[Rétrospective Extraterrestres] Mars Attacks! (1996)

Tim Burton, OVNI dans l’univers des réalisateurs américains, s’est penché sur les Martiens en 1996 avec son film, Mars Attacks!. Cette réalisation se place, dans sa filmographie, entre Ed Wood (1994), un biopic sur le réalisateur qui avait la réputation d’être « le plus mauvais de tous les temps », et Sleepy Hollow (1999), catégorisé dans le genre fantastique, dont l’histoire très sombre, quasi gothique, est basée sur le légendaire Cavalier sans tête. Ed Wood adopte un ton sérieux, parfois drôle mais toujours réaliste voire dramatique puisqu’il témoigne de la dureté de l’industrie du cinéma, le tout paré d’un noir et blanc qui donne une allure – voulue – très vieillissante au film. Au contraire, Sleepy Hollow utilise de nombreux codes du film fantastique et d’épouvante. Aucun fil conducteur entre ces deux scénarios n’est identifiable. Très différents dans la forme et dans leur sujet, ils reposent pourtant tous les deux sur une ambiance dramatique et fataliste. Avant Ed Wood, les Batman offraient déjà ce même « style Burton », doté d’une pointe d’humour noir çà et là, mais principalement grave et énigmatique malgré des personnages souvent hauts en couleurs.

Il faut remonter plus loin dans la filmographie du réalisateur – jusqu’à Beetlejuice – pour retrouver l’esprit avec lequel le réalisateur tourne Mars Attacks!. Ce film vient totalement rompre avec le style sombre introduit dans les Batman et repris dans Ed Wood puis Sleepy Hollow. Esthétiquement, à l’exception d’un petit penchant pour le kitch, il se différencie des autres. Mais en même temps, ce film de Martiens apparaît comme une transition parfaite entre Ed Wood et Sleepy Hollow. En effet, Mars Attacks! combine le réalisme du film de 1994 à la fantaisie de l’histoire du Cavalier sans tête. Il est à la fois tragique et tordant de rire. Il dénonce un système tout en utilisant la présence complètement saugrenue des extraterrestres. Ici, les « petits hommes verts » n’ont pas vraiment d’identité. Ils ne symbolisent que « les méchants » pour les Américains. Mais l’humour de Burton et les situations qu’il crée avec ses personnages rendent le tout cocasse et poussent le spectateur à se demander qui, des humains ou des aliens, sont les plus bêtes.

Parodie ? Science-Fiction ? Comédie ?

L’entrée en matière est assez perturbante. Dans sa première scène, Mars Attacks! montre un troupeau de brebis littéralement en feu. Déconcertantes, voire violentes, ces images prennent la main du spectateur pour, a priori, l’emmener vers un univers une fois de plus, très sombre.

Avec un titre tel que Mars Attacks!, le spectateur ne peut s’attendre qu’à voir les aliens conquérir la planète Terre. Le générique de début appuie cette idée avec des visuels très stéréotypés, se rapprochant des jeux vidéo des années 90 où d’innombrables soucoupes volantes en forme de madeleines grises se dirigent toutes vers un même point de fuite : la Terre, le tout sur une musique oscillante. Pourtant, à l’exception d’une seule et unique fois, et à travers un téléviseur, aucun extraterrestre ne fait son apparition avant la trente-cinquième minute de cette réalisation. La première grosse demi-heure du film est consacrée à la présentation des personnages et du cadre politique, culturel et social. Nous voici donc plongés au cœur d’une Amérique dans l’ensemble très républicaine, composée de journaux télévisés de qualité discutable, d’hommes politiques influençables, de militaires parfois écervelés et de quelques jeunes innocemment anticonformistes mais dépeints avec plus de considération par Burton.

Ce film, qui a certainement inspiré quelques blagues d’Idiocracy (Mike Judge – 2006), offre un panel de personnages aux caractères tous très distinctifs, à la manière d’Edward aux mains d’argent dans lequel se tenait d’un côté la « Miss Potin », et de l’autre la ménagère accro au sexe, ou encore la femme « Bon Samaritain »… Ici, en plus des personnages évoqués plus haut, il faut aussi compter sur le gérant d’hôtel pingre qui compte remettre son établissement sur pied, parce que bon, il faut bien les loger les Martiens. Ce personnage en exaspérera certain, en fera rire d’autres. La manière dont le public regarde les sujets de Mars Attacks! et d’Edward aux mains d’argent est la même. Libre à lui d’en apprécier certains, d’en détester ou de se moquer ouvertement d’autres. Dans Ed Wood ou Sleepy Hollow, Tim Burton essaye de mener le spectateur vers un avis neutre concernant ses personnages.

Quand le ridicule tue

Et soudain, au bout de trente-cinq minutes passées à une vitesse folle tant les images, le montage, les décors, les personnages, les costumes, les dialogues sont fascinants, voilà qu’arrivent les fameux, les très attendus aliens. Heureusement, un message avait été envoyé aux Etats-Unis depuis un vaisseau spatial pour prévenir de leur visite. En bons Américains qu’ils sont, les humains accueillent les Martiens de deux manières. Les premiers restent, évidement, derrière leur téléviseur. Là, leurs réactions varient de la terreur à la joie, en passant par la fascination et la colère. De l’autre côté, toujours dans le soft à l’américaine, le gouvernement déploie le tapis rouge, fait venir l’armée et place un large public pour accueillir les extraterrestres, comme si les codes et coutumes allaient être une évidence pour eux.

Très vite, et face au non-naturel des Américains, les extraterrestres marquent leur territoire à coup de pistolets lasers. Une bonne leçon pour ce peuple qui se croyait invincible avec ses multiples chars, ses hauts-gradés tirés à quatre épingles et ses drapeaux plantés fièrement tous les cent mètres flottant au vent sur une musique où se mêlent tambours et trompettes ? Mars Attacks! ne donne pas de réponse à cela puisque les combats vont, jusqu’à la fin, causer de nombreux morts de chaque côté, même si l’avantage est clairement donné aux extraterrestres sur une longue partie du match. Une chose est sûre, les Martiens sont bien plus avancés en termes de technologie et de médecine que les Hommes. Mais chez Tim Burton, cela donne lieu à des situations complètement inattendues et désopilantes, comme lorsque la protagoniste, jouée par Sarah Jessica Parker, est capturée dans le vaisseau, que sa tête est placée sur le corps de son adoré chihuahua et qu’elle se retrouve à déclarer son amour à son ami, un grand brun ténébreux toujours conscient grâce à une machine bien que son corps soit démembré… Aucune violence à l’image, aucun dégoût pour le spectateur, le réalisateur de Mars Attacks! rend chaque situation très drôle.

Finalement, les extraterrestres sont ici perçus comme une véritable menace pour l’Homme, mais d’autant plus pour… les Etats-Unis, réelle cible de Tim Burton. Mais impossible pour le spectateur de détester ces visiteurs venus d’ailleurs, puisqu’ils sont en face d’un peuple plutôt orgueilleux et pas toujours très futé. D’ailleurs, tout au long du film, les Martiens se moquent sans aucun scrupule des Etats-Unis, si bien que leur rire est devenu culte. Dans ce contexte de guerre atroce qui génère des centaines de morts, tout est ridiculisé et tout pousse au divertissement du public. L’irréalisme et l’aspect excessif des situations permettent d’en rire pleinement. Parmi les films d’extraterrestres, jamais une colonisation de la Terre n’a été aussi drôle et visuellement jouissive.


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