[Rétrospective] Trollhunters : avec l’animation, Guillermo del Toro « retrouve la joie »

Dans Crimson Peak, Edith Cushing décrit son projet de roman comme « une histoire avec des fantômes » plutôt qu’une « histoire de fantômes ». Ce même argument pourrait s’imposer dans le cas d’une autre création de Guillermo del Toro : la série animée Trollhunters, adaptée de son propre roman co-écrit avec Daniel Kraus (avec qui le réalisateur a de nouveau collaboré pour la novélisation de La Forme de l’Eau, prochainement publiée). Devenir chasseur de trolls a beau chambouler la vie du jeune Jimmy Dulac, cela ne l’empêche pas pour autant d’avoir à faire face à certains moments clés de son adolescence.

Comme évoqué précédemment dans le cadre de notre rétrospective, l’enfance a une place de choix dans l’oeuvre de Guillermo del Toro. Parce qu’elle s’adresse avant tout à un jeune public, la série Trollhunters n’a pas le même ton que les films de son réalisateur (comme Le Labyrinthe de Pan ou L’Échine du diable). Beaucoup plus drôle, colorée et joyeuse, celle-ci n’oublie pas pour autant de traiter de bon nombre de sujets sérieux. En somme, Trollhunters s’impose comme le premier contact idéal avec l’univers de Guillermo del Toro, puisque l’on y retrouve tout ce qui lui tient à cœur.

Trollhunters devait être une série live-action !

Avant de devenir une série animée, la nature de Trollhunters était toute autre. Dans de multiples interviews, Guillermo del Toro s’est confié sur les origines de ce projet, qu’il souhaitait voir développé en tant que série live-action (en prises de vue réelles) façon Stranger Things. Des contraintes budgétaires et d’emploi du temps l’ont finalement contraint à refréner cette envie et à la faire changer de medium : ainsi est né le roman Trollhunters, co-écrit avec Daniel Kraus et publié en 2015. Le roman a par conséquent servi de base au studio DreamWorks, qui s’est questionné quant à la pertinence du projet. Fallait-il adapter ce livre en film ou en une série animée ? Netflix n’est pas étranger à ce procédé, puisque c’est la plateforme que DreamWorks a choisi pour diffuser toutes les séries dérivées de ses franchises comme Dragons : par delà les rives ou encore Les Aventures du Chat Potté.

Les relations au beau fixe entre Guillermo del Toro et Dreamworks ont également motivé le projet : c’est en 2006 que le réalisateur a souhaité rejoindre le studio après en avoir fait la demande auprès de l’un de ses fondateurs, Jeffrey Ketzenberg, qui a permis au cinéaste mexicain de suivre une formation afin de combler ses lacunes en animation (lors de sa masterclass au festival d’Annecy, il disait avoir effectué des courts métrages en stop-motion au cours de sa jeunesse). Les années passant, Del Toro a fait ses premières armes dans le genre en tant que producteur sur deux volets de la saga Kung-Fu Panda, mais aussi sur le film Les Cinq Légendes. C’est alors qu’il a rencontré Alexandre Desplat, avec qui il commença à collaborer, à la fois pour la bande-son de La Forme de l’eau et les principaux thèmes musicaux de Trollhunters. Lorsqu’on lui demande s’il ne regrette pas d’avoir choisi l’animation, Del Toro se dit au contraire fier : « J’étais capable d’en déceler la pureté, et je pense qu’il est bien mieux de rappeler aux enfants que l’on peut trouver cette forme de pureté malgré les ordinateurs, les smartphones, les médias de masse… Il reste une place pour l’imagination, la pureté et le bon cœur » confesse-t-il à IndieWire.

Une douce initiation à l’univers de Guillermo del Toro

Si l’on est fan de la filmographie de Guillermo del Toro, il est aisé de retrouver différents thèmes de prédilection du réalisateur, à commencer – principalement – par la manière dont le surnaturel s’immisce dans le quotidien de ses personnages. Fils unique, parents divorcés, mère hyperprotective… Jim Dulac (ou Jim Lake, en VO) a tout de l’adolescent ordinaire. Au cours d’une balade à vélo avec son meilleur ami Tobias, il trouve l’amulette qui fera de lui un Chasseur de Trolls. Mais pas de temps pour la découverte : à peine est-elle trouvée que l’on entend la cloche de l’école retentir ! Le réel n’est donc jamais très loin dans Trollhunters, qui parvient à mêler avec brio les événements les plus anodins de la vie de ses personnages (Tobias passe son temps à se faire charcuter chez le dentiste, incarné par ailleurs par Guillermo del Toro lui-même, par exemple !) et cette plongée forcée dans le fantastique.

Un aperçu du Marché des Trolls. Copyright : DreamWorks, Netflix

À l’image du Labyrinthe de Pan, deux mondes se superposent dans Trollhunters : celui de la vie ordinaire, où tout va pour le mieux. Mais ce que les habitants d’Arcadia ne savent pas, c’est que des trolls vivent sous leur ville… Le Marché des Trolls, terre lumineuse et ultra-colorée, contraste avec l’idée que l’on se fait des trolls baignant dans l’obscurité de leurs cavernes. La série s’adressant évidemment à un jeune public, les équipes de DreamWorks prennent à contre-pied le personnage du troll pour le rendre moins menaçant, mais surtout attachant et drôle. Difficile de ne pas résister aux personnages de Blinky, l’audacieux (mais très maladroit) maître spirituel des trolls et aide de Jim, ou l’imposant mais adorable AAARRRGGHH!!! (qui insiste sur le nombre de points d’exclamation qui suivent son prénom).

En se réappropriant la figure des trolls, Guillermo del Toro se permet d’en explorer le folklore. Parmi les humains se cachent même des trolls ! La série revisite ainsi le mythe des changelins présent dans de nombreuses mythologies, notamment dans la culture espagnole, selon laquelle des créatures malveillantes s’empareraient de bébés pour les remplacer par leurs enfants… Un mythe qui devient un arc narratif dans la série, lorsque Jim doit retrouver le petit frère de Claire, la jeune fille dont il tombe amoureux.

Les personnages de Trollhunters. Copyright : DreamWorks, Netflix

L’une des autres réussites de Trollhunters tient dans son casting et son éventail de personnages. Guillermo del Toro est même parvenu à rassembler quelques guests de taille, parmi lesquels figurent un autre de ses monstres, Ron Perlman (Hellboy), qui campe Bular, l’un des principaux antagonistes de la série. On y retrouve également Tom Hiddleston (Crimson Peak), mais aussi d’autres stars telles que Lena Headey ou Mark Hamill. Mais la véritable star, c’est celle qui campe Jim, le héros, tragiquement disparue avant la sortie de la première partie de la série : Anton Yelchin, que Guillermo del Toro n’a jamais souhaité voir remplacé au casting. Sans doute s’agit-il d’une des raisons pour lesquelles la seconde partie de la série est beaucoup plus courte de la précédente (13 épisodes contre 26 pour la première), et qu’elle donne la part belle à ses personnages secondaires.

Il se cache derrière Trollhunters un profond sentiment de bienveillance envers ses personnages, et Guillermo Del Toro ne cache pas sa principale influence : les productions Amblin, de Steven Spielberg. « C’est [une série qui suit] des enfants au grand cœur, dont on souhaite rendre la vie plus compliquée, sans pour autant en faire des enfants difficiles », dit-il à Indiewire. Cette bienveillance coïncide avec la joie, que le cinéaste estime avoir retrouvée en se mettant à l’animation. À de multiples reprises dans la série, les ennemis d’hier deviennent les alliés de demain : à commencer par le personnage de Steve, la brute de service de lycée, dont la relation tumultueuse avec Eli, son bizut favori, devient une véritable amitié en seconde saison. Certains personnages trouvent donc le pardon, inscrivant ainsi la série dans une visée beaucoup plus optimiste que certaines œuvres du réalisateur, intensément tragiques. La série plaît aussi pour sa diversité : nos héros sont donc Jim Dulac, à la sphère familiale compliquée, Tobias Domzalski, stéréotype du geek un peu enrobé mais surtout orphelin, et Claire Nuñez, car oui, les jeunes filles pourront aussi trouver un modèle en tant que chasseuse de trolls !

Les Contes d’Arcadia : bientôt un univers étendu !

En décembre dernier, alors que sortait la seconde partie de TrollhuntersNetflix et Dreamworks ont marqué le coup en annonçant l’arrivée de deux nouvelles séries animées dans l’univers d’Arcadia. Et Guillermo del Toro continuera bien évidemment à chapeauter le tout !

Copyright : Dreamworks, Netflix

Après les trolls, d’autres personnages surnaturels s’inviteront dans la ville de Jim Dulac et ses amis. Dans 3 Below, également censée paraître cette année, deux adolescents extraterrestres appartenant à une famille royale s’échoueront sur Terre après s’être échappés des griffes d’un dictateur. Ils devront apprendre à se dissimuler parmi les humains et… aller à l’école s’ils veulent survivre et tenter de réparer leur vaisseau. En 2019, Wizards interviendra comme la conclusion des Contes d’Arcadia, qui rassemblera tous les personnages de cet univers pour un ultime combat pour contrôler d’immenses pouvoirs magiques et éviter la fin du monde. Espérons que ces nouvelles séries sauront proposer à leur public des personnages aussi drôles et charismatiques que dans Trollhunters !

Chasseurs de trolls : les Contes d’Arcadia (Trollhunters : Tales of Arcadia)
Une série animée créée par Guillermo del Toro
Disponible sur Netflix (en deux parties)

Références :


Découvrez également, dans la rétrospective Guillermo del Toro :



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