[Critique] Le Roi Arthur, la légende d’Excalibur : longue vie au roi

Après avoir dépoussiéré avec vigueur l’oeuvre littéraire d’Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes, le cinéaste britannique Guy Ritchie s’attaque cette fois aux légendes celtes et plus particulièrement à la légende du roi Arthur.

Malgré moult adaptations, on n’avait jamais vu Arthur ainsi. Le film se concentre sur sa jeunesse, et plus particulièrement comment l’homme élevé dans un bordel est devenu le roi d’Angleterre. Encore une fois, le style de Ritchie se fait ressentir. S’il vient, comme Zack Snyder et David Fincher, de l’univers de la pub, il emprunte au premier une esthétique très picturale et au second un amour pour la violence, le dérangeant, la passion du détail. Et derrière tout ça, que reste-il du mythe ?

Réécriture du mythe

Diffusé lors du Comic Con de San Diego (la grande messe annuelle de la culture geek) en août dernier, la bande annonce du Roi Arthur laissait présager une relecture totale de la légende : des éléphants géants empruntés au Seigneur des Anneaux, une ville de Camelot héritée de l’héroïc fantasy et une esthétique qui rappelait les grandes heures de la bande dessinée. Et tout cela s’est avéré vrai : il y a dans Le Roi Arthur une sensation d’immense cafouillis presque kitsch. Bien heureusement, le film se base sur les vrais récits des légendes de la table ronde : la trahison de Mordred et Vortigern contre Uther, le père de Arthur, ce dernier est ici aussi élevé dans la rue avant de retirer Excalibur de son rocher…

Mais la nouveauté est dans la caractérisation de Arthur : violent, insociable, cet homme « de la rue » a vécu l’enfer. Cette vision contemporaine de ce qu’est la pauvreté, la solitude et les bas-fonds de la société, Ritchie la mixe à l’univers du mythe. Mais ce qui évite au film d’être invisionnable, c’est son rythme. Le montage lui donne une vivacité, une puissance et un rythme parfait. Pas de temps morts, pas d’images en trop… Le film joue énormément sur les montages parallèles (mélanger deux scènes ne se passant pas au même moment), les flash-backs et les émotions qu’il véhicule aux spectateurs. Les mythes se croisent et coexistent donc grâce à l’impeccable mise en scène de Guy Ritchie.

Mise en scène formaliste

Guy Ritchie s’est affirmé à travers les années comme un véritable cinéaste formaliste. Le formalisme est un courant cinématographique visant à l’expérience visuelle, à inventer de nouvelles formes esthétiques, à considérer l’image comme le Graal. En cela, il avait profondément marqué les esprits dans ses Sherlock Holmes où l’on entrait dans l’intériorité de Robert Downey Jr lorsque celui-ci anticipait ses actions, au ralenti, avant de les effectuer en accéléré. Comme Snyder ou Fincher, ce cinéaste issu de la pub use jusqu’à ses limites le potentiel du numérique.

Dans Le Roi Arthur, tout passe par l’épée Excalibur, par laquelle apparaissent toutes sortes de visions. La mise en scène vient magnifier ce qui est, donc, un incroyable travail sur l’image : les plans séquences étonnent quand la photographie brille par ses jeux avec le clair/obscur ou ses références à la peinture. Pour autant, la musique n’est pas en reste : après avoir travaillé avec lui sur Agents très spéciaux : code UNCLE, Guy Ritchie a décidé de refaire appel au compositeur Daniel Pemberton. La bande originale s’inspire des musiques celtiques pour ne pas délaisser l’orchestre symphonique propre à Hollywood. Il ressort de ce mélange des genres une sensation de musique complète, qui sait se marier à la perfection aux images.

Conclusion: Guy Ritchie donne du sang neuf au Roi Arthur avec la même fougue et vivacité que dans ses Sherlock Holmes. Pas exempt de défauts mais une oeuvre extrêmement divertissante et un exemple de rythme. Magique ! 

Le Roi Arthur : la Légende d’Excalibur
Un film de Guy Ritchie
Sortie le 17 mai 2017

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