[Rétrospective Créatures] L’évolution visuelle des monstres au cinéma

Ce mois-ci, comme de tout temps depuis l’invention du cinéma, nombreux sont les films à traiter des créatures et monstres. Si le monstre peut être moral (des humains monstrueux par leurs actes) il peut aussi (surtout ?) être physique. C’est à ce type de créatures que nous nous intéresserons aujourd’hui, plus particulièrement à celles qui impressionnent, dans des films qui tentent le spectaculaire comme Jurassic Park autant que ceux qui se concentrent sur l’intime tels que E.T. Comment, visuellement, les cinéastes ont-il su tirer avantage des meilleures technologies à leur disposition pour créer des monstres réussis ?

On pourrait résumer les créatures, au cinéma, en deux types : celles qui nous veulent du bien, et les terrifiantes (avec des nuances dans les deux catégories). Visuellement, cela peut avoir un impact, comme ne pas en avoir. Historiquement, les monstres ont d’abord été créés (et ce pendant un moment) par du maquillage et des prothèses sur des acteurs. Puis est apparu relativement au même moment les premières créatures en numérique (le morphing) et les animatronics (sorte de marionnettes animées). Mais ce n’est que depuis une quinzaine d’année que le numérique s’est véritablement imposé au cinéma pour la représentation des diverses créatures et espèces non humaines.

Le maquillage et les prothèses

Créer des créatures a été et est toujours synonyme de créer des monstres effrayants, qui ne pouvaient pas avoir les traits d’être humains. Le maquillage et les différentes prothèses ont donc longtemps été la première possibilité pour créer ses créatures. Si on ne devait citer qu’une seule « saga » de l’histoire du cinéma, ce serait sûrement les films de monstres Universal des années 30, du nom des films de genre produits par le studio américain Universal Pictures. La Momie, L’Étrange Créature du lac noir, Frankenstein, L’homme invisible ou bien évidemment Dracula… tous ses films regorgent de monstres visuellement effrayants, réussis grâce à beaucoup de maquillage. L’inspiration est clairement l’expressionnisme allemand, mouvement pictural qui naît de l’horreur que fut la première guerre mondiale : couleurs criardes, corps abstraits, déformation des traits… tout cela se retrouve dans ces films, aidé par des artifices sur les personnages mais aussi grâce à l’un des meilleurs outils donnés aux cinéastes : la lumière. Elle permet de travailler les visages, les décors, et créent une sensation de malaise et d’effroi extraordinaire.

Quelques films :
Le Cabinet du docteur Caligari (1920) de Wiene
Nosferatu (1922) de Murnau
La planète des singes (1968) de Schaffner
La forme de l’eau (2018) de Del Toro

Les animatronics 

Les maquillages et prothèses évoluent ensuite en une technologie bien spéciale que nous souhaitions évoquer ici : les animatronics. Véritables marionnettes contrôlées à distance, elles sont sources de nombreux cauchemars dans les années 80 et 90.  Citons The Thing (1982) de John Carpenter et Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg. Ces deux grands cinéastes, qui avaient à leur disposition toutes les technologies nécessaires, font appel aux animatronics pour des films différents mais avec une même envie de mise en scène : faire des créatures organiques. C’est un terme qui reviendra souvent dans la bouche des cinéastes à l’ère du numérique, tant ce dernier est critiqué pour ses textures lisses, à l’inverse d’un animatronic qui donne un sentiment de vie, que l’on pourrait croiser dans la rue.

La preuve : 30 ans plus tard, ces films fonctionnent encore très bien visuellement. The Thing, avec sa créature terrifiante, et Jurassic Park, qui réinvente les dinosaures, sont encore cités aujourd’hui parmi les films aux plus beaux effets spéciaux. On remarquera que ces deux films sont restés dans l’histoire pour leurs créatures, malgré le fait qu’elles n’apparaissent que très peu de temps dans leur propre film (les dinosaures n’apparaissent que 15 min dans Jurassic Park !). La preuve que le spectaculaire ne passe pas nécessairement par une présence totale des créatures à l’image, et que plus précisément dans l’horreur, ce n’est pas ce qui est dans le cadre qui est effroyable mais ce qui est hors cadre, ce que l’on ne voit pas. Et c’est peut-être là la plus grande humilité dont est capable un cinéaste maniant des effets spéciaux titanesques : admettre que l’imagination du spectateur sera toujours plus forte que ce que l’on sera jamais capable de créer visuellement.

Quelques films :
Les oiseaux (1963) d’Hitchcock
Les dents de la mer (1968) de Spielberg
Alien (1979) de Scott
King Kong (1976) de Guillermin

Les effets spéciaux numériques

Si même embellie la réalité n’est pas suffisante, il faut donc la surpasser. En cela, le numérique est apparu comme le messie à une époque où les spectateurs étaient en quête de films encore plus spectaculaires. Le cinéaste clé de la transition numérique de nos créatures reste bien évidemment James Cameron. Titanic est impressionnant pour sa reconstitution visuelle de son bateau, mais parlons plutôt ici de Terminator II (1991) et de l’incroyable et sous-estimé Abyss (1989). Dans ses deux films, Cameron a fait appel à ILM (la société d’effets spéciaux crée par George Lucas à l’époque des Star Wars) pour inventer des créatures non plus physiques mais fluides, changeant de matière. Le numérique vient donc créer quelque chose que les effets spéciaux dits pratiques (concrets) ne pouvaient pas faire. Le résultat est impressionnant et inspirera l’imaginaire collectif pendant des décennies. En 2009, Cameron révolutionne une nouvelle fois les effets spéciaux avec les créatures de Pandora dans Avatar. Si la technologie de la motion capture (on l’évoquait ici) est déjà préexistante au film (Gollum du Seigneur des anneaux notamment), Cameron la pousse au bout et crée un univers entier numérique, rempli de centaines de créatures, Ici, plus d’effroi mais une invitation au voyage.

Malheureusement, comme la bête de Frankenstein, le numérique a échappé aux mains d’auteurs conscients des limites de cette technologie. Depuis une quinzaine d’année, les blockbusters inondent nos écrans de bouillie numérique, avec des créatures monstrueuses visuellement mais aucunement mises en scènes. Le dernier Avengers en date n’y manque pas : le climax du film est une scène numérique où nos héros se battent contre une masse numérique quelconque…

Quelques films :
Star Wars : l’attaque des clones (2002) de Lucas
Avengers (2012) de Whedon
Godzilla (2014) d’Edwards
La Planète des singes Suprématie (2017) de Reeves

Si les effets spéciaux ont évolué à travers l’histoire du cinéma, ils ont permis une évolution impressionnante des créatures et monstres en tout genre, jusqu’à aujourd’hui et le règne total du numérique. Et si pour effrayer comme pour impressionner, les créatures au cinéma ne devaient pas être entièrement en 3D, entièrement en prothèse ou entièrement en maquette mais un mélange de tout cela ? Et si l’hybridation des technologies permettaient un rendu plus réussi ?


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