[Rétrospective Sport] Les affiches de films, de Rocky à Borg/McEnroe

Représenter plusieurs heures de film en une image fixe : voilà le défi d’une affiche de cinéma. Outil de communication, elle doit dans un premier temps permettre au futur spectateur d’avoir les informations clés d’un film : titre, réalisateur, acteur, date de sortie. Mais son rôle va bien au delà. L’affiche de film doit donner envie au spectateur de se rendre au cinéma, et pour cela elle doit lui permettre de se créer un horizon d’attente – de quoi est-il question ? quelle sera l’intrigue, le genre du film ? – et, en quelque sorte, de ressentir l’atmosphère du film.

Les films sur le sport sont bien particuliers, nous avons eu l’occasion de l’observer durant toute cette rétrospective. Il est question de corps en mouvement, d’effort, mais aussi, bien souvent, de quelque chose de plus, d’un message sur le dépassement de soi, sur l’égalité, l’esprit de groupe… Comment une affiche peut-elle, à elle seule, réussir à transmettre cette ambivalence ?

La confrontation, l’action, la victoire : les 3 moments clés du cinéma sportif

On observe, de manière simplifiée, trois grands types d’affiches pour les films consacrés au sport. Certaines vont mettre en avant le duel, l’opposition entre deux sportifs. C’est le cas de deux films : Rush, réalisé en 2013 par Ron Howard, et, plus récemment, Borg/McEnroe, de Janus Metz, qui vient de sortir au cinéma début novembre 2017. Les deux réalisations sont des biopics qui jouent chacun sur la célébrité et la popularité de deux grandes figures du sport qui ont dû un jour s’affronter : les pilotes James Hunt (Chris Hemsworth) et Nikki Lauda (Daniel Brühl) pour Rush, et les tennismen Björn Borg (Sverrir Gudnason) et John McEnroe (Shia Labeouf) pour le film de Janus Metz. Les affiches de ces deux films vont alors jouer sur la tension entre les deux protagonistes, les présentant égaux, occupant autant de place sur l’affiche, et étant soit de face ou de dos, mais dans les deux cas côte à côte, ou bien dos à dos, pour accentuer leur opposition. L’idée est alors de ne privilégier aucun des deux sportifs, mais de maintenir le suspense et attirer des fans des deux clans, mais aussi des spectateurs qui ne connaissent pas l’issue du duel.

Mais le sport, c’est aussi du mouvement, de l’action. Montrer le corps qui souffre sur le visuel de La Rage au Ventre ou sur celui de Rocky IV, le corps qui bouge, danse, court, pour les Chariots de Feu ou Footloose, les voitures qui défilent à toute vitesse pour Rush… Promesse est faite au public qu’il ne s’ennuiera pas, que l’action sera au rendez-vous. L’accent est porté sur l’action en train de se dérouler, et l’on peut s’attendre à ce que le film s’attarde sur la difficulté qu’aura le protagoniste à se dépasser, à atteindre son rêve ou à s’échapper d’une vie qui ne lui convient pas. Les films consacrés au sport sont bien souvent des sortes de récits initiatiques durant lesquels les personnages apprennent à se connaître eux-mêmes.

Enfin, le troisième type d’affiche le plus courant consiste à représenter l’instant de la victoire, comme on le voit sur les visuels des Chariots de Feu, de Jappeloup ou encore d’Invictus. Les sourires sur les visages, l’acclamation du public… dans les cas présents, le but n’est plus de maintenir le suspense car on considère que le spectateur est déjà familier de l’histoire racontée et connait ainsi l’issue de l’intrigue. Sur l’affiche d’Invictus, qui retrace la victoire de l’Afrique de Sud à la coupe du monde de rugby de 1995 soutenue par Nelson Mandela, on peut d’ailleurs lire la phrase d’accroche suivante : « Son peuple réclamait un leader. Il leur a donné un champion. » L’attente créée sera davantage celle de connaître comment ces sportifs sont arrivés à une victoire parfois perdue d’avance.

A chaque sport son affiche

Mais les affiches de films doivent également représenter leur atmosphère. En jouant sur le choix des images mais aussi les couleurs et les typographies, il s’agit de s’adresser à l’inconscient du spectateur pour lui donner à ressentir l’ambiance du film. On observe ainsi que sur les affiches des films de boxe, le noir est la couleur prépondérante. Les visuels de Rocky et Rocky Balboa sont d’ailleurs entièrement en noir et blanc. Inconsciemment on pense à un sport plus sombre, plus sérieux, plus violent. Sur les affiches de La Rage au Ventre et de Million Dollar Baby, une troisième couleur est acceptée, utilisée pour les titres et les noms des acteurs : le rouge, la couleur du sang. La boxe est un sport individuel, et l’acteur principal est souvent présenté seul, ou aux côtés d’une ou deux personnes maximum, comme son coach ou son rival, par exemple.

Contraste total pour les films traitant de sports d’extérieur, comme le tennis, le rugby ou le baseball. L’affiche se fait beaucoup plus claire, et le décor prend toute son importance, là où les acteurs de films de boxe sont souvent présentés sur un fond uni. Pelouse verte, gradins remplis de spectateurs, le sport apparaît alors comme un événement communautaire. Cette idée est renforcée lorsque l’on a affaire à des sports collectifs, dans quels cas la cohésion de groupe est valorisée, comme on le voit sur la partie inférieure de l’affiche de We are Marshall. L’important est donc, on le comprend, que l’affiche donne à voir le sport, à le faire vivre dans l’inconscient du public en jouant sur ses caractéristiques principales.

Enfin, dans certaines affiches, le sport se fait presque invisible. Sur les visuels de The Blind Side, Une nouvelle chance ou encore Le Stratège, on ne peut voir aucun sportif en tenue ou en mouvement. Seul un bout de pelouse verte, et ce qui semble être des gradins permettent de comprendre que l’on va avoir à faire à un sport extérieur. Rugby, football, baseball ? La réponse n’est pas donnée, car elle n’est pas si importante. Ici, on comprend que le sport en tant que tel sera présent, mais secondaire, soit parce que le personnage principal n’est pas un joueur mais un entraîneur ou un sélectionneur, comme c’est le cas pour Brad Pitt dans Le Stratège ou Clint Eastwood dans Une Nouvelle Chance, soit parce que le film est davantage un drame ou un récit de vie (The Blind Side, Une Nouvelle chance).


A découvrir chaque samedi, pendant tout le mois de novembre, dans notre rétrospective sport :


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