[Rétrospective] Nolan & Zimmer, l’histoire d’amour


La musique au cinéma est devenue indispensable. Même si l’on cherche bien, on serait presque incapable de nommer une oeuvre filmique qui n’utilise à aucun moment de la musique (créée pour le film ou pré-existante). Dès lors, il est intéressant d’observer quelle relation peut entretenir un cinéaste avec un compositeur de musique de films.

Si aujourd’hui on associe immédiatement Christopher Nolan à Hans Zimmer, il se trouve que le cinéaste avait précédemment collaboré avec un autre compositeur : David Julyan. Ce dernier a ainsi composé la musique de Following, Insomnia, Memento et Le Prestige. Pourtant, en 2005, c’est à Hans Zimmer et James Newton-Howard que la Warner Bros fait appel pour Batman Begins.

Nolan et Zimmer ne se quitteront plus, et leur relation rappellera les plus célèbres duos comme Steven Spielberg/John Williams, Alfred Hitchcock/Bernard Herrmann ou encore Tim Burton/Danny Elfman

Une relation organique : l’image et la musique liées et indissociables 

Ce qui marque, pourtant, c’est à quel point chaque oeuvre musicale est différente, pensée complètement pour le film. Sur la trilogie The Dark Knight, Zimmer compose quelque chose de très rythmé, avec beaucoup de percussions et, parfois, des notes assez dissonantes liées au personnage fou du Joker. Dans Inception, en revanche, on remarque une répétition, un motif musical qui se répète en boucle avec cette guitare électrique. Ce côté musique minimaliste colle aux images d’un film sur des rêves dans des rêves, où le héros est lui-même perdu. Enfin, dans Interstellar, Zimmer compose quelque chose de très rauque, très profond, aux notes très graves. L’orgue devient l’instrument principal et représente à lui seul, dans sa complexité et l’étendue de ses possibilités, l’univers que cherche à créer Christopher Nolan. Ainsi donc, chaque musique semble être créée et n’exister que pour le film.

Ce qui est intéressant, aussi, c’est comment la musique influe sur la création du film. Sur la trilogie The Dark Knight – comme sur la quasi totalité des films à Hollywood – la musique est arrivée après le tournage, et même après le montage. Les cinéastes montent leur film avec des temp-music (musiques temporaires), tirées souvent des films qu’ils apprécient. Puis ils donnent au compositeur la tâche de créer une musique qui pourra s’adapter aux images déjà montées. Parfois, le manque de liberté pousse les compositeurs à recopier la temp-music, comme dans les films Marvel par exemple ou comme mettent en garde Danny Elfman, Alexandre Desplats ou Patrick Doyle dans une vidéo passionnante. Pour The Dark Knight, Zimmer explique qu’il a eu une grande liberté avec la nécessité de créer des thèmes reconnaissables pour chaque personnage. Ce qui peut être dur, comme lorsque l’interprète du Joker, Heath Ledger, meurt après le tournage de The Dark Knight. Zimmer ne sait plus s’il doit continuer, s’arrêter. Finalement, il compose un thème aussi déchirant que violent, qui métaphorise autant la douleur du personnage que celle de son compositeur, très touché par la mort de son acteur. Pour Interstellar, Zimmer explique le procédé mystérieux pour créer le thème principal (entendu dans le teaser, plus d’un an avant la sortie du film) : Nolan lui a juste demandé de composer un thème sur la relation entre un parent et son enfant, sans plus d’informations. Zimmer s’est donc inspiré de l’amour qu’il a pour son fils pour créer ce thème au piano qui s’envole, véritable point central du film. Ce n’est qu’après qu’il s’est rendu compte que le film traitait de l’amour entre un père et sa fille ! Pour le reste de la BO, Zimmer n’a pu obtenir qu’une page de scénario résumant le film.  Enfin, pour Dunkerque, Zimmer est venu sur tournage afin de récupérer l’ambiance d’une ville pendant la Seconde Guerre mondiale, de s’imprégner du lieu.

Mais la véritable force de la musique des films de Christopher Nolan tient dans la relation qu’il a avec Hans Zimmer. Ils sont très proches, échangent beaucoup et ce dernier s’investit énormément. C’est comme si Nolan écrivait un scénario, et que Zimmer le réécrivait avec ses notes de musiques. La preuve en est quand on écoute les bandes originales : la tracklist indique peu de morceaux, mais tous ont une durée énorme (souvent de l’ordre du quart d’heure). En fait, chez Nolan et Zimmer, la musique et les images sont organiques. Les deux ne font plus qu’un, et il devient dur de les dissocier. Dans Inception, il n’y a aucun moment sans musique ! Même dans les silences, une légère musique s’entend à l’arrière plan. Le film commence avec ce vrombissement aux sonorités extrêmement grave, qui a (il faut le dire) révolutionné la musique de films et surtout les bandes annonces, comme le prouve la vidéo suivante.

Mais ce qui prouve l’intelligence de cette musique, c’est quand on écoute le tempo de ce début de film. On se rend compte que, si on l’accélère, il s’agit du rythme… de « Je ne regrette rien » d’Edith Piaf, musique qu’on entendra plus tard et qui servira de pont entre les rêves ! Dans Interstellar, l’orgue sert de point de repère entre les différents espaces-temps tandis que The Dark Knight utilise parfois des sons ambiants et diégétiques (dans l’univers même du film) tels que le bruit de la Batmobile ou de la voix des personnages. Enfin, on remarque que depuis Zimmer, Nolan n’utilise plus de musiques non créées pour le film. Pas de chansons seventies rock, pas de clipesque, pas de films jukebox. La composition de Zimmer suffit au film. Ainsi, face à des Baby Driver ou Atomic Blonde qui sont un flot interrompu de musiques rocks des années 70, Dunkerque sera de ces quelques films, cet été, respectant le silence quand il est nécessaire.

Par ailleurs, ce que l’on retient de la musique de Hans Zimmer, ce ne sont pas nécessairement les morceaux couverts par des discussions. Ce sont plutôt les thèmes créés pour représenter un personnage. Et tous ont en commun une certaine grandeur, une sensation de puissance et d’émotion. On pense au thème du Chevalier Noir dans The Dark Knight, avec son rythme endiablé et ses notes qui s’envolent comme pour représenter, par le son, le Batman s’envolant, combattant le crime. Dans Inception, c’est bien évidemment le morceau Time qui cristallise en son sein l’intégralité du spectre artistique et créatif de Hans Zimmer : épique, émouvant, sobre, doux, lent, efficace et qui colle parfaitement aux images. Enfin, comme expliqué précédemment, le thème d’Interstellar représente l’amour d’un parent pour sa fille. L’émotion est débordante, avec ce piano et ce violon qui s’entrechoquent.

En conclusion, Hans Zimmer et Christopher Nolan, c’est une relation hasardeuse mais parfaite. Les deux s’étant rencontrés via la Warner Bros sur Batman Begins ne se sont plus quittés et ont su évoluer conjointement, chaque nouveau projet étant un nouveau terrain de jeu pour innover. Les deux hommes ont en commun une créativité similaire : capable à la fois de faire du mainstream, sans pour autant oublier une touche auteuriste et parfois – on le dit ! – un aspect minimaliste.


A découvrir chaque dimanche, pendant tout le mois de juillet, dans notre rétrospective spéciale Christopher Nolan :

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