Série TV Halt and Catch Fire : Bilan de la saison 1

Forte des succès que sont Breaking BadThe Walking Dead ou encore Mad Men, AMC prouve qu’elle prépare la suite avec style. Après Turn qu’on aura plaisir à retrouver l’année prochaine, Halt and Catch Fire faisait partie des nouveautés de l’année 2014. Diffusée jusqu’à dimanche dernier, Silence Moteur Action fait le bilan de la saison 1.

Halt & Catch Fire, qu’est-ce que c’est ?

Joe MacMillan (Lee Pace), beau-parleur au passé mystérieux, Gordon Clarke (Scott McNairy), ingénieur qui enchaîne les déconvenues et Cameron Howe (Mackenzie Davis), étudiante brillante, fantasque et paumée forment un trio mal-assorti mais ambitieux qui risque tout pour écrire le futur. Véritable plongée dans le monde de la révolution technologique du début des années 80, cette équipe bancale compte bien rivaliser avec le leader incontesté du secteur, IBM et produire un PC plus rapide, moins cher et unique en son genre.

A-16

Dans des majors où le génie se fait broyer, où vous n’êtes qu’un numéro de box dans un open-space, qu’une place de parking (A-16), vous devenez transparent. Et si quelqu’un venait vous dire « vous êtes le futur », que feriez vous ? Joe MacMillan, sorti de nulle part, se fait embaucher chez Cardiff Electric, à Dallas où travaille Gordon Clark. Joe a un objectif, il veut réaliser un ordinateur que tout le monde voudra posséder, un ordinateur qui va révolutionner nos vies, il veut écrire le futur et il a besoin de Gordon pour y parvenir. Père de famille miné par ses récents échecs, Gordon reçoit un électrochoc. Il aura suffit pour Joe de souffler sur les braises pour qu’un feu embrase ce petit employé et le fasse sortir de sa léthargie. Joué par un comédien moins talentueux que Scott McNairy, son personnage aurait pu souffrir d’une image caricaturale de geek loser mais il n’en ai rien. On entre très vite en empathie avec son personnage qui ne demande qu’à briller, qu’à exister. Une jeune étudiante rebelle rejoint très vite l’équipe. Repérée par Joe, il la sait fébrile et empressée qu’on lui donne sa chance. Elle se jette dans la seule aventure qui peut lui donner un monde plus grand, plus ouvert en échange de son époque trop étroite, trop rigide qui l’étouffe. Halt and Catch Fire c’est la révolte de ceux qui veulent compter. Thématique finalement assez classique des petits qui veulent faire tomber les géants (voir Silicon Valley), Halt and Catch Fire offre une vision intéressante du self made man, symbole de l’Amérique conquérante à qui rien ne résiste. Il s’agit en effet pour eux, partis de rien, de faire ce que personne n’aurait osé faire, d’aller à la conquête de l’ouest et jouer sur les terres d’IBM. On est séduit par ces ratés attachants qu’on voudrait voir réussir.

Ce que les 80’s on fait de mieux

Loin d’avoir épuisé le sujet, AMC nous offre à nouveau un period drama abouti et bien réalisé. Les années 80 ont ce je-ne-sais-quoi d’austère, de rigide qui intrigue. On s’amuse de leurs costumes, de leurs lunettes évidemment mais leurs ordinateurs sont clairement surréalistes. On a du mal à croire que seules une trentaines d’années nous séparent de ces dinosaures. Nos ordinateurs paraîtront-ils aussi obsolètes dans trente ans? Halt and Catch Fire nous invite dans un passé pourtant pas si lointain qui marque l’entrée dans un monde moderne. À toute nouvelle époque son nouveau langage, celui d’Halt and Catch Fire est bien sûr celui du monde du codage informatique et des technologies poussées. Pourtant, pas de panique même un non geek peut s’y retrouver. En effet, sans que cela ne nuise à son rythme, la série a à cœur de se faire comprendre et détaille avantageusement son propos. Ces explications ont d’ailleurs plutôt tendance à servir l’intrigue et parachèvent les portraits des personnages. Elles témoignent de leur exaltation, et du côté brain storming nécessaire au travail d’équipe. On a affaire à des passionnés, parmi les premiers à découvrir ce territoire vierge, à apprendre de lui, à repousser ses limites. Ce petit côté pionniers est très bien rendu par des dialogues efficaces, percutants et par une bande-son électronique idéale. À l’image de son générique que l’on doit au danois TrentemØller, elle cadre parfaitement avec l’ère de l’ordinateur qui s’annonce. Le retour de la New Wave (New Order, Duran Duran) ne vieillit pas la série en ne jouant pas sur la nostalgie mais lui donne un aspect moderne très rythmé, au moins aussi excitant que l’intrigue qui se déroule sous nos yeux. L’ensemble crée une dynamique très intéressante. Halt and Catch Fire n’est pas une photographie vieillie d’une société passée qui nous serait presque étrangère, elle nous parle de la course à l’innovation permanente qui nous concerne aujourd’hui plus que jamais et de ceux qui en sont à l’origine.

« Are you ready to be more »

Halt and Catch Fire présente trois têtes brûlées prêtes à tout risquer pour cette machine révolutionnaire qu’ils ont ambition de concevoir. Mais soyons raisonnable, on a ici trois escrocs. Le premier parle bien mais fonctionne au bluff, on ignore son passé et ses véritables motivations. Le second n’a jamais achevé quoi que ce soit et Donna, sa femme, brillante mais usée peine à supporter son ménage d’avantage. La troisième a des idéaux, une vision du futur enthousiasmante mais elle est immature et n’a aucune expérience à faire valoir. Ont-ils vraiment les moyens de leurs ambitions ? Joe, Gordon et Cameron sont en pleine crise existentielle. Persuadé de leurs talents, Joe fait tout pour leur ouvrir des portes, absolument tout. Allant jusqu’au burn out, ils poussent corps et esprit jusqu’aux limites, symbolisées par le fameux « Halt and Catch Fire ». La série tient en effet son nom d’une situation de concurrence entre plusieurs commandes essentielles d’un ordinateur qui voulant s’exécuter au même moment rendent le contrôle du PC impossible à récupérer. Peuvent-ils garder le contrôle ? La quête dérape trop souvent, ils mettent sans cesse en danger jusqu’aux liens de confiance qui devraient demeurer intact non seulement entre eux mais aussi entre eux et leurs supérieurs qui se retrouvent bien souvent devant le fait accompli. Toby Huss joue parfaitement le patron partagé entre l’admiration face à ce qu’il aurait voulu lui-même réaliser et l’exaspération face à leur manque de réalisme. Blessés dans leur orgueil, ils ne mettent pas seulement en jeu leur savoir faire, leur réputation mais tout leur être. Plus qu’une revanche sur le géant IBM, ils veulent tenir tête au monde en en créant un, dans lequel ils se reconnaîtraient, sur lequel ils régneraient. Assistons nous à leur ascension ou à leur chute ? La série nous tient en haleine jusqu’au bout.

Conclusion

Avec un caché incroyable et un casting vraiment parfait, Halt and Catch Fire restera parmi les séries les plus intéressantes de 2014. À voir absolument. Toutefois, on est un peu inquiets pour son avenir, avec des audiences sans cesse en baisse et un épisode final qui n’aura réuni que 600 000 téléspectateurs, on craint de la voir disparaître des écrans définitivement.

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