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[Rétrospective Horreur] La cassette-tueuse de (The) Ring

Peut-être êtes-vous de ceux qui, terrifiés par Ring du Japonais Hideo Nakata ou par son remake américain sorti deux ans plus tard (2003) ne peuvent plus regarder une télévision éteinte sans avoir le torse qui se compresse d’anxiété. Plus raisonnablement, peut-être faites-vous partie de ceux qu’au moins un de ces films a inquiété.

Ring et The Ring (tout autant connu sous son nom français Le Cercle) occupent le rang des incontournables de l’horreur des années 2000. Le second, encore plus que le premier, non pas que sa réalisation soit particulièrement réussie (même si elle est tout à fait correcte), mais parce qu’en France, le blockbuster américain a davantage touché nos salles. Mais les deux reposent, en grande partie, sur un concept particulièrement réussi, qui effleure notre réel.

Un concept tordu et pourtant…

Certes (si l’on prend la version américaine), une petite fille à moitié moisie qui, dans un écran de télé, sort d’un puits, traverse un jardin et finalement, sort du téléviseur pour tuer le téléspectateur, ne semble pas… vraiment probable. Mais cette parade n’est en fait que la dernière phrase d’un processus bien plus crédible. Un processus fatal, qui aurait bien pu arriver à n’importe qui : une personne A montre une cassette VHS à une personne B. Le contenu de cette vidéo est énigmatique : des images de toute nature défilent vite et sont d’une couleur tirant le noir et blanc très vieillot, le tout ponctué de sons angoissants,… Des dizaines d’images, quelques secondes et c’est terminé. Après avoir vu ce film, la personne B est maudite. Elle a sept jours pour montrer cette même VHS à quelqu’un d’autre pour se sauver, sinon, la petite fille du puits viendra la tuer. Toujours pas convaincu ? Heureusement, les films reposent sur un passé solide.

Des longs-métrages comme la saga Scream (sur un tueur en série) ou Shining (protagoniste atteint de troubles psychologiques qui dévient en folie meurtrière) semblent plus proches du réel puisqu’ils ne requièrent aucun phénomène paranormal. Mais c’était sans compter sur la base sur laquelle l’Américain Gore Verbinski et le Japonais Hideo Nakata s’appuient… Les scénarios sont largement inspirés d’un roman de l’auteur Kōji Suzuki qui lui même a puisé les idées dans une légende urbaine. Bingo ! Elle est là, la recette quasiment inratable.

La recette de la mort

Selon la légende urbaine, la cassette-tueuse passait de mains en mains, maudissant tous ceux qui la regardaient. Elle aurait été dupliquée en un petit nombre, assurant la survie de la VHS. Son origine, et l’origine de cette histoire, sont, pour l’heure, encore inconnues. Le roman a remonté ce mythe à la surface, ce dont se sont vite emparés les réalisateurs et scénaristes. Évidemment, aux moments de la sortie des films en salle (2001 et 2003), et après, dans beaucoup de pays, des cinéphiles qui allaient se fournir des vidéos dans les vidéoclubs, tombaient par hasard sur la mystérieuse VHS-tueuse. Froidement et de manière terre à terre, il est simple d’affirmer qu’il ne s’agit que des mauvaises blagues de plaisantins. Mais qui aurait osé regarder ces images après avoir vu Ring ou The Ring ? L’existence physique et réelle, dans des lieux publics et dans des vidéothèques de particuliers d’un objet initialement sorti tout droit d’une dite-légende urbaine et de films, peut poser question si l’on s’est laissé happer par un des longs-métrages, qui, par ailleurs, atteignent l’objectif d’être effrayant.

Dans leurs formes, les longs-métrages jouent avec énormément de techniques pour effrayer le public. Ainsi, une protagoniste va se regarder dans un miroir, va se pencher au-dessus d’un lavabo pour se rafraîchir le visage et au moment où elle se redresse, une forme apparaît dans le miroir. Cela rappelle évidemment la légende de « Bloody Mary », une femme morte que l’on peut faire apparaître dans un miroir en répétant son nom plusieurs fois devant un miroir. Le folklore est finalement très utilisé pour ces films, assurant une base certaine de terreur.

Horrible façon de passer l’arme à gauche 

Mais s’ajoute à cela et à l’étrange mythe de la VHS, la manière bien particulière qu’ont les protagonistes de mourir dans les films. Si dans de nombreux films d’horreur, les personnages sont tués de la main d’un autre, ou sont piégés, ceux de Ring et The Ring meurent… de peur. Le film américain traduit particulièrement bien l’émotion (si on peut encore appeler ça comme ça à ce stade) suscitée chez celui qui s’apprête à s’éteindre. Une des premières scènes notamment. Au moment où Samara (la petite fille qui sort du puits ; parce que oui, un prénom sur un « visage » rend toujours la chose encore plus réelle…) s’apprête à sortir de la télévision, la personne qui va mourir est pétrifiée de terreur dans un premier temps. Puis, quand la douce Samara passe une jambe en dehors de l’écran pour entrer dans la même salle que le protagoniste, le visage de ce dernier perd toute sa couleur et devient rigide. Une mort instantanée. Une mort par la peur. Ces scènes rappellent aux spectateurs cette sensation quand, petit, on se sent observé et traqué… et lorsqu’on croit au monstre sous le lit.

Version américaine de la cassette-tueuse :

Version japonaise de la cassette-tueuse :

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