussi créer un écho.« 

Enfin, en ce qui concerne le personnage de l’éléphant, le cinéaste conclut : « J’ai fait Dumbo car je me sens proche de lui. On s’en moque, il est mis à l’écart. En fait, c’est moi. C’était la risée de tous, un personnage bizarre et en même temps complexe, intelligent. J’aime toujours faire quelque chose qui me parle et auquel je suis très attaché intimement. C’est vrai que tous les films Disney à l’époque (il parle des films Disney des années 40) nous permettaient d’évoquer les thèmes de la mort, de la tristesse, etc. Car de quoi se souvient-on dans ces films ? Des parties effrayantes, tristes. » Un vrai film de Tim Burton donc !

Merci à Heaven et à Disney France pour l’organisation de cette rencontre.

Dumbo
Un film de Tim Burton
Sortie le 27 mars 2019


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