[Rétrospective Voyages] « Voyage en Italie »…

Le cinéma est une affaire de voyages. Si le spectateur ne connaît pas toujours la destination, nous  la connaissons aujourd’hui : nous allons en Italie. « La Grande Botte » apparaît comme la destination idéale de beaucoup de cinéastes et ceux-ci ont su la représenter sous (presque) tous ses angles : que ce soit ses paysages, son histoire, ses habitants mais aussi ses conflits politiques ou sociaux.

Le cinéma et l’Italie : il s’agit là d’une longue histoire d’amour ! Et pour bien la comprendre, il faut revenir sur des films essentiels du cinéma aussi marquants qu’un premier baiser. 

L’Italie comme personnage

Lorsque l’on parle de cinéma italien, il est difficile de passer à côté des films de l’après-guerre. Loin du cinéma hollywoodien, le cinéma italien de l’époque deviendra une influence mondiale et un symbole de modernité. Ces réalisations nous donnent une vision historique de l’Italie avec une portée aussi bien poétique que documentaire. En 1945, Rome ville ouverte, de Roberto Rossellini marque le début du néoréalisme italien : courant cinématographique né des difficultés économiques et morales de l’Italie après la seconde guerre mondiale.

C’est par ce manque de moyens que Rome ville ouverte ainsi que les films du néoréalisme italien par la suite, sont tournés en équipe réduite, avec des acteurs non professionnels et en extérieur. Ces films auront d’ailleurs un impact direct en France, sur la nouvelle vague. La grande modernité de Rome ville ouverte est de faire de la ville de Rome son protagoniste principal : les personnages s’effacent au profit de la Capitale. Il n’y a pas de personnage principal sinon l’environnement, le paysage, les ruines. Un peu plus tard, en 1948, Vittorio De Sica fera de même avec Le Voleur de bicyclette, une autre oeuvre caractéristique du néoréalisme italien qui permet également de visiter Rome en temps de guerre. En 1954, Rossellini réalise Voyage en Italie, long-métrage qui marque le début de la modernité. Aux antipodes des réalisations de studios, le film puise lui aussi dans le réel et les décors naturels pour construire la narration. Ici, l’histoire est celle d’un couple anglais (Ingrid Bergman et George Sanders) au bord de la rupture qui se rend à Naples pour recevoir un héritage.

Il s’agit d’un véritable voyage autant psychologique que physique avec, au terme de ce périple, une fouille surprenante dans les ruines de Pompéi. Il est souvent question de vestiges et de ruines dans les films campé à la Grande Botte car il est impossible de faire abstraction de son histoire, des traces laissées faisant partie intégrante du paysage. On pense par exemple à une scène en particulier de Call me by your name de Luca Guadagnino lorsque les personnages retrouvent une statue dans l’eau et un bras en bronze. Un peu plus tard encore, en 1960 Michelangelo Antonioni réalise l’Avventura. Dans ce dernier, un groupe d’amis fait une croisière mais une des femmes de la bande disparaît. Son compagnon Sandro et sa meilleure amie Claudia partent alors à sa recherche. Cette fois-ci, les personnages s’effacent au sens propre du terme car cette disparition se transforme presque en une ballade sur l’île avec des plans contemplatifs sur l’étendue des paysages d’Italie. La disparition, qui restera irrésolue, devient un quasi-prétexte pour mieux observer l’environnement et les vues splendides depuis les îles éoliennes. Le personnage a littéralement été englouti par le décor. 

L’Italie d’aujourd’hui 

Filmer l’Italie est un puits sans fond et les cinéastes n’ont de cesse de le creuser. Aujourd’hui, de plus en plus de cinéastes s’intéressent à ce pays et à ses nouvelles problématiques, évolutions ou au contraire stagnations. Un des plus marquants dernièrement était Call me by your name de Luca Guadagnino filmé à Crema en Lombardie. Le film raconte la romance entre Elio (Timothée Chalamet), un jeune adolescent italien et Oliver (Armie Hammer), un chercheur américain venu aider le père d’Elio le temps d’un été. Luca Guadagnino intègre des éléments du néoréalisme italien (l’authenticité des décors, longue durée des plans etc) à une approche hollywoodienne de la fiction. Ici, le voyage en Italie se déroule à la même vitesse que le voyage émotionnel des personnages : la nature, les paysages italiens et la chaleur écrasante accompagnent et matérialisent l’éclosion du désir entre les deux personnages.

Aux antipodes de l’amour dans Call me By your name, Matteo Garrone fait un portrait plus sombre de l’Italie dans son dernier film Dogman qui concourrait pour la Palme d’Or du 71ème festival de Cannes et qui a valu le prix d’interprétation masculine à son acteur principal, Marcello Fonte. L’histoire se passe dans une banlieue du sud de Rome dans laquelle Marcello, un toiletteur pour chien se fait prendre dans le cercle vicieux de violence et de brutalité qui touche son quartier. Cette fois, les paysages ne sont plus aussi éblouissants que ceux de Stromboli (de Rossellini) ou de Call me by your name. Cependant, ils sont eux-aussi mis au service de la narration car la banlieue prend rapidement la forme d’une cage et est filmée tel un labyrinthe dont il est impossible de s’échapper.

Matteo Garrone privilégie l’artifice cinématographique (certains plans ressemblent presque à des tableaux du caravage) pour mieux accéder au réalisme de la situation. Il parvient à nous faire ressentir le quotidien effrayant de la communauté qui vit dans la crainte perpétuelle de la barbarie et dans la pauvreté. En juin 2019 est sorti Piranhas de Claudio Giovannesi qui rejoint le point de vue plus cynique de Matteo Garrone sur l’Italie. Piranhas est une initiation adolescente qui a lieu à Naples. Il s’intéresse à la mort d’une mafia ou plutôt à la relève de la mafia par une jeunesse prise au piège dans le système criminel. La mise en scène naturaliste accentue notre plongée dans le réel et dans un Naples divisé en secteurs, filmés différemment. Un long-métrage poignant sur la fatalité.

On connaît l’Italie sous ses multiples visages, dépeints à travers le temps, grâce à des pionniers du cinéma tels que Rossellini, Fellini, Antonioni et bien d’autres cinéastes qui continuent aujourd’hui de proposer leur vision du pays. Ainsi, on peut observer l’évolution des paysages italiens, des situations politiques et sociales ainsi que l’évolution des regards des cinéastes, et il est facile de visiter tous les recoins du pays à différentes époques grâce à la multitude de réalisations tournées en Italie.


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