[Rétrospective Burton] La scène sous la neige dans Edward aux mains d’argent

Edward aux mains d’argent est sûrement l’un des films les plus reconnus de l’œuvre de Tim Burton. Un an après Batman (1989), le cinéaste réalise un film très personnel, inspiré d’un de ses dessins d’adolescent, avec l’aide de l’écrivaine pour enfants Caroline Thompson. En reprenant la structure d’un conte digne de Perrault ou des frères Grimm, Edward aux mains d’argent incarne le film burtonien par excellence. 

Il était une fois un garçon doté de mains-ciseaux nommé Edward. Attendrie par le jeune homme qu’elle rencontre par hasard, Peg, mère de famille d’une petite banlieue américaine, décide de l’accueillir chez elle sous l’œil malveillant de certains habitants du quartier. Nous nous intéresserons ici à une scène en particulier : la veille de Noël, Kim, la fille de Peg incarnée par Winona Ryder, sort de chez elle et découvre Edward dans son jardin taillant un bloc de glace en forme d’ange (de 1h12 à 1h14).

Une beauté monstrueuse

Le personnage d’Edward est caractéristique des films de Burton. À la fois monstrueux avec ses cicatrices aux visages et ses « doigts » aiguisés, il rappelle la créature de Frankenstein en se démarquant du robot, de la machine, par une qualité propre aux humains : les émotions. Plus qu’une simple ressemblance physique avec la créature de du roman de Mary Shelley, comme lui, Edward cherche tant bien que mal à s’intégrer au monde. Tim Burton nous montre la singularité de son personnage par un procédé d’opposition. Dès les premières images du film, la confrontation entre les couleurs vives des maisons, toutes identiques du quartier, et les teintes sombres ou l’architecture gothique du château d’Edward renforce la différence du personnage par rapport au monde qui l’entoure. Edward est la figure de l’Autre, celui qui est étranger, celui qui détonne. Cette différence est un thème récurrent chez le réalisateur qui, par le biais du film, s’attache à révéler au spectateur la beauté cachée derrière ce monstre et derrière la marginalité.

Le film parle justement de cette rencontre impossible entre deux mondes, figurée par l’histoire d’amour entre Kim et Edward. Dans la scène que nous analysons, le procédé d’opposition est d’ailleurs repris : Kim danse lentement en dessous d’Edward taillant son bloc de glace avec hâte. Tim Burton oppose un gros plan sur la main de Kim avec un gros plan des mains d’Edward et renforce ainsi cette différence de rythme. De la même façon, ils sont séparés au sein même de l’espace puisque Edward est situé en hauteur sur l’échelle tandis que Kim, elle, est en bas. C’est le plan en contre-plongée qui permet de rassembler les deux personnages dans le cadre. Lorsque Edward descend de son échelle pour rejoindre Kim, il érafle accidentellement la main dansante de Kim, comme si ces deux mondes s’attiraient l’un l’autre mais ne parvenaient pas à une parfaite union.

L’imaginaire comme refuge

« D’où vient la neige ? » demande une fillette à sa grand-mère au début du film. Cette scène est la réponse cinématographique que fait Tim Burton à cette petite fille. Il s’agit d’une séquence très onirique : lorsque Kim sort de la maison et traverse la porte pour accéder au jardin, elle franchit une frontière entre la réalité et le rêve. Cette séquence a une importance cruciale dans le film car elle représente un instant d’harmonie, un intermédiaire entre le rêve et la réalité durant lequel les mondes de Kim et d’Edward se rencontrent.

Ce pont entre le songe et le réel est notamment permis grâce à un élément phare du film : la musique ! Steven Spielberg et John Williams, Alfred Hitchcock et Bernard Hermann, Blake Edwards et Henry Mancini, Jacques Audiard et Alexandre Desplat : tous les grands cinéastes ont leurs compositeurs fétiches et il est difficile d’imaginer les films de Tim Burton sans la musique de Danny Elfman. Connu pour avoir composé les bandes originales de Spider-Man, Men in Black ou des Simpsons, il signe également celle d’Edward aux mains d’argent. La partition musicale de la scène se remplit progressivement. Elle est tout d’abord composée de sons intra-diégétiques de la maison puis des ciseaux d’Edward et se complète enfin avec l’arrivée de la musique et des chœurs. La progression de la musique et l’accumulation de divers éléments sonores qui participent à ce rendu harmonieux sont à l’image de la scène. La douceur des chœurs et les sons plus abrupts des ciseaux ne font plus qu’un. La musique symbolise ici la rencontre entre le réel et le fantastique, la féerie. L’aspect onirique de la scène est accentué par le travelling circulaire opéré autour de Kim apparaissant telle une poupée danseuse de boîte à musique. 

Cette scène iconique contient tous les enjeux d’Edward aux mains d’argent, et des films de Tim Burton de manière plus générale : l’éloge de la marginalité et le rejet de la norme, la frontière entre rêve et réalité, et bien sûr le rôle fondamental de la musique. En deux minutes, le réalisateur parvient à intégrer les thèmes et motifs qui l’obsèdent tout en offrant au spectateur une scène aussi somptueuse qu’inoubliable.

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