[Rétrospective] Guillermo Del Toro, l’ami des monstres

« Depuis mon enfance, je suis fidèle aux monstres… et j’ai été sauvé par eux. » C’est par ces mots que le cinéaste mexicain Guillermo Del Toro a commencé son discours début janvier alors qu’il venait de remporter le Golden Globes du meilleur réalisateur. Tandis que La Forme de l’eau (qui sort le 21 février) est le grand favori des Oscars, retour sur ce cinéaste de cinéma de genre qui reçoit enfin la consécration qu’il mérite.

Guillermo Del Toro, 53 ans, est né à Guadalajara, au Mexique. À l’instar d’un Scorsese, il ne grandit pas entouré d’enfants mais d’adultes. Il y découvre un monde froid et dur, où l’argent fait sa loi. Quand les monstres le trouvent, il est perdu, mais ces derniers le sauvent et le « couvrent de bienveillance ». Il y voit là un échappatoire. L’ami des monstres tombe dans le cinéma assez jeune en travaillant sur des maquillages et effets spéciaux puis passe le cap à 29 ans en réalisant Cronos, son premier film, déjà avec Ron Perlman. Le film d’horreur est un succès national au Mexique, et arrive aux oreilles de producteurs hollywoodiens qui produisent son second long métrage, Mimic. Les retours public et presse sont décevants, et il décide de quitter le continent américain pour l’Europe. Il atterrit en Espagne où Almodovar produit l’Echine du diable et, à ce jour, son plus grand succès critique : Le Labyrinthe de Pan. Il repart aux USA où il retrouve Ron Perlman pour les deux Hellboy et Pacific Rim. Ce dernier, énorme blockbuster, ne trouve pas son public aux Etats-Unis. Enfin, il tourne Crimson Peak avec Jessica Chastain et Tom Hiddleston qui est, lui aussi, un semi-échec. Il quitte alors le monde des blockbusters et part tourner pour moins de 20 millions de dollars son film fantastique indépendant, désormais grand favori aux Oscars, La Forme de l’eau.

L’amour de la différence

Si à première vue Guillermo Del Toro réalise des films d’horreurs, de genre, assez sombres et violents, il est intéressant d’observer le regard que porte le cinéaste mexicain sur ses créatures. Ainsi, les trois thèmes de prédilection de Del Toro sont l’enfance (époque où l’homme est encore innocent, réceptif à la poésie et la beauté différente), l’humanité qui peut exister chez les monstres et la déshumanité qui peut exister chez les hommes. En cela, La Forme de l’Eau est le film qui synthétise le mieux la filmographie du réalisateur.

La douce fable suit Elisa, une femme de ménage muette, qui tombe amoureuse d’une créature persécutée dans un laboratoire. Tout est là. Elisa, considérée par la société comme « incomplète », la violence des scientifiques (et en particulier le personnage qu’incarne Michael Shannon) incapables d’éprouver des sentiments, et la créature, plus humaine que les hommes.

Toute la beauté du cinéma de Guillermo Del Toro tient donc dans ce paradoxe, celui de montrer l’humanité dans un monstre et la monstruosité dans un homme : raconter une histoire terrible, violente et dure, toujours avec un contexte très fort et bien exploité (la Guerre Civile contre Franco pour Le Labyrinthe de Pan, la destruction du monde et la nécessité d’une unité internationale pour Pacific Rim ou bien la Guerre Froide pour La Forme de l’eau), mais le tout raconté sous la forme d’un conte, d’une fable, avec toujours le point de vue d’un enfant et avec une poésie et une douceur sans égal. « On manque d’émotions aujourd’hui. De plus, les contes vont bien pendant les moments durs. Et en ce moment, nous en vivons » nous disait Del Toro lorsque nous l’avons rencontré.

Depuis 25 ans, Guillermo Del Toro oeuvre dans l’ombre, pour les aficionados du cinéma de genre, tel un Peter Jackson qui n’aurait pas réalisé Le Seigneur des Anneaux. Un amoureux des monstres, au grand cœur, qui reçoit enfin le succès qu’il mérite. L’occasion, donc, de lui dédier notre respective.


A découvrir chaque samedi, pendant tout le mois de février, dans notre rétrospective spéciale Guillermo Del Toro :

 



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