[Rétrospective Famille] Sur la route avec les siens

Nombreux sont les récits qui prennent place sur la route au cinéma. Partir en vacances, tout plaquer pour débuter une nouvelle vie, fuir pour échapper à sa famille, à la justice… La route est le décor idéal pour une aventure vers l’inconnu, au cours de laquelle il est d’usage pour les personnages d’en apprendre sur eux, de trouver des réponses là où ils s’y attendent le moins, au fil de péripéties et de rencontres inattendues. Ces récits initiatiques se jouent bien souvent à plusieurs, car si la route est propice à la découverte intérieure, un compagnon de voyage demeure certainement le meilleur miroir qui soit. Les deux éléments réunis, l’initiation ne peut être que prometteuse ! Mais qu’en est-il quand les compagnons sont issus de la même famille ? Dans le cadre de cette rétrospective estivale, intéressons-nous aux road movies qui ébranlent ou consolident les liens du sang.

Ensemble, envers et contre tous

Lorsqu’il adapte en 1940 au cinéma le roman de John Steinbeck, Les Raisins de la colère, John Ford met en images le bouleversant périple de la famille Joad à travers les Etats-Unis durant la Grande Dépression. Contrainte d’abandonner ses terres pour aller chercher du travail en Californie, son voyage s’avère éprouvant, à mesure qu’elle est confrontée à maintes désillusions et à la faiblesse physique. Au-delà du portrait déjà franchement sombre de la société américaine et de la dureté dramatique brillamment mise en scène – qui vaudra justement à Ford l’Oscar de la réalisation – se détache la grande force d’une famille soudée. Menée par le charismatique Tom Joad (Henry Fonda, dont le fils Peter prendra également la route au guidon de sa moto 30 ans plus tard dans le cultissime Easy Rider), l’homme s’incarnera en véritable porte-parole du peuple, encouragé par l’immense amour de sa mère.

En opposition au noir et blanc somptueux et contrasté du film de Ford, une autre famille prend la route en 2006 dans l’éclatante comédie dramatique Little Miss Sunshine, empreinte – comme son titre et son affiche ne font que le souligner – de la couleur jaune. Si le film de Valerie Faris et Jonathan Dayton est rapidement devenu culte, c’est certainement pour son portrait de famille excessivement hétéroclite dépeint avec bienveillance et légèreté. Un père et sa conception très arrêtée du succès, une mère aux petits soins de son frère suicidaire, un ado qui a fait vœu de silence jusqu’à ce qu’il puisse devenir pilote de ligne – accompagneront la cadette Olive en Californie pour concourir au titre de jeune reine de beauté, après avoir été entrainée par son grand père, jeune dans sa tête mais moins dans son corps… Les Hoover sauront se serrer les coudes et se rapprocher au fil de leur périple improvisé, forcés de compter les uns sur les autres pour finalement – dans la bonne humeur – faire un joli pied de nez aux travers contradictoires d’un certain puritanisme américain.

L’identification au-delà du réel

Les jeunes gens de la génération Y n’ont certainement pas oublié La Famille Delajungle, arpentant les routes du monde entier dans le dessin animé instructif américain pour y découvrir la faune et la flore respective à chaque pays. Les parents passionnés en capturent les merveilles pour produire des documentaires, la grande sœur Debbie est centrée sur ses préoccupations d’adolescente inconditionnelle de rock et l’héroïne Eliza, la cadette, a le pouvoir secret de communiquer avec les animaux, d’ailleurs accompagnée d’un chimpanzé nommé Darwin dans toutes ses aventures. Dans Pépé le morse, César du meilleur court métrage d’animation cette année, Lucrèce Andreae met en scène une famille à laquelle il est difficile de ne pas s’identifier, tout en l’immergeant dans une atmosphère onirique. Grâce à la justesse des mimiques et des répliques qui font mouche, la jeune réalisatrice parvient à donner vie à une mère à bout et ses enfants qui ne cessent de se chamailler. La procession débarque sur la plage aux côtés de la grand-mère, quelque peu mystique, pour un hommage inattendu au grand-père décédé.

Après avoir déjà placé sur le devant de l’affiche un foyer se préparant à l’arrivée probable d’une tornade ravageuse dans Take Shelter puis un enfant en quête de mentor dans Mud, sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols fait à nouveau la part belle à la cohésion familiale dans le trop peu reconnu Midnight Special, sorti en salles en 2016. Aidé par son ami Lucas (Joel Edgerton), Roy (Michael Shannon) emmène son fils Alton (Jaeden Lieberher) à travers le pays afin de le protéger, lui et ses pouvoirs extraordinaires tant convoités. Alors que Sarah (Kirsten Dunst), la mère de l’enfant, complète le convoi plus tard dans le film, les deux parents feront preuve d’un amour immense pour Alton, qui trouvera son point culminant dans les derniers instants du films, puissants et déchirants.

A la rencontre des siens

Dans Les Géants de Bouli Lanners, Zak et Seth (Zacharie Chasseriaud et Martin Nissen) deux jeunes frères livrés à eux-mêmes, sont amenés à vivre un périple improbable sur la terre comme sur l’eau après avoir fait la rencontre d’un voisin au cours de leurs vacances ennuyeuses. Le regard lucide et touchant du réalisateur belge enveloppe le récit des garçons de la douceur amère qui lui est propre depuis ses premiers courts métrages où la route ainsi que le thème de la famille avaient déjà leur importance. Dans Travellinckx, il suivait en effet Didier (Didier Toupy) à bord de son van dans la réalisation d’un testament vidéo à destination de ses parents, alors qu’il s’arrêtait dans différents lieux visités durant son enfance. Afin de mettre en image le voyage de Didier, le choix du 35mm proposait en quelque sorte de détourner l’idée du film de famille amateur…

Si la fratrie de géants du film du réalisateur belge a bel et bien grandi ensemble, nombreux sont les films qui cherchent à faire se rencontrer ou se rapprocher des étrangers unis par le même sang au sein d’une aventure commune. Dans La Barbe à papa de Peter Bogdanovich, la jeune Addie se voit confiée à un certain Moses, bellâtre un peu volage censé emmener l’enfant chez sa tante, à la suite de la mort de sa mère. Certains détails physiques ne trompent pas, il semble bien que les deux personnages soient apparentés et Moses est le seul à ne pas vouloir l’affirmer. A l’image de leur relation naissante, le voyage s’avèrera houleux. La jeune fille, excessivement mûre et intelligente, deviendra pourtant rapidement la complice parfaite pour assister son supposé père dans ses escroqueries. Drôle, malicieux et touchant, ce ravissant road movie de 1973 tourné en noir et blanc est une belle interprétation d’une possible complicité père-fille, justement menée par Ryan O’Neal et sa propre fille, Tatum, et appuyée par un soin particulier apporté aux cadrages.

Pour conclure concernant les virées en famille au cinéma, il paraît évident de citer Paris, Texas de Wim Wenders, construit autour du personnage mystérieux et guère loquace de Travis (qui aura valu son plus grand rôle au regretté Harry Dean Stanton), affublé d’un costume poussiéreux et d’une casquette rouge. Retrouvé par son frère après plusieurs années de disparition, l’homme rencontre son fils qu’il n’a pas vu grandir. Après de timides retrouvailles, le jeune garçon décidera pourtant de l’accompagner à la recherche de sa mère, grand amour de Travis dont la transformation en ombre errante n’aura été que la conséquence de leur séparation. Palme d’Or 1984 offrant de nombreuses scènes mémorables, le film de Wenders est une véritable ode aux liens amoureux et familiaux dans toute leur complexité. Rappelons que Paris, au Texas, n’est autre que la ville où Travis aurait été conçu…


Découvrez durant tout l’été les articles de notre rétrospective Famille:


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

One thought on “[Rétrospective Famille] Sur la route avec les siens

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *