Série TV : Critique du pilote d’Outlander (Starz)

Avec 16 épisodes commandés dès la première saison et un renouvellement après la diffusion de son pilot, Starz mise tout sur Outlander et on comprend pourquoi. Retour avec Silence Moteur Action sur le premier épisode. 

Synopsis d’Outlander : Six mois après la fin de la seconde guerre mondiale, une jeune infirmière, Claire Randall (Caitriona Balf) part à la découverte des Highlands avec son mari, Frank Randall (Tobias Menzies). Mais ce voyage ne sera pas le seul qu’elle entreprendra. Après avoir assisté à une cérémonie païenne, elle se retrouve en effet projetée 200 ans plus tôt, au cœur du conflit qui oppose les rebelles écossais aux anglais.

Mystérieuse Ecosse 

De paysages brumeux en pierres sacrées, Outlander nous invite dans une Écosse magique et fascinante. Ses étendues presque sauvages se dévoilent avec volupté au son des cornemuses. La photographie est intéressante. L’usage du filtre bleu en particulier, très subtil, crée une atmosphère mystérieuse ne manquant pas d’évoquer l’univers de la fantasy. Car à Iverness, les frontières entre monde réel et monde fantastique paraissent floues. Ses habitants semblent nourris de croyances ancestrales liées à la nature et le prouvent à travers des sacrifices rituels, la divination dans les feuilles de thé, dans les lignes de la main ou encore par cette cérémonie secrète au flambeau que le couple observe clandestinement. On se laisse charmer par ce monde de contes, d’esprits errants. Et c’est bien au contact d’une pierre ancestrale qui domine la vallée, que l’impensable se produit. Claire se retrouve propulsée en 1743. Incrédule, elle fuit pour échapper aux balles qui fusent. Les choses s’accélèrent. Sa coiffure se défait, le bouton de sa robe saute entre la panique et les chutes, elle perd même sa ceinture, sans raison apparente, entre deux plans. Faux raccord ou pas, c’est plutôt intrigant. Non seulement elle apparaît uniquement vêtue de sa robe blanche, c’est-à-dire comme une sorte d’incarnation d’esprit de la forêt, comme ces dames blanches qui apparaissent et s’évaporent en un battement de cils, mais la perte de cette ceinture peut également symboliser les liens qui la lient à sa vie d’origine et à son mari se défaisant. Intentionnel ou non ce bref instant laisse votre esprit vagabonder. Outlander multiplie les petits moments de ce type. Outlander ne doit pas seulement transporter Claire, elle doit aussi nous emporter avec elle et c’est sans doute ce qui est le plus réussi dans ce premier épisode.

« Sassenach »

Avec un pilot intitulé « Sassenach », terme péjoratif désignant les saxons ou plus généralement un étranger et un générique reprenant The Skye Boat Song, symbole de la survivance de l’esprit jacobin malgré la défaite de 1746, Outlander ne fait pas dans l’ambiguïté et confronte d’entrée de jeu les deux cultures. Elle semble même prendre partie pour les écossais en favorisant leur langue. Habituez vous dès maintenant aux « Aye ! » qui vont jalonner la série. Le groupe de rebelles barbus en kilt, un peu bourrus mais pas mauvais bougres, qu’on nous présente est plutôt sympathique. On aura sans aucun doute plaisir à les suivre. On peut toutefois craindre un récit aux accents manichéens. En effet, la tentative de viol, et l’embuscade laissent entendre que les méthodes de l’armée anglaise sont loin d’être irréprochables. Jonathan Randall (Tobias Menzies), dit Black Jack, capitaine des Dragons incarne le principal ennemi des écossais et le moins que l’on puisse dire c’est que son portrait n’est pas très subtil pour le moment. Aussi Jonathan Randall apparaît plus que jamais comme le contraire de Jamie Fraser (Sam Heughan), jeune rebelle intrépide et juste. Au confluent des deux, se trouve Claire, tiraillée entre les récits de son mari, Frank qui semblait nourrir une admiration certaine pour son illustre ancêtre, et le peuple qu’elle va apprendre à connaître. Outlander est une série assez maligne pour nous laisser sur notre faim. Les premières escarmouches sont à peine visibles, elles sont toutefois le signe qu’on nous garde le meilleur pour plus tard. Décidément les tuniques rouges ont fort à faire cette année. Après des séries telles que Turn, Crossbones ou encore Black Sails, la révolte gronde contre l’empire britannique. On a envie d’en voir plus.

La touche Starz

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on attendait pas Ronald D. Moore dans ce registre. Après Battlestar Galactica ou le plus récent et pas très réussi, Helix, le changement lui va bien. C’est soigné, le casting est intéressant, mention spéciale pour les chefs de clan que sont Colum MacKenzie (Gary Lewis) et Dougal MacKenzie (Graham McTavish) en plus du trio de tête qui s’en sort bien. Moore se veut efficace et précis avec Outlander (Le Chardon et le Tartan pour nous), adaptation du roman de Diana Gabaldon. Toutefois, on peut regretter que cette romance épique piochant de-ci de-là dans le registre fantastique touche une cible plutôt féminine et que ça se ressente dans la série. On ne nous épargne pas toujours les dialogues versant dans la guimauve et l’utilisation de la voix off s’avère mal à propos. Elle se justifie certes dans un premier épisode pour donner des éléments de compréhension utiles à l’intrigue, et elle marque ici le lien qui existe entre le roman et son adaptation. Pourtant, elle devient vite agaçante. Elle ne va jamais au delà de l’évidence, c’est vraiment dommage, la série est suffisamment bien faite pour s’en passer. Cet aspect parfois trop romancé lui nuit. Une série n’est pas un livre audio, on espère qu’elle se fera plus discrète par la suite. Malgré cette petite réserve, le genre de l’œuvre s’adapte très bien à la politique de Starz, spécialiste des séries qui enchaînent les scènes suggestives, les altercations musclées, les discours sur la liberté le tout dans un décor plutôt plaisant, comme Florence (Da Vinci’s Demons) ou Nassau (Black Sails). Starz a bâti sa réputation sur ces séries, elle continue logiquement de faire ce qu’elle fait de mieux. Ces séries sont des petits plaisirs coupables, imparfaites parfois c’est vrai mais très divertissantes. Ne reste plus qu’à savoir si le Catsle Leoch peut soutenir la comparaison.

Conclusion

Le pilot d’Outlander rempli incontestablement son contrat. L’intrigue est claire, les personnages bien amenés, les lieux bien définis. Les intrigues subsidiaires vont pouvoir se développer sans problème à mesure que le casting va se densifier et le petit monde de 1743 se révélera à nous. Outlander ne commet pas d’impair majeur si ce n’est la voix off qui participe à un rythme assez lent qu’on espère voir s’accélérer. À voir si ce n’est pas trop ambitieux et si la série, plus longue que toutes les autres programmation de Starz, peut tenir la longueur sans lasser.

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