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[Rétrospective Phoenix] Pourquoi Joaquin Phoenix a-t-il la cote ?

Joaquin Phoenix. Ce nom est en train de marquer cette année cinématographique. Pour cause, l’acteur porte Joker, film de Todd Phillips, sorti le 9 octobre 2019. La presse, les spectateurs et le jury de la Mostra de Venise 2019, festival renommé où le film crée la stupeur en remportant le Lion d’or, sont unanimes : Joaquin Phoenix est simplement époustouflant dans ce nouveau long métrage. Si avec ce film, le comédien pourrait définitivement conquérir le cœur du grand public, il n’en est pas à son coup d’essai en termes de réussite. 

Sa célébrité n’est pas récente mais l’acteur répondait davantage, jusqu’ici, à un cinéma plus indépendant alors que Joker le lie désormais à l’iconique Batman. Bientôt âgé de 45 ans, Joaquin Phoenix apparaît pour la première fois dans un long-métrage en 1986 : Cap sur les étoiles de Harry Winer. Il a alors 12 ans. Le film n’est pas un grand succès et n’est même pas sorti en France. Trois ans et une réalisation plus tard, le comédien trouve un second rôle chez Ron Howard, dans Portrait craché d’une famille modèle (le réalisateur, papa de Apollo 13, Da Vinci Code ou encore  Solo: A Star Wars Story, n’est, à l’époque, pas aussi connu qu’aujourd’hui). Joaquin Phoenix prend du galon en 1995 lorsqu’il partage l’écran au côté de Nicole Kidman (Moulin Rouge!, Eyes Wide Shut) et Matt Dillon (Mary à tout prix, Rusty James) dans Prête à tout, de Gus Van Sant. Mais c’est en 2000 que l’acteur se révèle au monde entier : Gladiator de Ridley Scott (Alien, Blade Runner) signe le premier tournant majeur de sa carrière. Le film, où il donne la réplique à Russell Crowe, est un véritable succès dans le monde et demeure un immanquable. Aujourd’hui, avec Joker, se dessine le second virage qui marquera la notoriété du comédien. Lecteurs, nous vous avons interrogés sur celui qui compte déjà plus de 30 films à son actif.

Sa force ? Son jeu

Si certains acteurs peuvent passer du coq à l’âne, d’une comédie potache à un drame noir, sans difficulté et parfois (plus rares !) sans que cet écart n’altère leur prestation, d’autres choisissent, consciemment ou non, de s’ancrer petit à petit à un genre de personnage. Joaquin Phoenix nous donne l’habitude d’être vu dans des réalisations dramatiques, aux ambiances quasiment cérémonieuses où il incarne des protagonistes sombres, souvent accablés, voire abattus. Tout du moins, ce sont ces rôles-ci qui retiennent l’attention du public. On pense notamment à son rôle de Commode dans Gladiator, mais aussi à ce poète amoureux dans Her (Spike Jonze) ou plus récemment, au frère ascétique chez Jacques Audiard dans Les Frères Sisters.

À travers les réponses récoltées grâce au questionnaire, deux traits des personnages qu’interprète l’acteur ressortent plus que d’autres : la solitude et la faiblesse psychologique. Le terme « torturé » est d’ailleurs donné à de nombreuses reprises. Dit comme ça, si on ne le connait pas, le jeu de Joaquin Phoenix n’a rien d’attrayant et peut même repousser. Une sorte de stéréotype d’acteur hollywoodien pseudo-tourmenté, comme on se l’imagine… Pourtant, les films passent, et son souvenir reste ; le comédien marque le public. En effet, l’acteur ne donne pas l’impression de « jouer » ses personnages, mais de les habiter.

Pour donner ce sentiment – peut-être vrai, seul lui le sait réellement – il use de sa « gueule charismatique » comme l’indique un interrogé. Là est son point fort, celui qui le démarque d’autres artistes qui, comme on le dit dans le langage courant, veulent se « donner un genre ». Pour les spectateurs, Joaquin Phoenix, dont certains répondants saluent l’engagement pour la cause animale dans la vraie vie, est « intense », doué d’une « présence corporelle » tenue par son « regard naturellement sombre ». Mais au-delà de l’aspect physique qui ne fait pas tout, le comédien apporte de la « douceur quand le rôle le demande ». Il est pourvu d’une « agilité à articuler différentes émotions en une même scène ». Il sait autant en imposer sous le masque de protagonistes immoraux, quasiment pervers, comme il a su le prouver dans Gladiator. En d’autres termes, c’est un « acteur complet », un vrai « caméléon ».

L’homme derrière le masque

Le jeu de Joaquin Phoenix semble donc mettre tout le monde d’accord. Mais qu’en est-il de l’humain derrière le personnage ? Est-il autant apprécié pour sa personnalité que pour ses talents d’acteur ? C’est en réalité là où le bât blesse : pour une majorité d’interrogés, la personnalité de Joaquin Phoenix est son point faible. L’acteur apparaît parfois en public comme quelqu’un de renfermé, peu loquace et peu proche de ses fans, qui ce qui rend la promotion de ses films laborieuse. Ce comportement, certains l’associent à de l’arrogance, d’autres à de la timidité et de l’anxiété. Joaquin Phoenix serait-il donc un acteur que l’on adore à l’écran, mais déteste dans la vie ? Pas vraiment, en réalité : Phoenix apparaît moins comme quelqu’un d’antipathique que comme quelqu’un de très discret sur sa vie privée. Un quart des personnes ayant répondu au sondage déclarent en effet ne pas connaître assez l’acteur pour être capables de déceler ses points faibles !

Car si le fait de « disparaître » sous le masque de ses personnages est considéré comme un véritable talent, preuve d’un acteur qui se donne à 100 %, cela joue aussi sur son image publique, qui est ainsi souvent associée à ses personnages torturés, mystérieux, sombres. « Il s’efface tant derrière ses rôles qu’on oublie facilement qui il est, son nom, sa carrière », explique un des internautes, avant d’ajouter : « mais est-ce vraiment un défaut ? » Non, si l’on en croit le succès de l’acteur. Joaquin Phoenix, un acteur qui ne sait pas forcément « vendre » ses films lors de leurs promotions et dont on sait en définitive très peu de choses, a tout de même réussi à gagner le cœur du public : 80% des interrogés affirment en effet aller voir ses films avant tout car il se trouve au casting ! Cette reconnaissance, si elle ne vient pas de son capital sympathique, l’acteur ne la doit finalement qu’à son excellent jeu d’acteur.

Son dernier film, Joker, intrigue avant tous les spectateurs car ceux-ci se demandent comment Joaquin Phoenix a pu apporter de la complexité à ce personnage mythique de l’univers Batman (il s’avère que sa performance est à la hauteur de leurs attentes : lire notre critique du film). Et quand on leur demande dans quels rôles et films ils souhaiteraient voir l’acteur dans le futur, les réponses très variées (dans de la science-fiction, un biopic, un film historique, dans le rôle d’un serial killer, d’un père de famille…) reflètent l’idée que se fait le public d’un acteur qui peut tout jouer. Plus intéressant encore : beaucoup aimeraient voir Joaquin Phoenix dans des comédies, un genre assez absent de se filmographie. Une façon, justement, d’apporter plus d’humanité et de sympathie à cet acteur, dont les personnages habituellement sombres font le succès mais sont aussi le fardeau ?


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Comments (1)

  1. […] à l’inverse d’Heath Ledger qui en avait troublé plus d’un. Pourquoi ? Parce qu’il est habitué à jouer des rôles ambigus, flirtant avec la folie et l’étrange, certes. Mais surtout parce qu’en 2012, pour Paul Thomas […]

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