[Rétrospective Sport] La boxe au cinéma

Parmi les films difficilement classables, il y a les films de boxe. S’agit-il de films d’action ? De thrillers ? De comédies romantiques ? De drames ? Et pourquoi pas un peu de tout ? Ce sport de combat, né en même temps que le cinéma, a su écumer nos écrans depuis des décennies et des décennies. Mais pourquoi des artistes comme Martin Scorsese, Denzel Washington, Sylvester Stallone, Clin Eastwood ou Will Smith ont tous décidé de se pencher dessus ? Retour sur l’un des plus grands « genre » du cinéma.

Chaque année apporte son lot de films sportifs, comme nous vous en parlons ici. Mais, souvent, il s’agit de films de boxe. On pourrait facilement dire qu’il s’agit du sport le plus représenté au cinéma. Peut être parce que la boxe est le sport se rapprochant le plus de l’art, et le cinéma l’art se rapprochant le plus du sport.

La beauté du geste

Le cinéma, s’il est un art total (comprendre le terme à sa définition la plus wagnérienne possible : regroupant tous les autres arts), est majoritairement visuel (rares sont les cinéastes faisant une mise en scène du son). Dès lors, on peut se dire que le 7ème art a trouvé dans la boxe une muse efficace : le ring est sa scène de théâtre, délimitant le cadre. Il y a donc quelque chose de très esthétique dans la boxe.

Quand Martin Scorsese fait Raging Bull, il ouvre le film par Jake LaMotta se battant seul sur un ring. Scorsese joue avec le décor qu’est le ring : il sectionne en quatre partie son plan, grâce aux cordes qui délimitent le ring. Ce jeu avec le décor permet d’enfermer son personnage tant visuellement que moralement. En 10 secondes, on comprend qui est le personnage et où il va. Le noir et blanc et l’aspect brumeux viennent rendre encore plus abstrait ce qui était pourtant très réaliste : un boxeur s’entraînant. Ainsi, la boxe est de ces sports qui laisse au cinéma une liberté énorme dans sa représentation !

On remarque aussi, dans cette séquence culte, le contraste entre la musique classique et ce qui est représenté à l’écran, soit entre le raffiné et la violence. Et pourtant, toute l’idée de la boxe au cinéma se cristallise dans cette séquence de Raging Bull : il s’agit de filmer le corps, sa beauté, ses mouvements. Le cinéma est né et s’est construit sur l’idée du mouvement des corps (du burlesque de Chaplin et Keaton à la dialectique des corps de Titanic), et la boxe lui sert de miroir pour exprimer sa vision du monde et de ses personnages.

La métaphore de la vie

Car le cinéma filme ce qui est filmable, ce qui a un enjeu. Autant dire que des films sur le ping pong ne seraient pas très passionnant (et encore…!). La vérité, c’est que le match de boxe est structuré comme un film, en différents actes, rounds, pendant lesquels rien n’est acquis et où le vainqueur physique à la fin n’est peut-être pas celui qui sera désigné vainqueur par le jury. Il y a quelque chose de très cinématographique là-dedans : ce n’est pas plus la destination qui compte que le voyage que l’on effectue. Derrière son aspect très physique, la boxe est donc aussi un sport moral. En cela, Rocky est peut-être le plus grand film de boxe jamais réalisé. Pour beaucoup, la boxe est un sport brutal.

Et pourtant, Rocky n’est pas un film sur la boxe. C’est un film (entre autres) sur la motivation, sur la confiance en soi, sur le fait de se battre contre les idées reçues que se font les gens de vous. Aujourd’hui encore, Rocky est catégorisé comme un film sur la boxe. Alors que non, il s’agit d’un film de boxe sur la vie. Le film (presque une autobiographie de Sylvester Stallone), qui raconte comment un « pauvre type » fauché se retrouve, sur un défi, à boxer contre le champion du moment, remportera même l’Oscar du Meilleur Film à sa sortie… Dur de faire plus académique et ronflant que les Oscars. Car l’enjeu de Rocky, et de la plupart des films sur la boxe, n’est pas un enjeu physique mais moral. À la fin, Rocky Balboa perd face à Creed. Et pourtant, pour lui, pour le spectateur, il a gagné : tout le monde le disait perdu d’avance, et round après round, il a su surmonter l’homme qu’il était et la vision que les gens avaient de lui.

Ainsi, ce qui a fait le succès et la pérennité de la boxe au cinéma tient dans l’essence même de ce sport, très différent des autres. Très cinématographique dans son esthétique (sans évoquer le côté spectacle du show qui renoue avec l’origine du cinéma aux USA) mais aussi profondément humaniste. Tout se passe dans la tête, les dilemmes sont moraux. En fait, on peut dire que la boxe est d’une certaine manière le miroir du cinéma.


A découvrir chaque samedi, pendant tout le mois de novembre, dans notre rétrospective sport :


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