[Critique] The Last Face : piqûres et tendresse

Il est le film le plus moqué de ce 69e Festival de Cannes. Hué sans gêne par des journalistes s’en donnant à cœur joie, The Last Face est la réalisation la plus mal notée depuis ces treize dernières années sur la Croisette. Un véritable échec pour Sean Penn, le réalisateur, pourtant habitué au succès avec des films tels que Into the Wild ou Crossing Guard, ou encore comme acteur dans L’Impasse ou La Dernière Marche. Malgré la quasi-humiliation du film en mai dernier, nous avons quand même aimé The Last Face (et Luc Besson aussi ! On est donc au moins deux). Plaisir coupable ou film sous-estimé ? Il est l’heure d’expliquer ce que nous avons apprécié, ou non, dans le dernier Sean Penn.

Bonjour, au revoir !

Alors disons-le tout de suite : oui, il y a des passages absolument ridicules dans The Last Face. L’avis général n’a pas toujours tort. La première phrase du film, l’entrée en scène, est presque digne d’une comédie. La Classe Américaine (« ce flim n’est pas un flim sur le cyclimse ») et RRRrrrr avaient fait le même genre d’entrée en matière, mais eux, c’était voulu. Alors qu’ici, Sean Pean décrédibilise dès les premières secondes sa réalisation qui est, dans les faits, loin d’être une comédie. Ceci dit, on peut au moins dire que le public est détendu après cette mise en route si risible. Sans trop en dire, l’ouverture de The Last Face est surement inspirée de citations d’amour absurdes et ringardes trouvées sur Google. Ce genre d’erreur grotesque et presque honteuse se retrouve plusieurs fois pendant le film. Si on accepte d’en rire plutôt que d’en pleurer, ces pitreries involontaires sont vite oubliées.

De l’amour à la guerre

The Last Face suit le parcours d’une fraiche idylle se développant dans un cadre de guerre. Le film a deux facettes, qui ne sont pas toujours compatibles. Parfois, au contraire, le résultat est bon. C’est du tout ou rien. Le cadre dans lequel évoluent les deux personnages principaux, joués par Javier Bardem et Charlize Theron, est très intéressant. Il est assez saisissant de voir de quelle manière les ONG progressent dans des milieux en conflit. Les films sur la guerre se concentrent souvent sur les militaires eux-mêmes. Il est bon de traiter ces belligérances avec un nouveau point de vue, en suivant un autre genre de personnel présent sur les terres en lutte. Les séquences d’actions sur le terrain, lors des interventions de ces ONG, sont très bien rythmées et bien montées. De plus, la musique confère une atmosphère très tendue dans laquelle le public sait que chaque minute, chaque geste des médecins des ONG compte. La bande originale du film, point positif de The Last Face, est en fait dirigée par le grand Hans Zimmer. Ceci explique cela. La musique mêlée à cette cadence enragée donne à ces scènes une puissance toute particulière dans lesquelles sont rappelés les enjeux humains et surtout humanitaires en temps de conflit. Il est même possible d’en oublier le côté romanesque et mielleux de l’histoire d’amour initiale. Sean Penn aurait gagné son temps à se concentrer uniquement sur l’aspect humanitaire en période de guerre. Il aurait alors encore mieux pu exposer le travail difficile mené par les ONG ainsi que les barrières auxquelles ces organisations sont souvent confrontées malgré leurs actions pacifiques. Il valait mieux développer tous ces sujets plutôt que d’aller se perdre dans une romance dont on se fiche clairement dans un cadre si conflictuel et incontrôlable. Pourtant, cette love story, racontée hors des conflits, dans un autre cadre ou tout simplement dans un film qui lui est uniquement dédié, aurait pu être poignante. Cet amour est bien narré au spectateur.

Les maladresses et patatra

On se prend à croire en l’avenir de ce couple. « La vie est dure, il faut la partager avec quelqu’un », nous dit-on dans The Last Face. Cette citation résume assez bien la sensation de soutien moral qu’apporte chacun des deux personnages à l’autre dans cette romance. Ils deviennent très rapidement fusionnels malgré les difficultés de ce qui peut les entourer. Si on se laisse prendre, on est pris. Malheureusement, certaines séquences entre les deux protagonistes sont interminables. Les voir se dévorer des yeux en devient presque gênant, notamment lorsque ces instants n’ont absolument aucune utilité pour le spectateur. De plus, les intentions du réalisateur ne sont pas claires quant aux choix de certaines techniques utilisées pendant le film. C’est le cas de transitions souvent mal placées, de passages de l’idylle à la guerre souvent trop rudes, mais surtout de pas mal de flous complètement injustifiés. En plus de pouvoir perturber le public, ces choix cinématographiques peuvent être déstabilisants d’un point de vue chronologique. Les deux histoires mélangées sont parfois mal soudées, mal raccordées. Au lieu de captiver l’attention, c’est lourd. La fluidité globale de The Last Face est parfois presque cassée.

Conclusion : Sean Penn s’en sort globalement bien. Les conditions des ONG en zone de conflit sont saisissantes. L’histoire d’amour est plutôt réussie. La combinaison des deux reste imparfaite.

The Last Face
De Sean Penn
Sortie le 11 janvier 2017

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