[Rétrospective Famille] Meryl Streep, mère hétéroclite

« J’ai toujours eu l’impression d’être une épouse, une mère ou une fille » avoue Joanna Kramer jouée par Meryl Streep, à Ted Kramer, rôle tenu par Dustin Hoffman dans Kramer contre Kramer. Cette confession peut s’appliquer à la carrière de l’actrice qui tint beaucoup de rôles d’épouse, de mère, ou de fille, en plus des rôles de figures politiques ou engagées qu’elle a hautement et brillamment porté (La dame de fer, Pentagon Papers, Les Suffragettes…).

Si Meryl Streep se revendique féministe et militante, elle représente en premier lieu, pour les cinéphiles, une battante. Elle ose les rôles féminins difficiles à jouer, ceux qui nécessitent courage, préparation, éloquence, charisme. Ainsi, elle marqua les esprits dès le début de sa carrière avec La Vie privée d’un sénateur de Jerry Schatzberg ou encore Le Choix de Sophie d’Alan J. Pakula, jusqu’à tout récemment, quand elle tint dans Pentagon Papers, le rôle d’une magnat de la presse. Elle revient bientôt, le 25 juillet prochain, comme maman de Sophie (Amanda Seyfried) dans Mamma Mia : Here we go again. En faisant le tour de toute cette carrière, il est possible de voir un rôle récurrent : celui de la mère. Pas question pour Streep de se cantonner à faire la cuisine et servir le verre de Monsieur quand il rentre du boulot. Folle, malade, punk, accusée d’infanticide, dépressive. Voilà le type de mères jouées par l’actrice triplement oscarisée. Retour (crescendo) sur ses rôles phares de « maman ».

Donna, fougueuse mais tourmentée

D’abord, Donna Sheridan sera de retour sur les écrans dans dix petits jours à l’heure où est écrit cet article, dans Mamma Mia : Here we go again. Dans le premier opus, Meryl Streep vivait sur une île, essayant tant bien que mal de s’en sortir pour payer les factures du mariage de sa fille Sophie et sauver l’hôtel dont elle est propriétaire, le tout sous la pression de voir trois de ses ex-compagnons, tous l’éventuel père de Sophie, débarquer pour la célébration des noces. Le passé de babacool de Donna revenait au galop au moment des festivités, alors que sa vie s’était calmée depuis l’arrivée de sa fille.

Dans cette comédie musicale, Meryl Streep n’apparaît pas uniquement comme « la mère cool ». Malgré qu’elle chante, qu’elle boive, qu’elle danse jusqu’au bout de la nuit, y compris devant sa fille, Donna est portée par la maturité de l’actrice. Celle-ci sait jouer dans la demi-mesure. Elle sait contrôler son personnage et elle permet de lui donner de l’épaisseur en lui accordant une seconde facette. Cela permet à Donna de ne pas être qu’une femme de 40 ans qui retrouve jeunesse et folie le temps d’un week-end. Meryl Streep arrive à lui insuffler un air grave, qui permet à Mamma Mia (2008) de ne pas tomber dans les travers d’une comédie musicale joyeusement niaise.

Gail, subrepticement enragée

Dans La Rivière Sauvage (1994) de Curtis Hanson, Meryl Streep incarne Gail Hartman, maman du jeune Roarke (Joseph Mazzello). Grande amatrice de rafting et plutôt aventurière dans l’âme, elle emmène son enfant faire une virée en canoë à l’occasion de son anniversaire. Le mari et père (John C. Reilly), d’habitude toujours la tête dans le boulot, les accompagne pour cette sortie. Ils croisent la route de Wade (Kevin Bacon) qui va prendre en otage la famille petit à petit, au fur et à mesure du film. Meryl Streep tient au début du film le rôle de la maman parfaite, à fois complice avec son fils, et tendre. Une fois que son enfant est mis en danger, cette mère se transforme, prend de l’épaisseur en devenant protectrice au point d’en devenir quasiment méchante. 

Meryl Streep, à nouveau, joue avec deux visages, différents de deux facettes de son rôle de mère dans Mamma Mia. Ici, son personnage tente de rester aimable face à Wade, le preneur d’otages, afin de l’amadouer et de réussir plus facilement à sortir tout le monde de cette mauvaise situation. Wade a réussi à s’attirer l’amitié du jeune garçon et sa mère doit ruser pour lui faire comprendre que son ami n’est pas bienfaisant. Gail est donc également remplie de peur et de haine. Pour La Rivière Sauvage, Meryl Streep s’implique émotionnellement et le résultat se voit. Bien sur le film soit, avouons-le, nul et creux, l’actrice semble se prêter au jeu et donne du cachet à Gail, cette mère téméraire qui se retrouve avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête quand son fils est en danger. Le couple parental est largement dominé par Meryl Streep, mis en avant par la réalisation de Curtis Hanson.

Ricki, maman punk ratée

Plus rare : voir l’actrice dans une comédie. C’est en tout cas ce que laisse entendre le scénario du film de Jonathan Demme sorti en 2015, Ricki and the Flash. Sortez les guitares électrises, la veste en cuir et les Dr. Martens, Meryl Streep est ici une véritable rock star ! Du moins, c’est ce qu’elle aurait aimé. C’est pour atteindre cet objectif que son personnage a délaissé sa famille bien des années plus tôt. Aujourd’hui, Ricki est appelée à l’aide par son ex-mari car leur fille (jouée par Mamie Gummer) est en dépression. Alors non, Ricki and the Flash, même s’il est plus fun que la majeure partie des films de la comédienne, n’est pas qu’une comédie.

Meryl Streep doit ici entrer dans la peau d’une mère obligée de reconstruire toute une relation avec sa fille, désormais âgée d’une trentaine d’années. Cette réalisation, à la qualité discutable mais qui fait quand même le boulot, est intéressante puisqu’elle est une des rares à montrer l’actrice sous cette facette. Aujourd’hui, Meryl Streep est davantage rattachée à des rôles de femmes puissantes, élégantes et éloquentes, qu’à des interprétations telles que celle-ci où elle est une maman ratée, une punk ratée, une épouse ratée. Les cheveux tressés sur tout un côté de la tête, complètement fauchée, amatrice de « beuh » et je-m’en-foutiste jusqu’au bout des ongles, l’actrice dévoile, en 2015, soit après 40 ans de carrière, un nouveau pan de ses talents. Et pour cela, Ricki and the Flash vaut le coup d’œil.

Lindy Chamberlain, mère tueuse ? 

Un cran plus difficile à jouer que Gail ou Donna, Lindy Chamberlain, dans Un Cri dans la Nuit (1988) de Fred Schepisi, est une mère accusée d’infanticide. Celle-ci, alors qu’elle est au camping avec sa famille, s’éloigne quelques secondes de la tente dans laquelle se trouve son jeune bébé. Il disparaît et elle pense alors qu’un dingo (chien sauvage) a emporté son bébé. Le fait divers est très vite repris dans la presse qui en fait du sensationnalisme. La protagoniste jouée par Meryl Streep est accusée d’avoir tué la chair de sa chair, en grande partie parce qu’elle est très pieuse. L’opinion publique estime que le bébé n’a pas été emmené par un dingo mais que Lindy Chamberlain et son mari ont sacrifié l’enfant.

L’actrice, dans Un Cri dans la Nuit, endosse la lourde tâche d’interpréter un personnage qui a réellement existé. Il s’agit d’une première pour Meryl Streep bien qu’elle avait déjà tenu des rôles qui se déroulaient dans des contextes historiques réels comme Out of Africa. Lindy Chamberlain, la vraie, venait de sortir de quatre ans de prison au moment de la diffusion en salles du film. Ils sont là, les challenges de Meryl Streep : jouer dans l’adaptation d’un fait divers réel, pour entrer dans la peau d’une femme accusée d’avoir tué son enfant parce qu’elle faisait partie du courant religieux des adventistes. L’actrice (pourtant dotée d’une perruque lui donnant un air de Mireille Matthieu !) va offrir une performance transcendante. Avec son charisme, elle transmet au spectateur la fougue et la rage d’une mère religieuse, accusée à tort.

Joanna, absente, négligente mais aimante

Le film Kramer contre Kramer de Robert Benton a valu à Meryl Streep un des trois Oscars de sa carrière. Récompensée dans la catégorie « actrice dans un second rôle », elle est ici dans les vêtements de Joanna, la maman du jeune Billy (Justin Henry) et épouse de Ted (Dustin Hoffman). Ce dernier, personnage principal de Kramer contre Kramer, est loin d’être le père et le mari idéal. Joanna, à bout après avoir été patiente des années, quitte le foyer familial du jour au lendemain, laissant fils et mari derrière elle.

Dans cette réalisation, Meryl Streep brille avant tout par sa prestance. Elle est un personnage secondaire, et est absente une grande partie du film. Pourtant, de par l’histoire racontée, mais aussi et surtout par le souvenir que laisse la scène d’ouverture scotchante portée par Meryl Streep, toujours juste, sobre mais puissante, l’actrice est présente dans chacun des plans. Lorsqu’elle revient dans la vie de son fils et de son mari laissés pour compte, Joanna Kramer est plus déterminée que jamais pour obtenir la garde du petit. S’il y a une chose que Meryl Streep sait jouer mieux que beaucoup d’autres, c’est la détermination. Film à voir, ou à revoir, d’autant plus que Dustin Hoffman est tout aussi bon comédien qu’elle.

Violet, mourante, passionnée, gueularde, touchante

Assez méconnu du public, Un été à Osage County, réalisé par John Wells, rassemble pourtant Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Sam Shepard, Benedict Cumberbatch ou encore Julianne Nicholson. L’actrice au cœur de notre rétrospective est ici Violet, une femme venant d’apprendre la mort de son mari. En cette sombre occasion, la famille, qui ne se voit que peu, se rassemble dans cette maison perdue au milieu d’un Oklahoma aride. Meryl Streep est alors la maman de trois filles, toutes trois adultes. Les protagonistes s’aiment autant qu’ils se déchirent.

Un été à Osage County est un huis clos passionnel et enflammé dans lequel chaque membre de la famille vide dangereusement son sac. Violet, en plus d’avoir perdu son mari et d’entretenir une relation fragile avec ses filles, a un cancer de la bouche à un stade bien avancé. Meryl Streep apparaît à l’écran la tête presque rasée, les cernes marquées, dévastée par les médicaments, addict à certains, totalement rendue folle par d’autres. Elle nous rappelle Sara Goldfarb, la mère d’Harry dans Requiem for a Dream de Darren Aronofsky. Malgré cela, Violet a des moments de lucidité et son interprète formule des tirades aussi harassantes pour notre moral que subjugantes et respectables. Clairement un des meilleurs rôles de Meryl Streep, tous films confondus.

La comédienne a tenu d’autres rôles de mère que ceux-là mais ceux choisis ici permettent de voir l’amplitude du talent de l’actrice. Ils offrent à voir un panel évocateur de ce qu’elle est capable de faire, de ses choix de carrière, et de ses interprétations.


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