[Rétrospective Tarantino] La scène d’ouverture chez Quentin Tarantino

Alors que Once Upon a Time… in Hollywood bat des records outre-atlantique, l’équipe de la rédaction vous propose, durant tout le mois d’août, une plongée dans l’univers d’un des réalisateurs les plus emblématiques de ces 20 dernières années : Quentin Tarantino. Et pour bien commencer cette rétrospective, quoi de mieux qu’une étude des ouvertures de ses films ? 

Un rituel sacré

Tarantino aime le cinéma. Mais sa cinéphilie et son amour pour le septième art va au-delà du simple visionnage de films. Elle vient toucher sa manière de faire (son adulation de la pellicule) mais également sa manière de consommer les films : pour lui, le cinéma est avant tout un spectacle. Un spectacle délimité par des génériques. Et là où le générique de fin clôture le film, permettant au spectateur de redescendre progressivement de la fiction, le générique de début lui, est une invitation. Une invitation à entrer dans un univers, à s’intéresser à des personnages, à une histoire. Il est donc indispensable au film et Tarantino l’a bien compris. De Reservoir Dogs à Once Upon a Time… in Hollywood, chacun de ses films possède sa propre ouverture, aussi singulière que caractéristique du cinéma de son auteur.

Même typographie depuis son premier film, des lettres jaunes, blanches ou rouges, les ouvertures de Quentin Tarantino répondent à une formule, rendant hommage aux génériques passés que Tarantino aime tant, tout en y ajoutant une touche personnelle les rendant identifiables entre mille. Ces ouvertures sont une invitation à redécouvrir un monde ancien, ces films étant, dès le générique, des œuvres sommes de nombreux films. Finalement, les génériques de Tarantino sont à l’image de ses références : pulp (graphique), rétro, pop (le parfait exemple étant l’ouverture de Boulevard de la mort).

Éloge de la fiction

Dans certains cas, Quentin Tarantino aime ouvrir son film in medias res (au milieu d’une action) avec une petite scène pré-générique (on définira l’ouverture comme la composite de cette scène et du générique). Ces scènes peuvent paraître étranges en tant qu’introduction car le spectateur arrive perdu et sans repère, mais elles sont finalement construites de la meilleure des façons : comme il n’y a pas encore de narration à suivre, le spectateur va être attentif à tous les petits détails des personnages et commencer son processus d’identification. La scène d’ouverture de Reservoir Dogs en témoigne. En trois minutes, le spectateur sait déjà quel personnage est détestable et quel personnage mérite de l’empathie. En trois minutes, l’univers et les personnages sont posés. 

Finalement, pour Tarantino, l’ouverture d’un film ne dévoile pas l’intrigue mais agit plutôt comme une bande-annonce. Elle cristallise ce que va être le film et scelle un pacte avec le spectateur : celui de la fiction. Ces scènes pré-générique agissent d’ailleurs en miroir avec ce dernier. Là où Tarantino tente, pendant ces scènes introductives, de nous faire oublier le réel et pénétrer dans la fiction, le générique de début, lui, renforce le pacte de croyance avec le spectateur en lui révélant le procédé : le cinéaste a introduit des personnages auxquels le spectateur a cru, et, avec le générique, il les présente d’un coup comme des acteurs. Tarantino nous fait donc remarquer l’artifice : tout est du cinéma. Rien de tout cela n’est vrai et maintenant que le spectateur sait ça, que les présentations ont été faites, le film peut commencer. Il y a presque un discours métadiscursif (qui réfléchit sur lui-même, à son fonctionnement, à son procédé), appuyé dans certains de ces films par l’utilisation d’une citation en préambule. L’ouverture de Pulp Fiction en est la preuve : Tarantino définit le terme “Pulp” en citant le dictionnaire. Il commence donc son film en nous indiquant ce qu’il est : un film… pulp.

L’ouverture chez Quentin Tarantino est donc quelque chose de religieux. Elle est réfléchie, généreuse, immersive et permet pour son auteur de faire l’éloge de ses références, de la fiction et du cinéma.

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