[Rétrospective Nolan] Le Prestige, allégorie des sept péchés capitaux

Il fait partie des films les plus accessibles de la filmographie de Christopher Nolan : si toutes les subtilités ne sont pas acquises par les spectateurs dès le premier visionnage, le final du Prestige reste grossièrement « assez simple » si on le compare à Inception, Interstellar ou encore Memento qui, eux, sont plus complexes en termes de réflexion à mener, mais aussi parce qu’ils disposent de dernières minutes très ambiguës (la recette spéciale du chef Nolan !). Le Prestige se veut plus « terre-à-terre ». Bien qu’il interroge d’autant plus le spectateur tout au long du film en utilisant la magie comme univers central, il ne laisse que peu de questionnement dans sa fin. Les lignes qui suivent ne tenteront pas d’expliquer une énième fois le film ou de simplifier son histoire au maximum pour vulgariser les quelques milliers d’éléments narratifs lancé par Nolan tout au long du film. Elles tenteront plutôt de voir comment un des réalisateurs les plus cotés de la décennie traite presque tous les péchés capitaux à l’exception d’un seul.

Angier (interprété par Hugh Jackman) et Borden (joué par Christian Bale) sont deux magiciens qui tentent d’innover dans la gamme de tours de magie proposés à leur public. D’abord collaborateurs, ils deviennent vite les plus grands rivaux de leur secteur professionnel. Dans cette envie de surpasser l’autre, ils vont être rongés par tous les péchés capitaux.

« Vous ne verrez jamais rien de mieux »

Il est évident que trois péchés sont, à première vue, dominants. Tout d’abord, l’orgueil et l’envie sont ici, presque littéralement, le nerf de la guerre. Les deux hommes, fiers comme des coqs, se pensant indéniablement plus intelligent et malin que l’autre, tentent de se surpasser l’un l’autre sans limite. (Peut-être même sans avoir un véritable but justifié ? La magie était à l’époque un divertissement assez populaire pour que deux prestidigitateurs doués y trouvent chacun leur place.) L’orgueil et l’envie sont sans conteste les deux pêchés indissociables qui déclenchent tous les autres. Ils les rongent de l’intérieur, doucement mais surement, pendant plus de deux heures. Angier et Borden essaient tour à tour de remplir les plus grandes salles, de trouver LA nouvelle entourloupe visuelle qui plaira au public. Public incluant le spectateur du film, qui lui-même assiste à certains tours, qui lui-même se laisse séduire par les talents de l’un ou de l’autre.

Un véritable jeu de charme qui, après prise de conscience sciemment déclenchée chez le spectateur par le réalisateur, laisse éclater toute la mégalomanie de chacun des deux magiciens. De cet orgueil découle tout aussi naturellement la colère, troisième des péchés capitaux les plus forts du film. A de nombreuses reprises dans Le Prestige, les personnages principaux sont énervés, doutent, s’enragent. Il ne s’agit pas du péché le plus mis en avant par le réalisateur grâce à des moyens techniques ou grâce à une mise en scène appuyée comme il l’a fait pour l’orgueil. Mais la colère plane dans l’atmosphère tout le long du film, comme une épée de Damoclès prête à tomber sur un des personnages et à l’asséner d’un nouveau coup, pour l’abattre à petit feu. La colère contribue grandement à l’ambiance sombre et quasi tragique du récit.

« Peu importe le prix »

Mais il ne faudrait pas omettre les autres péchés, bien qu’ils soient moins présents, moins écrasants. Tout d’abord, on trouve la luxure. Alors que les différents twists finaux ne sont pas encore dévoilés aux spectateurs, il semble que les sentiments ne soient pas le gouvernail des histoires entre les prestidigitateurs et leurs conquêtes … Trop obnubilés par leurs stratagèmes de magie, ils délaissent des femmes aimantes au simple profit de leur chair, si bien que l’une d’entre elles va tragiquement choisir de se donner la mort.

En plus de la luxure, la gourmandise vient également gentiment se frayer une place. Au sens étymologique du terme, la gloutonnerie est l’abus excessif d’une denrée. Ici, dans Le Prestige, les personnages vont abuser en abondance de tout un tas de choses, matérielles ou non. Il peut s’agir de la confiance des gens, comme des gens eux-mêmes, qui défilent pour aider à la conception et à la mise en forme des tours de magie. Les prestidigitateurs ne prêtent plus attention à ce qui les entoure et en usent de manière abusive. Le système de flashback permet de souligner cela en imposant des comparaisons très rythmées aux spectateurs. La paresse, elle, n’est pas à comprendre comme le sens moderne le veut. Ici, ce terme se traduit comme une mollesse mentale, le désintéressement, l’absence de croyance. Nos personnages, trop immergés dans leurs accomplissements pour dépasser l’autre, se désintéressent de tout. De tout, y compris de l’argent, ce qui fait de l’avarice le seul et unique des sept péchés capitaux à ne pas éteindre lentement l’âme des personnages principaux. Borden (Christian Bale) en vient même à accepter de partager sa nourriture avec un ingénieur magicien, toujours dans l’unique optique obsessionnelle d’améliorer ses tours.

Avec une fin qui coupe les jambes, comme souvent chez Christopher Nolan – lorsqu’elle ne laisse pas perplexe et pensif -, Le Prestige massacre lentement toutes les valeurs et mœurs des protagonistes centraux. Au contraire de David Fincher avec Seven qui en avait fait des éléments scénaristiques centraux, les péchés capitaux sont ici plus subtilement utilisés mais tout aussi assassins.

A découvrir chaque dimanche, pendant tout le mois de juillet, dans notre rétrospective spéciale Christopher Nolan :


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