[Rétrospective Villeneuve] La séquence de la frontière dans Sicario

Parmi tous les films de Denis Villeneuve, on retrouve en commun une mise en scène basée sur le rythme et le montage. En cela, le cinéaste joue avec le spectateur et livre, souvent, des grands moments de tensions. C’est le cas d’une des meilleures scènes de Sicario, dans laquelle les protagonistes se font attaquer par la mafia mexicaine. 

Remise en contexte : Sicario est un film sorti fin 2015 suivant Kate, une nouvelle recrue du FBI, enquêtant sur un cartel de drogue à la frontière mexicaine. Juste avant la scène que nous allons tenter de déconstruire, l’équipe s’est rendue dans la ville mexicaine de Juarez. Ils s’apprêtent maintenant à repartir vers les USA…

Le calme avant la tempête

La force de Villeneuve tient en particulier dans le rythme de ses films, souvent assez lent. Ici aussi, la scène commence dans un climat certes tendu mais assez calme. Les plans d’hélicoptères viennent aérer le film, on respire. Le cadre est plutôt large, et les plans durent assez longtemps. Il y a un sentiment de maîtrise, que tout est sous contrôle.

Et puis la tension commence à arriver. On sent que quelque chose ne tourne pas rond. Villeneuve se sert du son ambiant, qui participait alors à créer le calme, pour faire monter la pression : les pales de l’hélicoptère agressent, le bruit du moteur des voitures paraît anormal, la musique (exceptionnelle !) de Johann Johannsson se fait plus présente. Le cadre se resserre sur le personnage d’Emily Blunt. Enfin, là où on était juste avant sur des cadres très élargis, nous voilà maintenant en longue focale : la caméra reste très éloignée, et pourtant les cadres sont resserrés sur nos personnages, comme si on les espionnait de loin. La tension monte jusqu’à…

L’explosion

Comme pour marquer le début de la confrontation, un chien aboie et la caméra, sur épaule, le fixe avec énergie. Comme si toute la tension retenue jusqu’alors était métaphorisée par ce chien qui, en aboyant, déclarait le début de la confrontation. Pour marquer ce changement, le montage devient plus rythmé, le calme et les longs plans laissent la place à des plans plus serrés et courts. Pendant tout le début de la scène, le point de vue était celui de Kate et de ses collègues du FBI. Maintenant que la guerre peut exploser, on passe de l’autre côté avec des points de vues sur les sicarios mexicains, filmés directement depuis leurs voitures. Les coups de feu partent, le jaune sableux de l’image de Roger Deakins laisse la place à des taches de sang rouges et ultra vives. La musique cyclique de Johannsson vient sublimer et accentuer cette pique de violence.

Puis Villeneuve remet un plan aérien pris depuis l’hélicoptère. Seulement cette fois-ci, le plan est débullé (de travers). Malgré les apparences visuelles, tout est maîtrisé : le FBI agit voiture par voiture. Puis ils repartent.

Ainsi, cette scène représente parfaitement le génie de mise en scène de Villeneuve : une montée progressive et lente de la tension, jusqu’à UN point (ici le chien). Alors, de manière toujours aussi maîtrisé, la violence débarque, les coups de feu sont tirés. Et puis la vie reprend son cours.


A découvrir chaque samedi, pendant tout le mois d’octobre, dans notre rétrospective spéciale Denis Villeneuve :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

One thought on “[Rétrospective Villeneuve] La séquence de la frontière dans Sicario

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 Partages
Partagez2
Tweetez