Coup de projecteur sur The Knick, la nouvelle série médicale

2014 nous a apporté sa part de séries médicales plus ou moins intéressantes (on penche pour le moins), mais The Knick, dont le premier épisode a été diffusé le 08 août dernier sur Cinemax, sort incontestablement du lot. On vous dit pourquoi sur Silence Moteur Action.

The Knick, de quoi ça parle ?

À l’aube du XXe siècle, le Dr John Thackery (Clive Owen) se bat tous les jours avec ses collègues chirurgiens du Knickerbocker Hospital pour repousser les limites de la médecine. En faisant preuve d’une imagination presque inquiétante, ils tentent l’impossible pour sauver des patients condamnés. Avec ce qu’il faut de boucherie et de folie, The Knick entend bien vous scotcher derrière vos écrans.

Le gore en plus

Dès les premiers instants de son pilot, The Knick nous enveloppe dans une ambiance sombre. L’étalon noir étendu sur le sol et la profusion de voitures d’époque, qui font plus penser à des corbillards qu’à des berlines, donnent à l’ensemble un aspect sinistre qui nous mettrait presque mal à l’aise. New York en 1900 devait assurément être une ville inquiétante, mais l’hôpital semble l’être d’avantage. En effet, le Dr Thackery assiste le Dr Christiansen dans l’opération qui doit sauver la vie d’une femme enceinte et celle de son enfant. Évidemment l’opération tourne au carnage. The Knick entend clairement marquer les esprits grâce à cette scène choquante. Il est vrai qu’après Urgences, Dr House ou encore Grey’s Anatomy, les scénaristes ont fort à faire pour renouveler le genre du drame médical. Oui mais voilà, ce sera ici son seul fait d’armes. Car si on aime le silence pesant de la scène, la bande-son électro qui nous y a conduit et le bain de sang qui en résulte, The Knick retombe très vite dans les facilités du genre.

Les personnages sont caricaturaux au possible. Le coup du anti-héros accroc à l’héroïne et aux putes, solitaire et irascible même interprété par Clive Owen, nous laisse de marbre. La jeune infirmière innocente (Eve Hewson), la riche héritière humaniste (Juliet Rylance), le directeur plus intéressé par le bonheur financier de son établissement que du sort de ses patients (Jeremy Bobb), le jeune chirurgien noir (Andre Holland) confronté au racisme, c’est du déjà vu. On est déçu par la série qui ne prend aucun risque et se contente de réciter son rosaire. De la rivalité entre chirurgiens, la pauvreté d’une ville rongée par les épidémies et la violence, la discrimination, l’émigration, le machisme, le burn out, tout y passe. La série s’arrête certes sur les temps forts de la fin du XIXe siècle que sont les révolutions modernes comme l’électricité, les problématiques hygiénistes, le scientisme, l’anti-cléricalisme, mais l’accumulation de ce qui ressort comme être des passages obligés nous font dire que The Knick est un drame médical classique, le gore en plus.

Une leçon de cinéma

L’utilisation de filtres rend plutôt bien. Ils participent efficacement à l’ambiance lugubre mais fascinante que la série essaye de mettre en place et mettent en valeur autant les acteurs que les décors. On ne s’y attarde pas pour le moment, mais on voit nettement que tout a été réfléchi avec soin. On aime aussi comment chaque instruments (seringue, éponge, scalpel, revolver, etc…) est traité comme un personnage et participe à cette atmosphère plutôt intéressante. La série n’a pas été réalisée par n’importe qui et on va s’efforcer de vous le rappeler. En effet, The Knick se perd très rapidement dans des effets visuels qui ruinent le travail sur la photographie et vous forcent à rester en dehors de l’histoire. Soderbergh donne vie à une médecine théâtralisée, qui fait appelle au sensationnalisme pour se démarquer. Les chirurgiens de The Knick opèrent dans une arène sous les yeux d’experts, de collègues, de mécènes, on peut tout aussi bien imaginer qu’il s’agit d’une représentation de nous, téléspectateurs, muets et stoïques, contemplant la scène puisque rien n’est dit les concernant. Le Dr Thackery parle même de « Circus » pour donner de l’importance à cette notion de médecine spectacle. Au lieu de provoquer l’admiration, la série ennuie et semble se contempler elle-même. On se retrouve devant un cinéma qui joue à faire des séries. Idéal pour réviser ses leçons de cinéma, ce premier épisode compile tout ce que l’on fait de mieux en terme de réalisation. Soderbergh passe en revue tous les cadrages et tous les mouvements de caméra qu’il connaît. Conscient de ses atouts mais pas de ses limites, Soderbergh va vous les rejouer jusqu’à la nausée. Enchaînant les panoramiques inspirés, les raccords prétentieux et les champs/contre-champs nerveux, la série en fait trop. Symptomatique des séries de ces dernières années, The Knick montre à quel point le monde de la série est devenu poreux et se fait envahir par le cinéma. The Strain, Penny Dreadful, Extant, Crossbones, Black Sails, etc…. toutes ces séries font le buzz. Produites par des grands noms, avec des acteurs connus dans les rôles titres, elles créent l’événement mais on se retrouve la plupart temps avec une jolie coquille vide. Renouvelée pour une seconde saison avant même d’avoir dévoilé son premier épisode, preuve s’il en fallait une de plus que ceux-là font des séries pour eux-mêmes et non pour leur audience, The Knick a encore tout à prouver si elle veut nous intéresser.

Conclusion

The Knick est sûrement ce que le cinéma actuel fait de mieux, joli et désespérant de vacuité. On s’y ennuie. Si on est déçu par cette entrée en matière, on ne perd pas de vue qu’il ne s’agit là que d’un premier épisode et on espère que la série saura se poser et épaissir sa trame, ses personnages et que la magie opérera. Toutefois on aura du mal à vous recommander The Knick, on vous conseillera plutôt la comédie noire A Young Doctor’s Notebook avec Jon Hamm (Mad Men) et Daniel Radcliffe (oui Harry Potter) qui sont tout deux excellents et qui sur un thème assez proche s’en sort bien mieux.

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