[Rétrospective Villeneuve] Premier Contact, une histoire de communication

Depuis maintenant plusieurs années, Denis Villeneuve remplit les salles de cinéma avec des films tous plus impressionnants les uns que les autres, et il n’a pas fini de nous étonner : après Prisoners, Enemy puis Sicario, le réalisateur québécois s’est lancé dans la science-fiction avec Premier Contact (avant Blade Runner 2049 actuellement en salles), sorti en France fin 2016, un film qui peut paraître complexe au premier abord mais qui prend tout son sens une fois le visionnage terminé. Analyse de cette oeuvre magistrale.

Le langage, dimension porteuse du film

Les bribes de souvenirs de Louise Banks, qui constituent la base principale du film, nous présentent une histoire que l’on pourrait qualifier de chaotique : le spectateur se retrouve presque perdu au milieu de la diégèse du film. Par ailleurs, l’histoire met du temps avant d’être claire, et tout comme lorsque l’on apprend une langue étrangère, avant de la maîtriser, elle apparaît d’abord comme désordonnée, voire incompréhensible. Ainsi, tout au long du film, le spectateur a le même objectif que le personnage principal : pendant que Louise Banks – interprétée par l’incroyable Amy Adams – tente de déchiffrer les messages des extraterrestres, le spectateur, lui, essaie en plus de comprendre la mise en place de l’espace-temps du film. On comprend alors assez vite que le scénario du film repose sur la compréhension et la communication : celle entre les humains et les extraterrestres, mais aussi celle entre le spectateur et le film.

Là où l’on peut penser que Premier Contact est un langage en lui-même, c’est dans sa construction et son montage, à travers lesquels on peut voir une forme de grammaire. Lors des premières images, rien ne paraît étrange : le film commence avec une séquence dans laquelle on peut voir la vie de la fille de Louise Banks, de sa naissance jusqu’à sa mort. Ensuite, cette dernière s’en va donner un cours à l’université alors que les extraterrestres sont arrivés sur Terre : tout laisse donc penser que la mort de sa fille a eu lieu avant cette invasion, d’ailleurs, rien ne laisse supposer le contraire. Et c’est le cas pendant tout le film : il faudra attendre la fin de celui-ci et le déchiffrage complet du langage extraterrestre par Louise pour que le spectateur comprenne le sens entier de Premier Contact, et, par conséquent, le réel rapport entre les séquences du film. Reprenons l’exemple de la langue étrangère : c’est à partir du moment où on l’a complètement assimilée que l’on peut la comprendre. Pour Premier Contact, c’est quand on comprend sa construction que le récit prend tout son sens.

Comme expliqué précédemment, dans Premier Contact, l’échange se fait entre humains et extraterrestres, mais aussi entre le spectateur et le film. Cette communication est d’ailleurs clairement évoquée à travers certaines formes géométriques présentes dans le film : en effet, on y retrouvera très souvent des rectangles. Ajoutons cela aux couleurs qui jouent elles aussi un rôle important dans l’oeuvre de Denis Villeneuve : les formes rectangulaires ne seront pas retrouvées dans un noir profond (couleur réservée aux extraterrestres), mais plutôt dans un blanc lumineux. Cela nous rapporte directement à la notion d’écran, que l’on retrouve tout au long du film, notamment du côté des humains (tablettes, télévisions, ordinateurs), et qui fait une fois de plus écho à la communication, notion principale du film. Il paraît également évident d’évoquer cette grande lumière étendue à laquelle Louise Banks fait face plusieurs fois pendant le film, qui fait indéniablement référence à un écran de cinéma : ainsi, on a encore une fois un parallèle entre Louise Banks et les extraterrestres puis le spectateur et le film.

Tout au long de Premier Contact, il y a donc tout un vocabulaire de forme, de mise en scène, de structure qui renvoie au langage et à la communication, sujet principal du film dont il tire tous ses enjeux. Le film de Denis Villeneuve est un langage à décortiquer, un langage étranger qui parle, à travers sa diégèse, de la relation spectateur/cinéma, une relation essentiellement basée sur la communication d’émotion.


A découvrir chaque samedi, pendant tout le mois d’octobre, dans notre rétrospective spéciale Denis Villeneuve :


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