RétrospectivesVoyages temporels

[Rétrospective Voyage temporel] Pourquoi le cinéma raffole des voyages dans le temps?

En 1960, George Pal adaptait au cinéma le roman de H. G. Wells, La Machine à explorer le temps : publié en 1895, le livre raconte l’histoire d’un scientifique ayant trouvé le moyen de voyager dans un futur très lointain grâce à une machine de son invention. Vingt-cinq ans plus tard, en 1985, Robert Zemeckis sort le premier épisode ce qui sera l’une des plus grandes sagas du cinéma : Retour vers le futur. Cette fois-ci, c’est à bord d’une Dolorean que Marty et Doc voyagent, d’abord 30 ans dans le passé, puis 30 ans dans le futur, jusqu’à carrément tenter le Far West, en 1885.

Depuis, on ne compte plus le nombre de films qui parlent de voyages temporels : du présent vers le futur, du présent vers le passé ou même du passé vers le présent… Et pourtant, ces films arrivent à se renouveler, en proposant des histoires, des genres, des théories différentes. Ce mois-ci, c’est le Français Nicolas Bedos qui s’attaque au sujet avec le film La Belle époque, comédie dans laquelle une entreprise propose à ses clients de « remonter le temps » pour une soirée. L’occasion pour nous de consacrer notre rétrospective de novembre à ce sujet qui passionnent les cinéastes et les spectateurs. Mais pourquoi cet engouement, au juste ?

Parce qu’ils fascinent l’Homme

Après avoir réussi à parcourir les quatre coins du monde, avoir conquis les mers, les airs, et même l’espace, il y a une destination que l’Homme n’arrive toujours pas à atteindre : le voyage dans le passé ou le futur. Et parce que l’humain aime imaginer ce qu’il ne peut pas réaliser, il se console en créant des œuvres de littérature ou de cinéma. C’est en effet dans ces films comme Retour vers le futur ou La Machine à explorer le temps qu’il représente toutes les péripéties qu’il pourrait vivre ! Ainsi, le voyage temporel est souvent source d’aventure et d’excitation. La série anglaise Doctor Who, qui repose exclusivement sur le concept de voyage temporel, le rappelle bien souvent, par le biais de son protagoniste, qui prend plaisir à visiter toutes les époques possibles et imaginables, et de ses compagnons, qui n’arrivent généralement pas à résister à la tentation de le suivre.

D’ailleurs, le voyage dans le passé est souvent aussi palpitant que le voyage dans le futur ! Le premier permet généralement de rencontrer des personnages célèbres : c’est le cas du film Minuit à Paris de Woody Allen (2011), dans lequel Owen Wilson croise la route de l’artiste Salvador Dali ou de l’écrivain Scott Fitzgerald. Il est aussi l’occasion inespérée de changer sa vie et modifiant son passé, voire en sauvant carrément l’univers, comme dans le récent Avengers : Endgame (Anthony et Joe Russo, 2019). Le voyage dans le futur, lui, est un moyen d’imaginer tous les progrès techniques que l’Homme a pu accomplir (on pense bien sûr aux voitures volantes de Retour vers le futur!)… ou bien tout le mal qu’il a pu faire.

Mais il arrive aussi que le voyage temporel ne soit plus une aventure, mais un fardeau, une prison dont on ne peut s’échapper, quand le personnage se retrouve coincé dans une boucle temporelle, forcé de revivre indéfiniment les mêmes heures. Jake Gyllenhaal dans Source Code (Duncan Jones, 2011), Tom Cruise dans Edge of Tomorrow (Doug Liman, 2014), Bill Murray dans Un jour sans fin (Harold Ramis, 1993)… tous préféreraient que ce voyage temporel cesse !

Parce qu’ils s’adaptent à tous les genres

Le voyage temporel est généralement l’apanage de la science-fiction, car il repose sur un concept scientifique, qui fait intervenir la physique, l’astronomie ou encore l’ingénierie. Il s’agit, dans ces films, de questionner la possibilité même d’un tel concept. On peut citer des films comme Interstellar (Christopher Nolan, 2014), dans lequel le voyage temporel est une conséquence de la relativité générale (le temps ne s’écoule pas de la même façon selon la gravitation, l’attraction des astres). Dans X-Men : Days of Future Past (Bryan Singer, 2014), le voyage dans le temps est un pouvoir acquis par la mutation de l’Homme, tandis que dans Avengers : Endgame, il est possible grâce à une machine.

Mais d’autres genres se sont aussi accaparés le sujet, à d’autres fins. On pense notamment à la comédie, avec le film français Les Visiteurs (Jean-Marie Poiré, 1993), dans lequel deux individus du Moyen-Âge sont envoyés par erreur dans le présent. Ici, le voyage temporel est source d’humour, provoquant tout un lot d’anachronismes, de décalages et de quiproquos. Certains films romantiques traitent également du sujet, comme Kate et Léopold (James Mangold, 2002) ou Entre deux rives (Alejandro Agresti, 2006). Dans ces deux histoires, un homme et une femme de deux époques différentes arrivent d’une certaine manière à entrer en contact et tombent amoureux : leur idylle est pourtant menacée par ce laps de temps qui les sépare.

Parce qu’ils permettent de nombreuses théories

Enfin, si le thème du voyage dans le temps plaît autant, c’est probablement parce qu’il est source de réflexion et peut amener à des théories très variées. Il soulève de nombreuses interrogations : si l’Homme pouvait remonter dans le passé, pourrait-il le modifier ? Quelles seraient les conséquences sur le présent ? Pourrait-il rencontrer une version de lui passée ou future ? Et c’est sans compter le problème épineux du paradoxe temporel : si un personnage construit une machine afin de voyager dans le passé pour résoudre un problème du présent et réussit, alors il n’a plus aucune raison de construire cette machine dans le présent…

A toutes ces questions multiples, les réponses et théories sont très variées. Dans L’effet papillon (Eric Bress et J. Mackye Gruber, 2006), un moindre changement dans le passé bouleverse le présent. Dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (Alfonso Cuaron, 2004), Hermione, en pensant modifier le passé, ne fait que perpétrer une boucle sans fin qui lui permet au contraire de comprendre le présent. Dans le premier Retour vers le futur, Marty manque d’effacer complètement son existence en changeant la vie de ses parents, tandis que Avengers : Endgame, lui, ne s’embarrasse pas du problème : modifier le passé ne modifie pas notre présent, point.

Le voyage temporel est donc une source de création immense qui permet aux cinéastes de réaliser des films aux genres et aux histoires variées. Si certains sont légers et drôles, d’autres proposent une réflexion complexe sur le sujet. Scénarios, décors, costumes, jeux d’acteurs sont alors tout autant d’éléments qui entrent en jeu pour fabriquer le voyage dans le temps parfait !

Comments (1)

  1. […] [Rétrospective Voyage temporel] Pourquoi le cinéma raffole des voyages dans le t… 31 octobre 2019 […]

Comment here