Série TV Crossbones : Bilan de la saison 1

NBC nous promettait un grand divertissement avec Crossbones. En concurrence directe avec Black Sails (Starz) produite par Michael Bay, Crossbones partait avec une longueur d’avance. Elle disposait en effet d’un capital sympathie solide qui s’explique par la seule présence de John Malkovitch au casting. Initialement annoncée pour janvier 2014, la série a été décalée à l’été, ce qui n’est jamais anodin mais face aux erreurs de Black Sails, la série de Neil Cross (Luther) et James V. Hart (Hook) avait encore une marge de manœuvre pour exister. On s’attendait à un univers de vrais pirates, dark et violent, alors oui, la déception est grande. Inspiré de La République des Pirates, de Colin Woodard, Crossbones nous montre que les pirates ne sont plus ce qu’ils étaient.

Crossbones, de quoi ça parle ?

La piraterie ne rapporte plus autant qu’avant et la couronne d’Angleterre fait tout pour lui porter le coup de grâce. L’étau se resserre de plus en plus autour des pirates réfugiés à New Providence dans les Bahamas. Menés par Barbe Noire (John Malkovitch), pirate de légende que tout le monde croyait mort, le repaire des voleurs et des assassins va devoir faire face à une nouvelle menace. En effet, Tom Lowe (Richard Coyle), espion pour le compte du gouverneur de la Jamaïque, Jagger (Julian Sands), a pour mission de tuer leur leader.

Un manque de crédibilité

Visuellement on s’attendait à mieux. La photographie peine à rendre compte de la chaleur des Bahamas. Le décor est médiocre. Tout le budget semble être passé dans les dorures de l’hôtel particulier de Barbe Noire et dans le salaire de son interprète. Le tout est oubliable. Jamais Crossbones ne cherche à donner à New Providence une identité propre. Pourtant il y avait de quoi faire avec des pirates retranchés sur une île et menant une vie clandestine sous le nez de la Royal Navy. On aurait pu insister sur le côté sauvage, inquiétant de l’île, tenir compte des difficultés pour une population majoritairement britannique à s’adapter à son climat, à sa faune, à sa nourriture. Rien ne se démarque pour donner du caractère à ce repaire d’assassins et de prostituées. Ces dernières font partie du décor et les pirates sont résolument trop propres, trop peu effrayants et surtout trop peu nombreux. Le Queen Anne’s Revenge pouvait contenir environ 300 tonneaux et possédait une quarantaine de canons, on peut évaluer son équipage à plus de 300 hommes pour une seule frégate. À minima on pourrait imaginer que l’île n’accueille que l’équipage de Barbe Noire, où sont-ils ? Plane sur la série comme un vaste sentiment d’escroquerie. On pourrait passer sur ces détails embarrassants si la majeure partie de l’action se déroulait en mer, mais non, point de bateau…ou presque. J’en suis inconsolable. Crossbones prétend nous montrer comment né une nation. Mais comment rendre cela crédible si l’île est quelconque, si le quotidien des habitants est à peine évoqué (pas de traditions – non le vol ne compte pas, pas d’artisanat, pas d’agriculture et peu de commerce), si le passé, les résolutions et les envies de ses personnages nous sont quasiment inconnus ? Les quelques âmes perdues de New Providence en font difficilement un enjeu vraisemblable pour la couronne britannique.

Une intrigue décevante

L’erreur principale de Crossbones réside dans le choix de son personnage principal. Alors qu’on est amené à penser que Tom Lowe est le protagoniste le plus important, Richard Coyle jouant un trompe la mort jovial qui fonctionne plutôt bien, Barbe Noire est omniprésent et mène la danse. Les scénaristes ont clairement voulu capitaliser au maximum sur la présence de John Malkovitch et l’équilibre de la série s’en trouve menacé. Barbe Noire prend trop de place. Il est à l’origine de toutes les intrigues, il est la pierre angulaire des relations entre les personnages et est le seul qui donne du mouvement à l’ensemble. Tom Lowe apparaît cependant comme le moyen de nous introduire dans le monde des pirates alors qu’il succombe à l’idéal de vie républicaine que propose Barbe Noire (et auquel nous sommes supposés succomber aussi), suivant la thématique que les pirates, les voleurs etc… sont aussi des hommes. Si le présupposé de base pouvait être intéressant l’intrigue ne s’élève jamais. Il se cantonne trop souvent à incarner physiquement la menace anglaise qui guette New Providence et justifie l’urgence des actions entreprises par Barbe Noire. Au point que sa mission, qui devrait constituer l’intrigue principale, passe rapidement au second plan pour mettre en lumière une chasse au trésor dont la réalisation tient plus du jeu vidéo que de l’histoire de pirates sanguinaires. En résumé, « après avoir pillé un navire britannique, vous récupérerez le chronomètre, déchiffrerez le code, vendrez le chronomètre, collecterez une carte au cours d’une mission spéciale, utiliserez l’argent du chronomètre pour acquérir des armes et vous affronterez plusieurs ennemis mineurs pour combattre enfin le boss du niveau », inutile de préciser qu’on perd beaucoup de temps dans ces intrigues mineures qui justifient autant de dialogues stériles entre des acteurs parfois peu convaincants.

La guerre de New Providence aura bien lieu… à terre

Le point culminant de l’intrigue se devait d’être une bataille navale épique. Et c’était bien parti, l’armada espagnole se profilait à l’horizon avec à son bord la promesse d’une vie de largesses, le Capitaine galvanisait (mollement) ses troupes alors que Jagger faisait irruption et venait troubler l’opération. Pourtant sans qu’un boulet de canon ne soit tiré, sans provocation ni course poursuite, l’équipage faisait demi-tour. Crossbones déçoit jusqu’au bout. Comble du déshonneur pour une série de pirates, c’est bien sur terre qu’aura lieu l’ultime affrontement. Crossbones ne nous épargne aucun cliché : barricades de fortune, émissaire égorgé, combats chorégraphiés grossiers, Antoinette (instrument de vengeance utilisé par Jagger) lâchée dans la nature (très convaincante dans le rôle de Carrie ceci dit), le retour providentiel d’un personnage prétendu mort… Le tout est sans envergure et vite expédié car l’heure est enfin venue pour Barbe Noire de régler ses comptes, tout le monde y passe, de Jagger à Antoinette pour nous mener à la confrontation maintes fois repoussée qui l’oppose à Tom Lowe. Dans un exercice de catharsis, Barbe Noire au summum du culte de la personnalité qui l’anime depuis le début, révèle les tenants et aboutissants de son projet. Sa plus grande ambition était de donner naissance à une nation (d’où la nécessité de défendre une terre et non un bateau). Forgée dans le chaos et le sacrifice, l’âme de cette nation s’élèverait et s’émanciperait de la loi anglaise. La révélation aurait sans doute eu plus d’importance si la série n’avait pas cessé de nous survendre ce concept à chaque épisode et si on nous avait présenté un argumentaire valable contre l’Angleterre parce que ne pas laisser des crimes impunis, notamment s’ils menacent la stabilité politique d’un pays ou ses actions commerciales ça peut se comprendre. À l’image d’un dieu-créateur, Barbe Noire contemple son œuvre avec satisfaction. Ce qui n’est pas notre cas, le décor en carton-pâte paraît encore plus hideux une fois détruit et pas une seconde on aura cru à cette nation de pirates.

Conclusion

Diffusés le 02 août dernier, les deux ultimes chapitres de Crossbones viennent clore la seule et unique saison de son histoire. Ayant échoué à satisfaire les attentes de ses spectateurs, on ne regrettera pas son annulation. Black Sails reviendra quant à elle, en janvier prochain…

One thought on “Série TV Crossbones : Bilan de la saison 1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 Partages
Partagez1
Tweetez