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[Rétrospective Voyages temporels] La machine à remonter le temps

Que ce soit par nostalgie du passé ou la curiosité du futur, voyager dans le temps a toujours été un fantasme rendu possible par le cinéma, qui n’a de cesse d’être exploré, façonné sous ses diverses formes. Applicable aux divers genres cinématographiques, de la science-fiction à la comédie romantique, les voyages temporels ont eux, bien évolué avec leur temps.

Et pour naviguer à travers différentes temporalités, il faut une machine. Elle peut être scientifique, loufoque, fantastique, étrangère, etc. : la figure emblématique de la machine à voyager dans le temps a eu plusieurs visages dans le cinéma et continue d’évoluer, de se moderniser aujourd’hui.

La machine comme voyage

Revenons aux premières constructions, aux premiers bouts de métaux assemblés entre eux pour voyager dans le temps. Les premières expéditions inter-temporelles ont d’abord lieu dans la littérature et il faut attendre les années soixante pour que le cinéma s’empare de l’audace nécessaire pour voyager à son tour. Le roman La machine à explorer le temps, de H. G. Wells, publié en 1895 au Royaume-Unis est adapté 65 ans plus tard par George Pal. La machine est alors conçue par le personnage interprété par Rod Taylor et ressemble à l’avant d’une locomotive dotée d’une roue qui s’active lorsque l’on pousse un levier. Une première machine assez simple et artisanale qui permet tout de même au personnage de George d’aller dans le futur (en 1917) et d’apprendre ainsi la guerre qui a lieu entre l’Angleterre et l’Allemagne. Un remake du film sort en 2002 et reprend le modèle de la machine, en y ajoutant les évolutions technologiques telles que les effets spéciaux pour la rendre plus moderne, encore plus spectaculaire.

                           

La Planète des singes de Franklin J. Schaffner, sort en 1968. C’est le premier volet de la saga, adaptée du roman de Pierre Boulle, publié en 1963. La machine du film est directement liée à la NASA puisqu’il s’agit d’un de leur vaisseau spatial nommé Icare. En cela, l’approche de la machine à voyager dans le temps est ici beaucoup plus scientifique et se base sur la vitesse du vaisseau qui se veut supérieure à la vitesse de la lumière.

La même année, Alain Resnais, dans son film Je t’aime, je t’aime, invente une machine radicalement différente de celles imaginées auparavant. A travers l’histoire d’un homme qui devient le cobaye d’une expérience lui permettant de revivre une minute de son passé, Alain Resnais propose une machine bizarroïde en forme de gros cailloux moelleux qui se démarque très nettement des diverses machines d’autres films. On peut remettre cette machine dans son contexte historique avec la naissance de la culture pop qui marque un tournant dans le monde de l’art en général.

                                                                    

En 1985, la plus connue de toutes les machines à remonter le temps naît avec la sortie de Retour vers le futur : la Delorean DMC-12. Une voiture à l’allure réaliste à première vue mais bien plus futuriste de près, munie d’un convecteur temporel et autres appareillages électroniques au style typiquement 80’s. Robert Zemeckis fait le choix de modifier un élément connu et banal tel que la voiture pour la rendre plus sophistiquée et ainsi permettre au   spectateur de se projeter dans une éventuelle future invention comme celle-ci. Malheureusement, on attend toujours la création d’un skateboard volant ou d’une machine à remonter le temps…

Plus tard, en 1995, Terry Gilliam prend la relève en s’inspirant du chef d’oeuvre expérimental de Chris Marker, La Jetée, pour réaliser L’armée des 12 singes. Dans ce film, la machine a un aspect plus abstrait et quasiment hypnotique : un siège métallique placé face à un globe doté d’écrans. Une fois de plus, le cinéaste utilise les avancées technologiques et les inclus dans la création de la machine.

                                                                                                                 

Le cinéma comme machine

Aujourd’hui, le cinéma continue d’explorer les différentes formes possibles que pourraient prendre ce moyen de transport en cherchant des idées nouvelles et créatives. Souvent, on remarque que la figure de la machine s’est simplifiée voir remplacée. C’est le cas dans le film de Eric Bress et J. Mackye Gruber, L’effet papillon, dans lequel la machine n’est plus que le journal intime du protagoniste. Dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, Hermione utilise le « Retourneur de temps » qui est une sorte de machine petit format condensée en un collier.

Dans certains films, le cinéma lui même sert de machine à voyager dans le temps. En utilisant les outils cinématographiques tels que la mise en scène, le décor, le montage, le cinéma lui-même peut devenir une véritable machine pour aller d’une temporalité à l’autre. C’est le cas du nouveau film, La Belle Epoque, du réalisateur français Nicolas Bedos qui met littéralement le cinéma au service du voyage temporel. En effet, le personnage de Victor, interprété par Daniel Auteuil, va revivre une époque révolue de sa vie grâce à une reconstitution théâtrale de cette période, mise en scène par un entrepreneur. En cela, le cinéma et la mise en scène sont en quelque sorte devenus la machine à voyager dans le temps.

Sous une autre forme, Alain Resnais, toujours, exploitait déjà cette idée dans son film L’année dernière à Marienbad qui est en fait la remémoration d’un souvenir oublié. Resnais à recours à différentes astuces permises par le cinéma pour signaler le basculement d’une temporalité à l’autre, du présent au passé : un long travelling avant ayant pour but de nous faire pénétrer dans le souvenir, un flash-back souligné par une coupe au montage etc. Le film reconstruit le passé au même rythme que le personnage principal se le remémore. Une autre manière de se servir du cinéma comme d’une machine pour voyager dans le temps.

Comments (1)

  1. […] [Rétrospective Voyages temporels] La machine à remonter le temps 7 novembre 2019 […]

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