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[Rétrospective Voyages temporels] Gare au paradoxe !

Le cinéma et les spectateurs raffolent des voyages dans le temps. Mais combien de fois ces mêmes voyages vous ont troublés, échappés, donnés des migraines ? Plein de fois. Tout simplement car la notion de voyage temporel est en réalité extrêmement complexe ; elle vient questionner de nombreux fondements logiques. Et il suffit d’être un peu joueur pour aboutir à une des frayeurs des scénaristes : le paradoxe temporel.

Les paradoxes les plus communs

Pour aborder la notion de paradoxe temporel, il faut déjà saisir le principe de causalité qui veut que tout événement soit la conséquence d’une cause. Il est omniprésent en science et nous intéresse ici puisque les paradoxes temporels vont venir le déconstruire : en changeant un événement dans le passé, le voyageur temporel peut modifier une « cause », et par extension sa conséquence dans le présent ou le futur.

Le premier paradoxe, le plus courant, se nomme “le paradoxe du grand-père” et peut se définir ainsi : si un voyageur temporel rencontre son propre grand-père dans le passé, avant que celui-ci n’ait d’enfant, et le tue, alors ce voyageur ne peut pas exister. Mais si ce voyageur n’est jamais né, alors personne n’a tué son grand-père… Pour régler ce problème, les scénaristes ont une astuce bien connue : mettre en garde le personnage, par un personnage tiers, sur la gravité d’interagir avec des éléments concernant sa propre existence. Retour vers le futur de Robert Zemeckis (1985) par exemple se base uniquement là-dessus : alors que Doc avait mis en garde Marty, celui-ci bouleverse la vie de ses parents en se faisant renverser, à la place de son père George, par la voiture du père de sa mère (son grand-père donc), empêchant ainsi le début de leur idylle. Marty n’existe théoriquement plus dans sa temporalité car il n’est jamais né... Il va donc devoir, pendant tout le film, tenter de mettre en couple ses parents pour ainsi exister. Le film ne pousse pas la réflexion au bout car il se veut ludique et aborde un autre propos, mais Marty, théoriquement, engendre un paradoxe du grand-père puisqu’en ne faisant jamais se rencontrer ses parents, il n’existe pas et donc ne peut plus les empêcher de se rencontrer…

Le film de science-fiction Minority Report de Spielberg (2002) aborde plus concrètement ce type de paradoxe (voir ci-dessus). Dans ce film, le personnage de Colin Farrell vient remettre en cause la technologie utilisée par Tom Cruise lui permettant de voir les crimes dans le futur, avant qu’ils se produisent, et ainsi les empêcher en emprisonnant le coupable. Ce personnage montre notamment l’absurdité de la manœuvre puisque si l’on arrête les malfrats avant leurs actions, il n’y a aucun crime commis et donc plus aucune raison légale de les emprisonner. Tom Cruise, lui, défend sa méthode : s’il ne les arrête pas, le crime sera commis, ce qui prouvera a posteriori la nécessité de l’arrestation. Ce dialogue montre bien la boucle du paradoxe. 

Un autre paradoxe bien connu et qui agit en miroir avec le premier, est le « paradoxe de l’écrivain », celui d’un événement qui serait sa propre cause. Par exemple, il y a paradoxe de l’écrivain si l’inventeur de la machine à voyager dans le temps s’envoie à lui-même dans le passé les plans de l’invention. Dans ce cas, s’il ne peut y avoir construction de la machine sans un premier voyage dans le temps, comment ce même voyage peut-il être possible ? Ce paradoxe est présent dans Terminator de James Cameron (1984): si Reese n’avait pas été envoyé dans le passé, John Connor ne serait jamais venu au monde et alors il n’aurait pas pu envoyer Reese en arrière. Enfin, la série anglaise Doctor Who évoque régulièrement le problème des paradoxes : dans l’épisode « Avant l’inondation » de la neuvième saison, le douzième docteur, interprété par Peter Capaldi, brise le quatrième mur en proposant au spectateur une illustration du paradoxe de l’écrivain (voir ci-dessous). Dans cette explication et dans l’épisode qui suit, le paradoxe de l’écrivain apparaît comme un casse-tête impossible à résoudre : le paradoxe existe dans les faits, mais quel événement en est à la base ? 

Les solutions

Une des solutions assez connues pour palier aux paradoxes temporels se matérialise en la notion de multivers. Pour bien la comprendre, reprenons l’exemple de Retour vers le futur. Marty va dans le passé et empêche ses parents de se rencontrer. Dans le film, comme il s’agit d’une seule réalité, si les parents de Marty ne se rencontrent pas, cela a des conséquences directes sur son présent et sa propre existence. Le concept du multivers, lui, nous dit que, si une modification intervient dans le passé, elle crée une réalité alternative dans laquelle les parents de Marty ne se seraient jamais rencontrés et où il ne serait jamais né. Mais cette réalité serait différente de la réalité dans laquelle Marty est né et où ses parents sont ensemble. Il n’y a donc pas de paradoxe possible puisque deux passés co-existent. C’est la solution choisie dans Avengers : Endgame. En allant chercher les pierres d’infinité dans le passé, les super-héros ne changent pas leur présent, mais créent un présent alternatif, simultané au leur. Ils peuvent alors utiliser les pierres dans leur présent pour éliminer Thanos. Toutefois, ils ont l’obligation de remettre les pierres à leur place dans le passé pour supprimer le présent alternatif qu’ils ont créé, et ainsi tout remettre en ordre.

Certains autres films usent de ce procédé sans l’affirmer à haute voix, comme Terminator 2 par exemple, dans lequel le terminator provoque la destruction dans l’oeuf du projet (Skynet) qui lui a donné naissance. S’il s’agissait de la même réalité, il y aurait paradoxe et le terminator, en détruisant Skynet, se supprimerait de la réalité, permettant finalement à Skynet d’exister, etc. Mais comme ce n’est pas le cas, on peut supposer que Terminator 2 use du multivers pour régler ce paradoxe. Pourtant, une faille du scénario peut être mise en exergue ici : si le le terminator, en détruisant Skynet, crée par la même occasion une autre réalité qui ne communique pas avec la sienne, cela veut dire que la destruction de Skynet ne devrait avoir aucun impact sur sa réalité et donc qu’il aurait fait tout cela pour rien. Cette faille scénaristique montre bien la difficulté d’écrire sur le voyage dans le temps de manière cohérente et réaliste. 

Une autre solution plus simpliste consiste à employer le principe de fatalité très en lien avec le principe de causalité abordé au-dessus. Le principe de fatalité nous dit que toutes les actions du voyageur temporel auront, en fait, déjà eu lieu dans ce qui était le passé avant son voyage. C’est tout le principe du film de Terry Gilliam, L’armée des douze singes, dans lequel Bruce Willis prend conscience à la fin qu’il est impuissant, qu’il ne peut pas modifier son passé car toutes ses actions (conscientes et inconscientes) convergent quoi qu’il arrive vers cet événement. Ce principe démontre l’immuabilité des choses : le destin trouve toujours son chemin. La série Dark ou le troisième opus d’Harry Potter abordent également ce sujet : en remontant le temps, Hermione ne fait que réaliser toutes les actions qu’une précédente Hermione avait déjà réalisé, complétant ainsi une boucle temporelle infinie. 

Enfin, la dernière solution est d’utiliser ces paradoxes, si l’on ne peut les éviter. Dans la série Doctor Who, les paradoxes temporels agissent concrètement dans l’intrigue. Lorsqu’un paradoxe est créé, il fait dérailler l’espace-temps (non sans faire exploser deux ou trois éléments de décor). Dans l’épisode « Les Anges prennent Manhattan » de la saison 7, le paradoxe est même utilisé par Rory comme solution à l’intrigue : en se suicidant, il crée volontairement un paradoxe du grand-père. Ce sacrifice permet d’éliminer leurs ennemis, les Anges Pleureurs, et de supprimer tout un laps de temps en les renvoyant dans une autre temporalité. Comme quoi, les paradoxes temporels ne sont pas toujours à éviter !

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