Snow in Paradise : Redemption song

Tendu, onirique, violent, bienveillant, Snow in Paradise se faufile à travers tous les champs d’émotions avec une facilité déconcertante. En salle le 4 mars, le premier long métrage d’Andrew Hulme contourne les codes inhérents au thriller pour s’intéresser à l’humain et à une religion encore incomprise : l’Islam. Silence Moteur Action vous dit tout.

Dave (Frederick Schmidt) est un petit délinquant qui oscille entre drogue et violence, dans l’East End de Londres. Quand son « business » entraîne la mort de Tariq (Aymen Hamdouchi), son meilleur ami, Dave est terrassé par la culpabilité. Alors qu’il essaye, tant bien que mal, de quitter le Milieu, son passé de criminel revient le mettre à l’épreuve.

Un réalisateur est né

Pour Snow in Paradise, Andrew Hulme montre que ses talents de monteur lui ont été plutôt utiles dans la construction du film. Celui qui a été connu pour son travail sur Control (2007) passe, avec mention, son premier test derrière la caméra. Le néo-réalisateur sait raconter une histoire, et il le fait bien. Dans ce récit d’un homme qui tente de trouver sa paix intérieure, on ne trouve aucun temps mort. Caméra à l’épaule, la mise en scène est nerveuse sans être agressive pour le spectateur. Comparable à la façon de filmer de Paul Greengrass (Vol 93, Jason Bourne…), avec ses mouvements de caméras brusques, et son style documentaire, Andrew Hulme propose néanmoins une lecture plus fluide, plus facile, des images. Ici, pas de montage cut incessant, de balancements trop rapides qui donnent le mal de mer, mais des plans contrôlés qui, bien que dynamiques, laissent le temps au spectateur de respirer.

Itinéraire d’un enfant terrible

Banal film de gangster au début, Snow in Paradise trompe son monde en déviant complètement du genre, tant au niveau de la forme que du fond. Suivant l’itinéraire de deux jeunes mis au banc de la société et vivant de menus trafics, le long métrage glisse lentement dans l’étude de caractère en entrant dans la tête de son protagoniste, Dave. Lorsqu’il apprend la mort de son ami, l’histoire prend un tour plus onirique, bien que résolument cauchemardesque. Le réel s’efface peu à peu au profit des rêves et des visons de Dave, estompant la mince frontière qui sépare le rêve de la réalité. La mise en scène renforce ce sentiment de perdition. Toujours derrière son anti-héros, la caméra filme ce qu’il voit, hallucinations ou pas, et parvient à retranscrire les sentiments qui s’emparent du personnage. Comme lors de cette scène, où défoncé, il entre dans un bar. Lumière rouge sang, caméra tremblante et bancale, la séquence saisie parfaitement la gravité de son état émotionnel.

Appel à la tolérance

Tiré d’une histoire vraie, Snow in Paradise tient son originalité du refuge choisi par Dave, pour s’évader : l’Islam. Beaucoup d’œuvres relient généralement Islam et terrorisme, le film, lui, préfère montrer un autre visage de cette religion. Dévoré par ses propres démons, l’Islam permet à Dave de se retrouver et d’éteindre la violence qui est en lui. Andrew Hulme choisi de s’intéresser aux valeurs de paix et de tolérance inculquées par celle-ci, et nous oblige à s’interroger sur les amalgames dont on est parfois coupable.

Conclusion

Avec un talent certain pour raconter les histoires, Andrew Hulme nous tient en haleine devant cet itinéraire d’un enfant terrible, en pleine rédemption. Il n’oublie pas également de porter un autre regard sur une religion dont la traduction signifie paix. Un beau premier film.

Snow in Paradise, d’Andrew Hulme

Avec Frederick Schmidt, Martin Askew.

Sorti en salles le 4 mars 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Tweetez