The Newsroom : Une troisième saison pour une série en perdition ?

Le 9 novembre dernier, le premier épisode de la saison 3 de la série The Newsroom démarrait sur HBO. Série élitiste, trop ambitieuse ou trop stéréotypée, le travail du scénariste et producteur Aaron Sorkin divise les opinions. L’occasion de revenir sur une série idéaliste et inspirante… mais un poil hors de la réalité ?

On ne peut pas lui enlever ça : Aaron Sorkin nous donne envie d’y être pour changer le monde. Avec The Newsroom, une série pleine de bonne volonté, il idéalise le métier de journaliste en nous plongeant dans l’univers d’une rédaction de JT aux Etats-Unis, à l’heure de la confusion entre information et divertissement. Petit rattrapage pour les novices : sur fond de faits réels et méticuleusement restitués, on suit le chamboulement de la ligne éditoriale de l’émission News Night, sur la chaîne ACN (Atlantic Cable News), présentée par Will McAvoy. Ce dernier – incarné par un Jeff Daniels délicieusement imbuvable – se retrouve sous les rennes de sa productrice/ex-âme sœur MacKenzie McHale (Emily Mortimer) qui l’exhorte à traiter l’information pour des électeurs et non pour des annonceurs publicitaires.

Crédits Jay L. Clendenin / Los Angeles Times
Crédits Jay L. Clendenin / Los Angeles Times

Le clivage entre information et divertissement est le fil conducteur de la série et le reste en ce début de saison 3 où l’on retrouve les protagonistes à l’aube des attentats du marathon de Boston en avril 2013. Dilemme déontologique, vérification des sources – ce sont les mots d’ordre de MacKenzie face au doute des médias qui couvre l’évènement. Neal Sampat, semblant de community manager et faussement identifié comme IT guy, est confronté de son côté aux autorités en allant à l’encontre de l’Espionnage Act. Reese Lansing, PDG d’ACN, semble quant à lui perdre de vue ses objectifs financiers et on voit une OPA hostile de son groupe lui passer sous le nez. On ne vous en dira pas plus, spoiler (non) oblige.

The Newsroom s’en va-t-en guerre

Dès son lancement, la série avait déçu par son côté élitiste, étant donné le background d’informations et de savoirs nécessaires pour la comprendre. Mais ce sont également les personnages assez stéréotypés, un cran trop parfait, sur fond de romance presque inévitable, qui n’avait pas plu. Aaron Sorkin écrit des donneurs de leçons dont les Américains ne sont pas particulièrement fans – un défaut qui paraît pourtant assumé en la personne de Taylor Warren (Constance Zimmer) qui incarne en saison 2 la conseillère de campagne du candidat Mitt Romney et reproche à Jim Harper (John Gallagher Jr.), l’un des producteurs de News Night, son hyper-persévérance. The Newsroom est une série intransigeante, presque en guerre contre la médiocrité américaine, mais qui ne comprend pas son atout : un recul sur l’information qui lui permet de la traiter plus amplement. Quoiqu’au visionnage de l’épisode 9 de la saison 1, on a tendance à donner raison au scénariste : Will McAvoy tente d’obtenir le débat des primaires républicaines sur la chaîne ACN afin de révolutionner l’exercice en posant des questions pointilleuses au candidat, sans les lâcher une seconde. Il n’obtiendra pas ce débat mais Aaron Sorkin nous diffuse gracieusement en fin d’épisode le débat effectué sur une autre chaîne et une question posée par l’animateur : la présence de morceaux de Johnny Cash ou d’Elvis dans l’iPod de la candidate Michele Bachmann. Un moment délicieusement cynique.

Crédits HBO
Crédits HBO

Une série qui critique les Etats-Unis… et ses propres téléspectateurs

On se souvient du discours de Will McAvoy au pilote de la série, dénonçant les Etats-Unis et les Américains, déplorant la bêtise et la peur de mieux faire. L’émission News Night se pose en procureur général, avec une mission certes stéréotypée : défendre les petits, descendre les grands. Aaron Sorkin saque volontiers les pontes des médias et leur envie du chiffre et non de la vérité. La rédaction va parfois trop loin, qualifiant le Tea Party de Talibans américains en fin de première saison, et diffusant la fausse opération Genoa, fil conducteur de la saison 2, et remettant en cause l’entièreté du gouvernement Obama.
C’est avec une certaine redondance d’ailleurs que l’on nous rappelle les enjeux de la série, avec des copier-coller de scènes victorieuses de la rédaction de l’émission, représentée par Charlie Skinner (Sam Waterston), face aux dirigeants d’AWM qui cherchent à imposer l’information et les angles au nom de la séduction des annonceurs et des consommateurs de la chaîne. Cependant, ces scènes font entrevoir ce qui semble être un autre objectif moins glorieux de la série : critiquer les téléspectateurs eux-mêmes. Aaron Sorkin s’attaque à une corde sensible qui transparait souvent dans les dialogues des protagonistes. Accusée de s’adresser à un public trop averti et donc trop restreint, The Newsroom néglige alors ce qui pourrait faire son succès. C’est probablement la raison pour laquelle la saison 3 rempile seulement pour six épisodes, qui seront les derniers de la série.

Et la réalité du métier dans tout ça ?

Rendons-le à César : Greg Mottola, réalisateur de The Newsroom, reprend très bien le concept de la newsroom, ou salle de rédaction, par sa technique mais aussi par l’ambiance de travail qu’on y trouve et les aspects avérés de la profession journalistique. Mais c’est dans la façon d’aborder l’évolution des médias que quelque chose cloche et c’est beaucoup plus visible dans la saison 3 qui a commencé il y a quelques semaines. On constate une critique ouverte des réseaux sociaux et de l’implication des « investigateurs du web » dans la recherche de la vérité. Hallie Shea (Grace Gummer) tente vainement de ramener la rédaction dans le 21ème siècle pendant la couverture des attentats de Boston mais échoue face aux exigences de MacKenzie. De même dans les saisons précédentes : Neal Sampat est constamment moqué et tourné au ridicule de par ses idées avant-gardistes, notamment sur l’importance de Wikileaks ; les commentaires du blog de Will McAvoy tournent aux menaces de mort ; les tweets conduisent en erreur. L’information via le web, média primordial de nos jours, est désapprouvée au lieu d’être considérée comme l’avenir, ou même le futur proche.

Le conseil avant de rattraper son retard sur The Newsroom ? Ce n’est pas une série sur le journalisme et les médias actuels, mais sur la dignité et l’honneur du métier comme on rêverait qu’il soit (mais ne sera jamais). Pour se rendre compte des enjeux d’une émission (d’actualités ou non d’ailleurs) face aux exigences de sa direction, mieux vaut se tourner vers la série 30 Rock, qui, certes basé sur le registre de la comédie, s’inscrit bien mieux dans la réalité.
Quoi qu’il en soit, The Newsroom reste un must-see, ne serait-ce que pour les personnalités explosives des protagonistes ainsi que leur habileté à nous inspirer.

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