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[Rétrospective Fin de sagas] The Walking Dead : la série revenue d’entre les morts

Attention : cet article contient des spoilers sur les dernières saisons en date de The Walking Dead et Fear The Walking Dead.

Les zombies ont-ils envahi notre petit écran jusqu’à l’overdose ? Depuis 2010, la série The Walking Dead (adaptée des comics de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard) faisait les beaux jours de la chaîne câblée américaine AMC, devenant l’un des shows les plus regardés au monde. On y suivait Rick Grimes (Andrew Lincoln), ancien shérif plongé dans le coma aux débuts de l’apocalypse zombie, devenant leader d’un groupe de survivants (parmi lesquels figure sa famille) dans Atlanta et ses environs. Au plus haut, The Walking Dead a pu séduire quasiment 17 millions de téléspectateurs rien qu’aux États-Unis (pour le premier épisode de la saison 5), se maintenant à une moyenne de plus de 10 millions d’aficionados. Mais ça, c’était avant. 

On connaît la recette de The Walking Dead. Le souci, c’est que ses ingrédients commençaient sérieusement à sentir le moisi. À chaque saison, Rick et ses compagnons passaient d’un lieu sûr à un autre, décapitaient et charcutaient quelques zombies sur le chemin, en quête de stabilité. Leur chemin les a principalement menés à Alexandria, une petite ville barricadée, et à la Colline, un autre coin un peu plus champêtre sur lequel domine un imposant manoir. Depuis la saison 5, ces personnages n’ont pas bougé. Et la série s’est enlisée elle-aussi dans une certaine mollesse, alors que l’arrivée de Negan (incarné par Jeffrey Dean Morgan depuis la saison 6) laissait présager de terribles affrontements.

Ces batailles ont eu lieu, certes. Il y a eu des pertes. Mais l’ennui s’est malgré tout installé, la faute à une mécanique usée : l’attente sans fin de l’affrontement entre Rick et Negan en saison 7 a mené à une guerre tout aussi laborieuse en saison 8 ! The Walking Dead est à ce moment-là loin de sa gloire d’antan, avec une moyenne de 5 millions de téléspectateurs lors de sa dernière saison. Et pourtant, alors que l’on en attendait plus grand chose, la saison 9 fut le symbole d’un renouvellement, tout en faisant renouer la série avec ses fondamentaux : la notion de communauté, comment survivre et se faire confiance les uns les autres. Un changement fondamental, à l’image de ce qu’a connu sa petite sœur, la mésestimée Fear The Walking Dead, qui elle-aussi change de forme et questionne son identité depuis sa troisième saison.

Pourquoi s’est-on lassé de The Walking Dead ? 

Le gros problème de The Walking Dead, c’est que, ces dernières années, la série s’est enfermée dans un schéma redondant, scindant ses saisons en quatre points majeurs : son season premiere, son mid-season finale (l’épisode 8, diffusé avant la pause hivernale) et ses deux derniers épisodes. Entre temps, ça ramait de plus en plus. Mais on s’accrochait, sachant très bien qu’à un moment où à un autre, quelque chose allait arriver, changer (un peu) la donne : la découverte d’une nouvelle zone, ou la mort d’un personnage, qui redistribue les cartes. Peu à peu, la surprise a disparu, par lassitude et manque de renouvellement, mais pas seulement.

S’il fallait définir un tournant, il s’agirait du cliffhanger de fin de la sixième saison, qui marquait l’arrivée tant redoutée de Negan, l’un des antagonistes les plus marquants des comics (le personnage a eu droit à son propre spin-off en bande dessinée). Pour la première fois, Rick et ses compagnons sont en position de faiblesse : mis à genoux devant Negan, ils se retrouvent à leur merci. Pour marquer le coup, Negan menace chaque personnage de sa batte de base-ball recouverte de fils barbelés, la fameuse Lucille. Qui sera victime de sa folie meurtrière ? Il faudra attendre plusieurs mois pour le savoir, l’épisode se terminant sur un massacre filmé du point de vue de la victime, en caméra subjective. Or les fans des comics avaient déjà un coup d’avance, et savaient que la victime serait Glenn (Steven Yeun), présent depuis le tout début de la série. Les scénaristes s’étaient pourtant amusés avec le public, en le faisant déjà passer pour mort une bonne partie de la saison 6… pour mieux l’achever par la suite. À quoi bon ? Ce procédé a agacé bon nombre de fans de la série (et des comics !), ce qui a notamment fait de l’épisode final de la saison 6 l’un des plus détestés.

 On touche là un deuxième problème : les morts de personnages devenaient de plus en plus attendues. En partie à cause du mercato habituels des séries : à chaque année ses nouveaux projets. Et qui dit nouveau projets, dit… envies d’ailleurs. Sonequa Martin-Green, qui campait Sasha, allait quitter The Walking Dead à l’issue de la saison 7 pour prendre la tête de Star Trek Discovery, et Lauren Cohan, l’interprète de Maggie, a disparu sans aucun bruit au milieu de la dernière saison, pour jouer dans Whiskey Cavalier (la porte lui reste cependant ouverte, son personnage étant encore en vie). La mort de Carl Grimes, campé par Chandler Riggs depuis le tout premier épisode, a beau avoir été une décision « surprise » des scénaristes (déviant ainsi des comics, dans lesquels il est toujours présent), celle-ci a été dévoilée à l’avance lorsque des publications sur les réseaux sociaux ont indiqué que le jeune acteur entrait à l’université. Du coup, plus aucune surprise, alors que la série tentait tout de même de créer – parfois – une certaine tension, notamment autour de Sasha, traversée par de nombreuses angoisses et des envies suicidaires pendant plusieurs épisodes. Pourquoi se donner tant de peine lorsque l’on connaît déjà l’issue de cette intrigue ?

On aurait très bien pu se poser la même question lorsqu’a été dévoilée à la surprise générale, l’été dernier, qu’Andrew Lincoln, Rick Grimes lui-même, allait quitter la série après quelques épisodes de la saison 9. La raison invoquée ? L’acteur souhaitait se rapprocher de sa famille, restant en Angleterre lorsque lui partait pour plusieurs mois à Atlanta chaque année pour le tournage de la série. C’est le coup de tonnerre. Là aussi, à quoi bon continuer une série si son personnage principal s’en va ? Et pourtant, c’est cet événement qui a – enfin – permis à The Walking Dead de se renouveler. Un emprunt scénaristique qui rappelle ce qui a pu se passer dans le premier spin-off de la série.

Fear The Walking Dead, un spin-off bien plus marquant

Fear The Walking Dead, elle, porte mieux son nom (littéralement : « redoutez les morts vivants »). Si elle nous entraînait au tout début de l’apocalypse zombie lors de ses premiers épisodes, la série a finalement rejoint la même chronologie que The Walking Dead, son aînée, lors de sa quatrième saison. Un choix allant à l’encontre des premières volontés des producteurs et scénaristes, qui indiquaient au départ que les personnages des deux séries auraient bien peu de chances de se rencontrer. Tout d’abord parce qu’ils n’étaient pas au même endroit au même moment : les personnages de Fear TWD sont passés par Los Angeles et le Mexique, tandis que ceux de la série mère ne se sont que peu aventurés en dehors d’Atlanta (excepté Washington D.C. lors de la saison 9). Par espoir de rebooster les audiences des deux séries (le spin-off ayant un public bien plus confidentiel, avec un peu plus de 2 millions de téléspectateurs en saison 3), plusieurs changements de taille ont eu lieu…

En soi, la série a connu ce que l’on pourrait appeler deux soft reboots lors de ses troisième et quatrième saisons. Qu’est-ce qu’un soft reboot ? C’est lorsqu’une œuvre de fiction décide de se renouveler en modifiant certains de ses paramètres : son casting, son cadre spatio-temporel, ses intrigues… En saison 3, la série s’est sortie de la torpeur du Mexique au profit d’un ranch américain au cadre plus resserré, et la famille Clark a dû faire face à la disparition frappante de l’un des leurs au cours du season premiere : Travis (Cliff Curtis, parti sur le tournage des suites d’Avatar), le beau-père, tombe du haut d’un hélicoptère après avoir été touché par balles. C’est alors à Madison (Kim Dickens), la mère, de mener Alicia (Alycia Debnam-Carey) et Nick (Frank Dillane) en sécurité.

Pensant être saufs dans le ranch de la famille Otto, d’anciens militaires, la famille se rend compte qu’elle se trouve sur une zone disputée entre leurs hôtes et un autre groupe menés par des amérindiens… La série s’est ainsi davantage concentrée sur les notions de communauté et de société, retrouvant ainsi les valeurs de la série mère, notamment défendues par Rick : comment retrouver une certaine humanité malgré l’apocalypse ? Elle a aussi permis au personnage de Kim Dickens de s’affirmer, offrant à l’actrice des performances bien plus intéressantes, et un véritable leader féminin avec, dans son ombre, la fille de Madison, Alicia… qui mène quant à elle la saison suivante.

La refonte a été plus importante à la saison suivante. Fear The Walking Dead a en effet accueilli deux nouveaux showrunners : Andrew Chambliss et Ian Goldberg, scénaristes ayant déjà collaboré par le passé sur Once Upon A Time (ce qui pouvait ne pas sembler très rassurant). Ils ont pourtant affiné le travail commencé lors de la saison 3, faisant lorgner un peu plus la série vers une sorte de western post-apocalyptique (et la saison 5 – qui commencera en juin – semble continuer dans ce sens). Madison devient en quelque sorte la « nouvelle Rick », prête à mener une communauté…

Or cette saison prend totalement ses spectateurs à contre-pied : en à peine une moitié de saison, Fear The Walking Dead a réservé plus de surprises que son aînée en quasiment trois ans ! Tout d’abord grâce à une structure temporelle scindée entre passé et présent, créant une redoutable tension sur ce que Madison, Alicia, Nick et sa famille ont pu traverser, mais aussi grâce à son générique (et oui !). C’est la première fois que la série se dote d’une véritable ouverture, précédemment cantonnée à l’apparition de son logo. À chaque épisode, un petit détail change, annonciateur de la thématique à venir de l’épisode, et résumant ainsi ce que les personnages traversent. Car il faut dire que ça bouge bien plus qu’à Alexandria : là où Rick cherche à maintenir les siens dans un endroit stable, Madison préfère rester en mouvement.

Pourtant, quelque chose cloche. Madison est absente des phases dans le présent. Que lui est-il arrivé ? Il faut attendre la fin de la première partie de la saison pour le savoir. C’est là qu’intervient la seconde partie du soft reboot : le sacrifice de la mère pour sauver sa famille comme thématique scénaristique – mais aussi la mort du fils, Nick -, accompagnés d’un renouvellement majeur du casting secondaire.

Parmi les nouveaux arrivants figure Maggie Grace (la fille de Liam Neeson dans Taken !) dans le rôle d’Althea. Une ancienne journaliste recueillant les témoignages des survivants qu’elle croise sur sa route (entre quelques massacres de zombies à la sulfateuse). Ces scènes récurrentes de confessions sont aussi accompagnées de certains épisodes « flashback » ou centrés sur certains nouveaux personnages, nous amenant à mieux cerner leur comportement face à l’apocalypse. Ils acquièrent ainsi davantage de matière que ceux de TWD, facilitant l’attachement du spectateur. Confrontés à un blizzard dans un épisode, tous les personnages se retrouvent séparés en petits groupes ; Alicia doit survivre au côté de la petite Charlie, l’enfant responsable de la mort de son frère. Les scènes qu’elles partagent dans cet épisode, orientées vers le pardon, comptent parmi les plus émouvantes.

Cette saison 4, c’est aussi la marque d’un changement de stratégie total concernant l’univers de The Walking Dead. Alors que les deux séries ne devaient pas se rencontrer, Morgan, l’un des personnages emblématiques de la série mère, l’a quittée pour… son spin-off. La disparition de Madison, in fine, apparaît aussi comme la manière de partager le leadership entre Alicia et lui. C’est aussi une manière de faire apparaître l’héritage des valeurs de Rick ailleurs… et d’étendre encore plus l’univers de The Walking Dead. Finalement, la disparition d’un personnage fictif oblige un renouvellement – tout comme faire face à un deuil dans notre vie nous oblige, à un moment ou à un autre, à aller de l’avant tout en gardant en tête ce que représentait pour nous cette personne. Le sacrifice de Madison et la disparition de Rick ont la même incidence sur les personnages et sur la structure des deux séries.

The Walking Dead, saison 9 : la renaissance

Avec le départ annoncé de l’acteur Andrew Lincoln, on se disait tous que Rick allait mourir. En 2016, Robert Kirkman annonçait déjà que cela allait arriver un jour ou l’autre… et que tous ses personnages finiraient par mourir. Et même les premiers épisodes de la saison 9 le laissaient présager, montrant l’ex-shérif de plus en plus dépassé par les événements, alors que les différents groupes cohabitent difficilement. Les anciens sbires de Negan, sous les barreaux, se font difficilement à leur nouveau chef. Et même Daryl (Norman Reedus), le plus fidèle ami de Rick, s’oppose à lui. Alors que tout lui échappe, une horde de zombies pointe aussi le bout de son nez. Bref : rien ne va. Jusqu’à la dernière scène de son avant-dernier épisode, où il finit par s’empaler sur un pan de béton brisé. Il va mourir, c’est sûr.

Et là, la série piège tout le monde. Malgré le teasing effectué depuis des mois, toutes les déclarations de l’acteur indiquant qu’il en avait fini avec Rick. Non, Rick ne meurt pas. Il est sauvé in extremis. Et il reviendra dans des films dérivés. Habile, n’est-ce pas ?

Mais pour tous ses camarades, Rick est mort. Son souvenir doit être préservé. Sa vision de la communauté aussi. En un clin d’œil, la série s’autorise un saut temporel de cinq ans et renouvelle elle aussi drastiquement ses intrigues. Un bon coup dans la fourmilière qui met les personnages sur un pied d’égalité : il n’est plus vraiment question d’avoir un leader mais de revenir à une sorte de démocratie, de décider ensemble, tout en choyant les idéaux des disparus. Carl. Rick. Ils restent ici, mais aussi à travers le personnage de Judith, la petite fille du shérif, qui malgré son jeune âge en impose. Il est aussi nécessaire d’instaurer à nouveau la peur, avec l’arrivée des Chuchoteurs et d’Alpha, ces hommes et femmes qui se mêlent aux zombies et s’imposent comme une nouvelle menace redoutable. Negan, à côté, c’est un clown.

On ne va pas vous raconter toute la saison 9 (on en a déjà trop dit sur tout le reste), mais The Walking Dead semble enfin sur le droit chemin. Un renouveau qui se voit à la fois devant et derrière la caméra : The Walking Dead a connu bien des showrunners, et Angela Kang, la dernière en date, est en grande partie responsable de cette renaissance. Enfin, les renouvellements des deux séries (les cigales et les grillons de TWD laisseront place à l’hiver !) et l’annonce des films dérivés ont été suivis récemment par le développement d’un second spin-off, qui mettra en lumière deux jeunes personnages féminins et la première génération à sortir de l’adolescence dans un monde ravagé. Comme quoi, on en a vraiment pas fini avec les zombies.

The Walking Dead
En US+24 et à la demande sur OCS Go
Saison 10 à l’automne 2019

Saisons 1 à 8 disponibles sur Netflix

Fear The Walking Dead
En US+24 sur Canal+ Séries et Canal+ à la demande
Saison 5 à partir du 3 juin

Saisons 1 à 3 disponibles sur Amazon Prime Video


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