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[Retrospective] Que peuvent encore raconter les films d’horreurs (américains) ?

En ce mois de rentrée, les sorties cinéma s’accumulent au point qu’on est un peu perdu. Pourtant, une thématique semble se dégager, qu’on a donc décidé d’aborder dans notre rétrospective mensuelle : l’horreur. Ce genre un peu fourre-tout qui a fait la gloire du studio Universal dans les années 30/40 avant d’être le symbole du cinéma indé américain des années 80 vit aujourd’hui sa troisième heure de gloire, avec notamment les succès à répétition des films Blumhouse.

Alors que le phénomène Ça s’apprête à refrapper les salles obscures avec la sortie le 11 septembre de la suite du diptyque de Stephen King, on découvrira ce vendredi 13 (date ô combien superstitieuse et significative) la première série d’horreur produite en France par Netflix : Marianne. Cet été, Wedding Nightmare et Midsommar se sont succedés, preuve de plus que les spectateurs sont passionnés du genre. Mais après toutes ses années, qu’ont bien encore à raconter les films d’horreur ?

Une seule idée, beaucoup de films

Le cinéma d’horreur n’évite pas les mêmes questionnements que tous les autres genres : toutes les histoires n’ont-elles pas déjà été racontées ? Si la multitude de films (et de succès) prouve que non, la réponse tient aussi dans le fait que de nombreux films de genre reposent aujourd’hui sur des concepts. Une idée, un film.

C’est ce qui a fait le succès du producteur Jason Blum, devenu l’un des plus grands magnats du cinéma hollywoodien. Lorsque l’homme d’affaires loupe le Project Blair Witch, il se promet de ne plus laisser passer d’occasion pareille. En 2005, il produit Paranormal Activity pour seulement 15 000 dollars. Aidé par un marketing efficace, ce film repose sur un concept simple et basique : un couple a la sensation qu’une présence cohabite avec eux. En installant des caméras de surveillance, on découvre ce qu’il s’y passe la nuit quand ils dorment… Avec 193 millions de dollars de recettes, le film deviendra le plus rentable de l’histoire dans le genre. S’en suivra alors une liste extrêmement longue de long-métrages reposant uniquement sur un concept, une idée : les sagas Sinister, American Nightmare, Insidious, Happy Birthdead… Pas de révolution donc, et des films qui ne racontent plus grand chose de nouveau mais reposent sur une mécanique bien huilée, basée sur des techniques simples et efficaces : mise en scène sonore, jumpscares, violence démesurée, personnages antipathiques créant une véritable catharsis pour le spectateur.

Le cinéma de genre n’est lui non plus pas épargné par la vague de nostalgie traversant la pop-culture. Le retour en (très très) grande pompe des adaptations de Stephen King (Simetierre, Ça et Doctor Sleep – la suite de Shining – rien que cette année) prouve qu’à défaut de raconter de nouvelles choses, on peut très bien raconter à nouveau des choses connues par tous.

Société de consommation, critique du capitalisme 

Mais même la mécanique la plus précise laisse passer des erreurs. Parmi la ribambelle des films-concepts de Blumhouse apparaît de temps à autre une œuvre forte, nouvelle dans ce qu’elle dit du monde. On pense notamment à l’intense Get Out, dont le concept est de placer l’horreur dans le racisme. Le succès monstrueux du film permettra au réalisateur Jordan Peele de remporter l’Oscar du meilleur scénario original, une première pour le genre. Le cinéaste se laissera guider par son succès, et livrera avec Us cette année une oeuvre passionnante et intéressante.

Ainsi, c’est dans la quantité souvent astronomique de films produits que l’on trouve parfois une pépite. Un mal nécessaire donc, quand il permet l’émergence de metteurs en scènes très talentueux. Ari Aster l’a très bien compris, et plutôt que d’inventer de nouvelles intrigues choisit d’inviter de nouvelles manières de les raconter. Avec Hérédité puis Midsommar, il prend le spectateur à contrepied et innove avec des œuvres complexes. Inventer de nouvelles façons de raconter des histoires, aussi, par la forme que ça soit dans It Follows, jouant avec le cadre (ce que l’on voit mais surtout ce que l’on ne voit pas) ou Ça, dont l’ampleur fantastique lui donne des aspects de film hybride (entre horreur crue et blockbuster mainstream).

Le cinéma d’horreur s’est énormément popularisé en quelques années et on assiste à une surabondance de films jetables, ayant comme seul intérêt leur concept. Pourtant, de temps à autres apparaît une oeuvre forte, qui semble repousser les limites du genre. Il y a encore des choses à raconter et montrer, ne désespérez pas !

 

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