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[Rétrospective Burton] Tim Burton a-t-il mal tourné ?

Le point commun entre Gaspar Noé, Xavier Dolan, David Yates, Darren Aronofsky ou encore Tim Burton ? Chaque fois qu’un de ces réalisateurs, aussi variés soient leurs styles, sort un nouveau film, le public se divise radicalement : ceux qui adorent, et ceux qui détestent. A l’occasion de la sortie de Dumbo, nous avons choisi de dédier notre rétrospective du mois au père d’Edward aux mains d’argent, Tim Burton.

Autrefois adulé, désormais largement répugné, le réalisateur vient-il de définitivement s’enterrer en acceptant de porter la nouvelle version de l’histoire du célèbre éléphant Disney ? Sur un tel projet, il est attendu au tournant. Les derniers longs métrages de Tim Burton ont globalement déçu. Le cinéaste-fou a-t-il mal tourné ? Peut-il encore se rattraper ? Nous vous avons interrogés (nous remercions grandement les dizaines de participants au questionnaire !).

Tim Burton, adoré avant tout 

1 – D’abord, pour son univers

Quand « Tim Burton » est prononcé, la première caractéristique à laquelle on pense, c’est son univers gothique. Le réalisateur, influencé par l’écrivain Edgar Allan Poe, a su s’imposer grâce à sa patte distinctive, et ce, dès ses débuts. En 1982, Vincent, un de ses premiers courts métrages dont le nom rend hommage à Vincent Price, acteur de films d’épouvante réputé, en est le parfait exemple.

Le décor est posé, la messe est dite : Tim Burton est fou. Mais loin d’être un dégénéré, l’artiste propose des œuvres vues nulle part ailleurs. L’excentricité et l’esthétique forte de ses films se posent rapidement sur les écrans du monde entier. Tim Burton devient le Créateur de personnages et d’univers littéralement exceptionnels. Il sait filmer des yeux qui tombent ou des gorges tranchées sans que cela ne soit gore. La mort, sous sa caméra, ne semble pas si terrible. Ses réalisations sont soit très sombres, soit, bizarrement, extrêmement colorées. Mais l’ambiance est toujours la même. La mélancolie et les personnages marginaux voire monstrueux sont les principaux invités des histoires qu’il conte.

2 – Tim Burton, petit prince

Parce que oui, Tim Burton est un conteur. De son imagination morbide mais pleine d’espoir sont façonnés des récits poétiques. A l’instar d’Antoine de Saint-Exupéry avec Le Petit Prince, Tim Burton est aussi cruel que tendre avec ses personnages. Edward aux mains d’argent (que vous êtes 31% à élire meilleur film du réalisateur, loin devant Big Fish et Sleepy Hollow qui obtiennent respectivement 13% et 9%) est la définition de cela : tout d’abord, l’amour sincère d’un marginal avec une jeune femme permet d’aborder de nombreux thèmes chers au réalisateur (l’acceptation des différences de l’autre, l’altruisme, l’entraide…). Le film possède un fort aspect politique puisqu’il est un contre-pied du rêve américain. Mais avant tout, avec Edward aux mains d’argent, Burton revisite le conte de fées. Certains d’entre vous ont parlé de « carte postale qu’il est appréciable d’observer de temps en temps », ou encore d’oeuvre « empreinte d’une poésie rare » portée par la musique enchanteresse de Danny Elfman. Tim Burton, qui offre dans ce film une des plus belles scènes de son cinéma, est aimé pour sa capacité à faire rêver, à faire espérer, sans jamais être niais, en restant toujours doux mais ferme avec ses personnages.

Tim Burton se mord la queue !  

1 –  Une attraction qui repart pour un tour…

Malheureusement, le papa de ces fabuleuses histoires s’est pris les pieds dans le tapis et s’est, au fil des années, attiré les foudres des spectateurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir su se renouveler. La sauce Tim Burton n’a marché qu’un temps. Après s’être rapidement imposé comme un réalisateur hors-normes, après s’être essayé au drame, à la comédie (notamment avec Mars Attacks!), au biopic (Ed Wood) et à la comédie musicale (Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street), il s’est mis à rester sur ses acquis, offrant toujours la même recette dans laquelle les ingrédients sont devenus fades.

Beaucoup lui en veulent d’être devenu sa propre caricature afin de camoufler, à l’aide d’artifices esthétiques, les faiblesses croissantes de ses scénarios et de ses personnages. Certains spectateurs disent que cette transition négative a commencé à partir de La Planète des Singes (2001) tandis que d’autres prennent Alice au pays des merveilles (2010) comme point de repère. Une dizaine d’années d’écart pendant laquelle Tim Burton a tout de même réussi à conquérir une partie de son audience avec, par exemple, Charlie et la Chocolaterie (2005), mais surtout avec Big Fish (2003). Une chose est sûre, l’amoureux du morbide et de la poésie s’est adouci. Il manque d’audace et se replie sur des films plus grand public, des films « aseptisés », comme le haï Dark Shadows. Situation bien ironique pour un réalisateur qui se voulait à contre-courant, presque anti-capitaliste.

2 – Disney, marque et numérique

« C’est un vendu ! » clame l’une des réponses à notre questionnaire. « Burton est devenu une marque ». Le cinéaste a été dévoré par son succès et, à en voir les quantités d’objets dérivés en circulation, penser que ses alliances avec de grosses productions américaines ont terni son travail est fort compréhensible. Mais il leur a toujours été lié : au début de sa carrière, il commença chez Disney mais s’en éloigna au bout de cinq ans, désirant s’orienter davantage vers le morbide que vers les princesses. Il s’allie alors à Warner Bros qui produira une grande partie de ses films. Il revient vers Disney à partir de 2010, pour Alice au pays des merveilles, puis pour Frankenweenie.

Entre temps, le numérique a pris davantage de place dans le cinéma, et le merveilleux des œuvres de Tim Burton était essentiellement construit sur des images et une plastique très brutes. Le réalisateur n’a pas su s’adapter aux changements technologiques. S’ajoute à cela un trop-plein de films de commande comme La Planète des singes. Un certain nombre d’anciens et d’actuels fidèles de Tim Burton souhaite le voir prendre davantage d’indépendance pour qu’il puisse exprimer à nouveau toute sa folie et sa créativité. Si tant est que l’amateur de monstres en soit encore pourvu… De plus petits budgets peuvent, peut-être, forcer la créativité !

3 – Le spectateur, trop dur face à Tim Burton ?

Mais comment tenir le niveau, en démarrant si fort ? En plus des courts métrages fabuleux, les premiers longs métrages de Tim Burton ont placé la barre très haut. Son univers était, à cette époque, absolument unique en son genre. Nul besoin d’être un passionné du cinéaste pour reconnaître sa patte. L’esthétique de ses films, tout comme c’est le cas des films de Wes Anderson (Fantastic Mr. Fox, The Grand Budapest Hotel), est incomparable à celle d’un autre. Tim Burton était identifiable et fut très vite identifié. Le public lorgnait ses œuvres à venir et se ruait devant les écrans au moment d’un nouveau film à découvrir. Les spectateurs semblent avoir plongé tête la première dans l’univers de Burton sans aucun recul et avec un niveau d’exigence toujours plus haut, à chaque nouveau film. Selon les réponses obtenues via notre questionnaire, seul Dark Shadows met tout le monde d’accord : c’est un des plus gros ratés du réalisateur.

Mais d’autres défendent les discutés Sweeney Todd (2007), Alice au pays des merveilles (2010), Mars Attacks! (1996), ou encore Miss Peregrine et les Enfants Particuliers (2016). Plus étonnant encore, Frankenweenie (2012) et Big Eyes (2014) s’attirent une multitude de commentaires positifs. Finalement, rares semblent les longs métrages de Tim Burton véritablement reconnus pour être purement mauvais. Bien sûr, l’essence de ce qu’il fut, est, malheureusement, plus discrète dans ses dernières réalisations qui laissent une trop grande place à une esthétique devenue clichée et récurrente à l’extrême.

Conclusion : Tim Burton n’a pas mal tourné. Son âme d’enfant et son aspect torturé se sont amoindris avec le temps, laissant place à un fou assagi, moins casse-cou, moins audacieux. Mais surtout, moins inventif. Il s’est visiblement laissé entraîner sur une pente déjà toute tracée, lassant un public qui s’était déjà habitué à l’inventivité de l’homme derrière la caméra. Dumbo, même s’il sauve les meubles, n’est sûrement pas l’oeuvre qu’attendent les spectateurs venant d’un tel réalisateur. Rien n’est perdu, il est encore temps de s’échapper des grosses productions ! N’est-elle pas là, l’essence de Tim Burton, continuer de faire espérer alors que nous assistons, peut-être, à une mort, celle de son ingéniosité ?


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