[Rétrospective Extraterrestres] District 9 : les Aliens victimes d’un nouvel Apartheid

Aborder Neill Blomkamp dans cette rétrospective semblait être une évidence. Depuis des mois, le réalisateur a partagé de nombreuses informations sur un projet de suite à la saga Alien, qui aurait vu revenir les personnages d’Ellen Ripley et Dwayne Hicks ainsi que leurs interprètes originaux, Sigourney Weaver et Michael Biehn. Cet Alien 5, qui aurait renié les épisodes 3 et 4 de la saga, est alors devenu l’une des arlésiennes de ces derniers mois. La mise en chantier d’Alien Covenant, suite de Prometheus, a en effet bousculé tous les plans du réalisateur sud-africain. Malgré le vif intérêt des principaux intéressés, Ridley Scott a affirmé lors d’une interview à Allociné que le projet du réalisateur ne serait probablement jamais porté à l’écran. Qu’à cela ne tienne : la saga Alien a tout de même de beaux jours devant elle avec deux autres films prévus, et l’éventualité de faire apparaître une Sigourney Weaver rajeunie ne déplairait pas à Ridley Scott

Blomkamp a pourtant bien montré qu’il était capable de traiter la science-fiction lorsque District 9, son premier film, s’est retrouvé dans la liste des nommés pour l’Oscar du meilleur film, mais aussi dans les catégories meilleur scénario adapté (de son propre court métrage Alive in Joburg), meilleur montage et meilleurs effets visuels. S’il est reparti bredouille, Neill Blomkamp est tout de même parvenu à créer la surprise. Si ses deux autres films, Elysium et Chappie, ont été reçus de manière plus mitigée par la critique et le public, ils sont du moins porteur – avec District 9 – d’une même histoire : celle d’un pays.

Entre xénophobie et manipulation

Le réalisateur a toujours intégré la question des inégalités et du rejet de l’autre dans ses longs métrages. Dans Elysium, les plus riches vivent reclus sur une station spatiale à l’abri de tout problème tandis que les plus pauvres se déchirent pour subvenir à leurs besoins sur une planète surpeuplée et ruinée. Dans Chappie, un robot est perçu comme une menace immédiate après que l’on se soit rendu compte qu’il était doté d’une conscience. District 9 est quant à lui la métaphore bien plus explicite d’un Apartheid nouveau : à Johannesburg, alors qu’un vaisseau extraterrestre s’arrête sans qu’on ne sache pourquoi avec un million d’êtres à son bord, comment cohabiter ?

Rien que les vingt premières minutes du film débordent de richesse. District 9 frappe d’emblée par son style quasi-documentaire, qui tend à imposer l’intrigue comme une nouvelle étape de l’histoire sud-africaine. Après avoir séparé les gens selon des critères raciaux pendant une trentaine d’années, l’histoire se répète avec des extraterrestres. Cette introduction, au rythme déchaîné, résume vingt années d’une nouvelle campagne de ségrégation : après avoir tenté d’entrer en contact avec les extraterrestres et de connaître leurs buts, ceux-ci ont été parqués dans un nouveau « district » de la ville de Johannesburg. Avec le temps, les tensions sont loin de s’être apaisées et la crainte de débordements, elle, augmente auprès des habitants (humains) de la ville. Vient alors la promesse d’un nouveau quartier, le District 10, aux extraterrestres que l’on souhaite éloigner le plus possible de la population locale…

Les noms de divers personnages ne sont certainement pas anodins car – eux aussi – chargés d’histoire : le Nigeria a interdit la diffusion du film sur ses terres suite à la manière dont ont été dépeints ses citoyens à travers l’intrigue. Celui du chef du gang (Obesandjo, incarné par Eugene Khumbanyiwa) était jugé bien trop proche de celui d’Olusegun Obasanjo, qui fut chef de l’état nigérian à trois reprises. Ross Pienaar (Robert Hobbs), le militaire du MNU le plus impitoyable envers les « crevettes », partage ainsi son nom avec Francois Pienaar, capitaine de l’équipe de rugby sud-africaine qui a eu la charge de rassembler tout un pays au court de la Coupe du monde de 1995. Quelques mois après la sortie de District 9, c’est Matt Damon qui incarnait le célèbre sportif dans Invictus de Clint Eastwood… avant de collaborer avec Neill Blomkamp trois ans plus tard pour Elysium.

L’arroseur arrosé

Il n’y a qu’à voir comment se comporte le personnage principal, Wikus Van de Merwe (Sharlto Copley), pour comprendre à quel point la discrimination des extraterrestres est devenue un acte complètement banal. Une fois sur le terrain du District 9, le personnage se moque ouvertement d’eux, semble complètement tranquille lorsqu’un militaire se fait arracher le bras après avoir titillé un alien de trop près, leur balance de la pâtée pour chats comme s’ils étaient de vulgaires bêtes… Malgré son côté gaffeur (le personnage est tout de même légèrement ridiculisé), Wikus semble bien sûr de lui, et se sent également bien supérieur à ces êtres. Lorsqu’il se retrouve infecté par une étrange matière, Wikus se rend compte qu’il se métamorphose peu à peu en « crevette ».

« District 9 raconte comment le nazi devient la victime de l’Holocauste, pour faire simple. » Voici ce que disait Blomkamp à propos de son film lors d’une interview à IGN en 2015. Victime d’un accident, Wikus se voit mis en quarantaine par les autorités, puis déclaré coupable de collaboration avec les extraterrestres – un sentiment affirmé dès l’introduction du film, qui ne cache alors aucunement le devenir du personnage. Le film de Blomkamp passe alors du quasi-documentaire à la traque ; celle d’un individu dont on ne connait les capacités. Le pouvoir des images, l’incessant renouvellement de l’information et la brutalité deviennent alors les maîtres mots de la mise en scène. Wikus, coupé de tout lien avec ses proches, passe de la position du chasseur à celle de la proie.

District 9
Un film de Neill Blomkamp

Sorti en salles le 16 septembre 2009

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