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[Rétrospective Voyages temporels] Quand on est pris dans la boucle…

Il y a ceux qui voyagent dans le temps, souhaitent explorer leur passé ou bien découvrir le futur… et il y a ceux qui restent coincés dans une boucle temporelle. Au cinéma comme dans les séries, ce procédé est au cœur de nombreuses œuvres et torture – il faut l’avouer – les personnages qui en sont victimes. Dans la série American Horror Story (vidéo 1), par exemple, l’Enfer vous fait revivre indéfiniment l’un des moments les plus humiliants de votre vie sans que vous ne puissiez rien y faire…

Mais pour d’autres, le fait d’être coincé dans une boucle temporelle les mène à reconsidérer ce qu’ils sont, ce qu’ils ont pu faire, et ce qu’ils devraient faire, autant pour devenir de meilleures personnes et se sauver elles-mêmes que, disons, sauver l’humanité. D’Un jour sans fin à Source Code, en passant par Triangle ou la franchise Happy Birthdead, on revient sur la manière dont sont représentées les boucles temporelles au cinéma.

Attention : des spoilers seront dévoilés concernant l’intrigue et les mécanismes des différentes œuvres évoquées dans cet article ! Aussi, les numéros des vidéos indiqués dans le corps du texte correspondent à leur place dans la playlist que vous pourrez découvrir en bas de cet article, ou en cliquant ici

Trouver ses repères…

Dès qu’un film enferme son personnage principal dans une boucle temporelle, vous pouvez être quasiment sûr de retrouver les mêmes gimmicks de mise en scène et/ou une structure scénaristique semblable. Notre héros (ou héroïne) commence par vivre cette première journée comme si de rien n’était, tandis que la caméra, le personnage, ou les deux, s’attardent sur certains petits détails. Dans Source Code (vidéo 2), dans lequel Jake Gyllenhaal se réveille dans le wagon d’un train sans savoir comment il y a atterri, sa voisine d’en face (Michelle Monaghan) lui adresse toujours la même phrase (« j’ai suivi ton conseil »), tandis qu’une femme passe en renversant son café, qu’un homme s’impatiente à l’idée d’être en retard… ou qu’un autre part aux toilettes. Dans Un jour sans fin (vidéo 3), c’est la même chanson à la radio, l’homme qui parle à Bill Murray en sortant de sa chambre, la propriétaire de l’hôtel qui pose toujours les mêmes questions, les retrouvailles avec Ned Ryerson, le pied dans la flaque d’eau et la sempiternelle cérémonie du Jour de la Marmotte.

Bien évidemment, le premier réflexe de ces personnages lorsqu’ils tombent dans la boucle est de croire qu’ils sont en train de rêver… ou de devenir fous. Ces événements récurrents seront pour eux une manière de s’ancrer dans une réalité, et, en fonction du registre du film, pourront créer des événements comiques ou amener le personnage principal à mieux comprendre ce à quoi il est confronté. Pour retourner dans la boucle, à chacun son mécanisme : le personnage de Bill Murray dans Un jour sans fin se réveillera toujours le 2 février, quoi qu’il arrive. Dans Source CodeJake Gyllenhaal est Colter Stevens, un soldat piégé dans une machine qui lui fait revivre les souvenirs d’un autre homme afin de trouver le coupable d’une attaque terroriste. Il doit continuer à mourir pour cela, tout comme Tom Cruise doit perpétuellement mourir pour sauver l’humanité dans Edge of Tomorrow. Tree (Jessica Rothe), l’héroïne de Happy Birthdead, se fait massacrer sans fin le jour de son anniversaire (et doit continuer à mourir dans sa suite afin d’échapper à la même boucle temporelle… et pour s’échapper d’une dimension parallèle).

Dans Triangle, Jess (Melissa George) et ses amis sont victimes d’un naufrage au milieu du Triangle des Bermudes et se retrouvent sur un paquebot voguant sans personne à bord… et où le temps semble s’arrêter. Pourchassé par un inconnu masqué, les amis de Jess sont massacrés un par un… Alors qu’elle parvient à se défendre et à envoyer son agresseur à l’eau, elle se rend compte que la boucle se répète, lorsqu’elle aperçoit au loin le bateau chaviré qu’elle a quitté auparavant avec tous ses amis sur la coque… mais aussi elle-même. Contrairement aux autres films cités, la boucle reprend mais fait ainsi co-exister différentes versions de l’héroïne, qui finira par se rendre compte que c’est elle-même qui a attaqué ses amis, et qu’elle n’a pas d’autre choix pour revenir auprès de son enfant sur la terre ferme (voir diaporama ci-dessus). Et c’est en retrouvant son pendentif (avec une photo d’elle et son fils), des papiers chiffonnés en de multiples exemplaires… ou un amoncellement de cadavres d’une de ses amis qu’elle comprend qu’elle est loin d’avoir vécu cette expérience pour la première fois, une sorte d’amnésie finissant inévitablement par la gagner.

… se libérer de ses chaînes…

Comme il y est explicitement fait référence dans Triangle, Jess et, d’une certaine manière, tous les autres héros dont il est question ici, sont des victimes modernes du mythe de Sisyphe. Dans la mythologie grecque, Sisyphe est condamné par Hadès à pousser un rocher jusqu’au sommet d’une montagne au sein du Royaume des Morts après avoir trahi les dieux. Mais une fois arrivé en haut de la montagne, le rocher retombe à son pied, laissant Sisyphe dans l’obligation d’accomplir à nouveau son périple… encore et encore, pour l’éternité.

Le cas de Jake Gyllenhaal dans Source Code est sûrement le plus proche de ce récit, puisque son personnage est réduit à l’état de cobaye : victime d’un accident d’hélicoptère sur le front, il est uniquement maintenu en vie dans le but d’utiliser le source code, la machine qui lui permet de revivre en boucle ces huit minutes qui précèdent l’explosion d’un train. Il est manipulé, à la fois par le docteur Rutledge (Jeffrey Wright) mais aussi par le capitaine Goodwin (Vera Farmiga) qui ne voient en lui qu’un atout, une nouvelle arme pour lutter contre le terrorisme, faisant absolument fi de sa souffrance… Jusqu’à ce que Stevens ne convainque Goodwin de le laisser vivre une dernière fois cette simulation afin de sauver tout le monde, et avoir la sensation de partir en paix, son devoir accompli (vidéo 4).

… et reprendre le contrôle

Pour lui, comme pour nos autres héros, il s’agit avant tout de reprendre le contrôle de la boucle pour l’utiliser à bon escient… et espérer en sortir. Le personnage de Tom Cruise n’a strictement rien d’un soldat dans Edge of Tomorrow, mais à force de combattre sans relâche, il devient une véritable machine de guerre (vidéo 5), tout comme Tree utilise l’avantage de pouvoir mourir autant de fois qu’elle le souhaite pour mener son enquête et savoir qui veut sa peau dans Happy Birthdead, ou retenir le théorème qui lui permettra de regagner sa dimension dans la suite (vidéos 6 et 7). Cette toute-puissance gagnée n’empêche pas pour autant ces personnages de se retrouver parfois dans l’impasse : dans Edge of TomorrowCruise indique à de multiples reprises qu’il n’a jamais dépassé ce point, ou fait d’autres allusions faisant comprendre au spectateur que nous avons vécu des ellipses, de nombreuses opportunités ratées, et qu’aucune solution ne semble être envisageable. La scène la plus émouvante du film montre le duo Tom Cruise/Emily Blunt acculé dans une ferme abandonnée. Il fait comprendre à sa compagnon d’armes que, quoi qu’il arrive, elle n’ira pas plus loin. Qu’elle mourra, d’une manière ou d’une autre (vidéo 8).

Dans Un jour sans fin comme pour Triangle, bien que l’un soit une comédie et l’autre un drame horrifique, Bill Murray et Melissa George réalisent que le problème, c’est avant tout eux-mêmes. Ils doivent changer pour revenir à leur vie initiale… Murray incarne Phil Connors, un présentateur météo acariâtre et égoïste, qui se retrouve aux petits soins des habitants de toute la ville de Pennsatucky (vidéo 9), qu’il considère comme des ploucs, mais aussi auprès de son équipe de tournage… et surtout Rita (Andie MacDowell), sa productrice, dont il tombe amoureux. L’issue de Jess dans Triangle est quant à elle beaucoup moins joyeuse, puisqu’elle réalise qu’elle est une mauvaise mère et qu’elle ne parvient pas à sauver son enfant. Elle se condamne donc à demeurer dans la boucle jusqu’à ce qu’elle obtienne une issue favorable… Comme quoi tout le monde ne s’échappe pas de son calvaire !


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