[Critique] The Young Lady : face au vide

Dans la littérature et au cinéma, les personnages cruels se ramassent à la pelle. Certaines abominables figures dépeintes par Pasolini, Haneke ou encore Von Trier, pour ne citer qu’eux, marquent les esprits au fil des générations. Face à des actes intolérables et inhumains, le spectateur se plaît à être confronté à ce qu’il y a de pire enfoui au fond de lui, à ce qu’il ne peut même parfois concevoir. Face à une certaine profusion cinématographique qui puise sa grande force dans les travers humains, il est légitime de vouloir se sentir transporté en terres inconnues, ou malmené en terres familières, là où la portée de The Young Lady échoue, prisonnière de sa forme.

On se souvient du récent Macbeth de Justin Kurzel, exercice osé et stylisé qui parvenait à revisiter avec puissance l’œuvre culte du célèbre dramaturge britannique. Adapté du livre de Nikolai Leskov, La Lady Macbeth du district de Mtsensk (1865) évidemment lui-même inspiré de la pièce de Shakespeare, The Young Lady est quant à lui le premier film de William Oldroyd. Sa longue carrière de metteur en scène de théâtre est ici ce qui lui fait défaut pour illustrer l’histoire de cette jeune insoumise au XIXème siècle.

1865, Angleterre rurale. Katherine mène une vie malheureuse d’un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge. Un jour, elle tombe amoureuse d’un jeune palefrenier qui travaille sur les terres de son époux et découvre la passion. Habitée par ce puissant sentiment, Katherine est prête aux plus hautes trahisons pour vivre son amour impossible.  

Un subtil récit desservi par une forme inégale

À plusieurs reprises, Katherine vient s’asseoir face caméra, stoïque, seulement trahie par le rythme de sa respiration sous sa robe, qui élève et abaisse sa poitrine. Cette frontalité qui rappelle le théâtre, en plus de représenter un parti pris narratif, constitue une solution au petit budget du film, un rappel économique censé faire monter la pression auprès du spectateur, désemparé. Si le minimalisme des décors, des costumes et de la bande son est tout à fait pertinent, la mise en scène elle, l’est moins. Guère lisibles, plusieurs scènes – porteuses d’actions clés – baignent dans un entre-deux peu assumé. Oldroyd, plutôt que de suggérer ou de dévoiler pleinement un fait cruel, peine à filmer l’action de l’intérieur, comme habitué à ne la considérer que sur un plan.

Mais que voir, alors, dans l’absence d’expression de cette jeune fille, qui se confronte à nous à mesure qu’elle commet l’impardonnable ? Une bataille pour l’amour véritable ? Il apparaîtra nettement que la bataille est égoïste et l’ « amour » ici présenté n’a rien de véritable, qu’il n’est que passion aux fondements paradoxaux et une attirance, compréhensible, pour l’interdit. Une rébellion contre les carcans attribués à sa condition de femme ? Si quelques scènes allant dans ce sens forgent le caractère espiègle de Katherine et mènent au rire et à la satisfaction, son dédain à l’égard d’Anna, la jeune servante, témoigne d’une quête elle aussi plus égocentrique que féministe.

Ainsi, c’est un vide étourdissant qui transparaît dans le regard de la jeune femme et dont émane son corps tout entier. Une bataille pour se délivrer de toute entrave, pour atteindre une pleine solitude (oui, une certaine forme de liberté) où il n’y a plus personne à aimer ni de qui se faire aimer, ou détester. Là où un simple déroulé des péripéties au volontaire détachement ou une manipulation du spectateur auraient pu efficacement traiter l’intérêt indiscutable de ce récit singulier, faire régulièrement face au néant qui pilote la jeune femme devient au contraire lassant, guère amusant et même parfois énervant. Le jeu de la très prometteuse Florence Pugh ne parvient pas même à relancer l’attention, enserrée dans un cadre qui lui laisse peu de place, même dans les respirations en extérieur.

Conclusion : Dans ce premier film, Oldroyd dirige avec réticence une contre initiation dont l’intérêt est tiré vers le bas par une mise en scène bancale qui semble manquer de recul. La cruelle détermination de Katherine, noyée dans son vide intérieur maître de tous ses faits et gestes, laisse perplexe plus qu’elle ne déroute.

The Young Lady
Un film de William Oldroyd
Sortie le 12 avril 2017

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