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[Séries] Westworld – saison 2, partie 1 : les robots se rebellent

S’il nous faudra encore attendre l’an prochain pour découvrir les ultimes épisodes de Game of Thrones, l’une des séries phares de HBO, la chaîne américaine nous fait prendre notre mal en patience avec la seconde saison de Westworld. Créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy, produite par J.J. Abrams et portée par un casting prodigieux (Anthony Hopkins, Ed Harris, Sidse Babett Knudsen ainsi que les révélations Evan Rachel Wood et Thandie Newton), la série a de grandes chances de se faire une place parmi ses aînées, telles que Les SopranosThe WireBoardwalk Empire ou encore The Leftovers. Nous avons pu découvrir la première moitié de cette nouvelle saison en avant-première et une chose est sûre : les androïdes de Westworld ne sont pas venus pour faire de la figuration ! Plus que jamais, ils prennent les choses en main, quitte à éclipser un peu plus les « vrais « humains.

Attention : cet article contient des SPOILERS sur la première saison de la série. Nous faisons tout notre possible pour ne pas vous gâcher la découverte de la saison 2 !

Mais Westworld, qu’est-ce que c’est déjà ? Adaptée du film éponyme de Michael Crichton (l’auteur de Jurassic Park, qui n’avait donc aucune fixation sur le sujet), la série nous laisse suivre les déambulations de riches clients (appelés les « invités ») au sein d’un immense parc d’attraction semblable à un décor de western. Disposant d’une liberté totale, ces invités peuvent interagir comme ils le souhaitent avec les habitants de ce monde : des robots (les « hôtes »). Une histoire et des souvenirs ont été imbriqués à chaque humanoïde, qui fait ainsi vivre une boucle narrative – une quête – aux visiteurs de ce monde factice. Mais lorsque certains robots montrent quelques signes de faiblesse, des bugs de plus en plus nombreux, l’équipe technique s’angoisse. Car derrière ces problèmes se cache une autre réalité : ces robots s’émancipent de leur boucle narrative et gagnent leur propre conscience…

Parmi les robots, deux personnalités se sont détachées. Deux femmes qui, en fin de première saison, étaient prêtes à mener leur guerre : Dolores (Evan Rachel Wood), la « Alice » de Lewis Carroll qui prend les armes aux côtés de son compagnon Teddy (James Marsden) et Maeve (Thandie Newton), femme de joie du saloon décidée à mener à la baguette quiconque l’a créée… et dont les capacités se développent de manière exponentielle. Parmi l’équipe de gestion du parc, Bernard (Jeffrey Wright) tente de limiter la casse et de comprendre ce qui mène ces robots à sortir du protocole. Mais il ne savait pas encore que le fondateur du parc, Robert Ford (Anthony Hopkins), lui avait caché que Bernard était lui-même un androïde. La première saison s’achevait ainsi sur la prise de pouvoir des robots sur les humains… et un véritable massacre. De quoi démarrer cette nouvelle saison sur les chapeaux de roue.

Where is my mind?

L’une des réussites de Westworld tient dans sa narration non-linéaire et parcellaire : la multiplication des points de vue et des boucles temporelles fait que le spectateur ne sait à aucun moment si ce qu’il voit est ce qui se passe « actuellement », s’il s’agit d’un flashback ou, au contraire, un flashforward. Jonathan Nolan et Lisa Joy se jouent aisément d’une histoire complètement balisée délivrant toutes les clés avec facilité à leur public, qui se retrouve d’une certaine manière dans la même situation que le personnage de Bernard. Après avoir découvert qu’il était un androïde, de nombreuses crises lui font perdre toute raison et douter de tout ce qu’il voit : s’agit-il de la réalité, d’un souvenir ou d’une hallucination ?

Tout comme le spectateur, Bernard tente de recoller les morceaux dans ce que sont les deux premiers épisodes de la saison 2, dans lesquels règnent une confusion générale après le « coup d’état » de Dolores et Maeve. À cela s’ajoutent de nouveaux flashbacks sur la création du parc et des humanoïdes qui continuent d’esquisser en creux la principale question de la série : la conscience. S’il était question d’inventer la vie d’un robot de toute pièce en première saison, cette nouvelle salve d’épisodes permet à la série de s’asseoir un peu plus encore dans la science-fiction en traitant de l’immortalité de l’âme.

La série continue donc de suivre majoritairement les points de vue de Bernard, Dolores et Maeve. Les deux femmes sont loin de partager les mêmes méthodes pour mener leur révolte. Dolores semble privilégier la violence pour préserver son monde, les terres de Westworld (en écho à la citation de Shakespeare, « ces désirs violents ont des fins violentes », qu’elle murmurait en saison 1). Maeve adopte quant à elle une méthode plus subtile : consciente de l’artificialité totale du monde qui l’entoure, elle en prend le contrôle, autant douée avec les mots qu’avec les armes. Cette révolte confère un sentiment d’urgence à ces premiers épisodes, dans lesquels la violence est plus présente que jamais dans la série. Le sang coule à flots et les mises à mort sont nombreuses des deux côtés (a-t-on là repris un élément clé de Game of Thrones ?) : un monde peut-il vraiment prendre le pas sur l’autre ?

Reflection

Westworld n’était que le début d’un monde beaucoup plus vaste : au-delà des terres du far-west se dissimulent cinq autres parcs fondés par la même entreprise, Delos Incorporated. Déjà introduit dans le dernier épisode de la première saison, le « Shogun World » nous embarque au milieu des samouraïs dans une reconstitution du Japon féodal (les hôtes y parlent bien entendu en japonais, s’il vous plaît !). La découverte de ce nouveau monde est bien plus tordue qu’on ne le pense, puisqu’elle renvoie les hôtes à leur propre condition : des robots créés pour le simple plaisir des êtres humains de passage, venus assouvir toutes leurs pulsions.

Il est nécessaire de regarder à nouveau la première saison afin de mieux percevoir les subtilités d’écriture et les parallélismes de mise en scène : l’épisode 5 vous renverra directement à certaines scènes clés des deux premiers épisodes de la série. À chaque parc correspond son public cible… mais les boucles narratives restent les mêmes. L’apparence des androïdes change, pas le reste. Comme si l’on se regardait dans un miroir pour voir une autre version de soi.

Il est en effet presque exclusivement question des androïdes dans cette première moitié de saison : les robots prennent autant le contrôle de leur monde que de leur histoire, quitte à s’accaparer la majorité du temps d’exposition de ces cinq épisodes. La présence humaine, acculée face à la menace, est disséminée ça et là. Les prédateurs sont devenus les proies, parfois des personnages de second plan, ou un sidekick (faire-valoir) amusant (Lee Sizemore, le responsable de la narration du parc, n’a jamais été autant dépassé par les événements !). Reste à savoir que deviendra ce rapport de force dans la deuxième partie de saison, mais une chose est sûre : le combat des androïdes est loin d’être fini !

Conclusion : en une partie de saison à peine, Westworld fait mieux que ses épisodes passés. Elle est plus violente certes, mais n’a pas pour autant perdu son intelligence ni ses thèmes de prédilection, qu’elle continue de creuser en toile de fond. Lisa Joy et Jonathan Nolan continuent de jouer avec les nerfs de leurs spectateurs avec ces multiples strates temporelles et ces retournements de situation habilement placés. La dichotomie naissante entre Dolores et Maeve laisse entrevoir un affrontement plus qu’intéressant à venir. La suite, vite !

Westworld
Une série créée par Lisa Joy et Jonathan Nolan
Saison 2 diffusée en France sur OCS à partir du 23 avril 2018

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Comments (3)

  1. […] Westworld, saison 2 : les robots se rebellent […]

  2. […] Lire la critique de la saison 2 […]

  3. […] ce sont Carl (Nicolaj Lie Kaas) et Assad (Fares Fares, récemment aperçu dans la saison 2 de Westworld), et chaque enquête remet en cause leur amitié… jusqu’à ce fameux Dossier […]

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