[Rétrospective En Orbite] 6 portraits d’astronautes au cinéma

Gravity en 2013, Interstellar en 2014, Seul sur Mars en 2015, Passengers en 2016, Life : Origine inconnue en 2017, et First Man en 2018… Chaque année, au moins un film sur l’espace avec des astronautes comme protagonistes sort dans les salles obscures. Il faut bien avouer que l’astronaute est un héros de cinéma parfait : explorateur moderne, la nature même de son métier lui promet de vivre des aventures palpitantes. Un voyage spatial, que ce soit pour aller sur Mars, sur la Lune ou simplement en orbite de la Terre, sort forcément de l’ordinaire, et est toujours dangereux.

L’astronaute, pour exercer son travail, doit avoir des qualités et des compétences qui font également de lui un protagoniste remarquable : courageux, en excellente forme physique, intelligent et astucieux, il peut faire face aux nombreux obstacles que le scénariste mettra sur sa route, et les résoudre non sans placer le spectateur dans un profond suspense. Mais l’attrait pour ce personnage de cinéma démontre aussi l’admiration que nous avons pour cette profession : les astronautes ont indéniablement des qualités exemplaires et une vie extraordinaire. Comment alors témoigner de cela dans un film et quelle facette de ce personnage chaque réalisateur a-t-il décidé de mettre en avant pour servir le scénario et la mise en scène ? Retour sur six portraits et quatre films mettant chacun en avant un aspect différent de la profession d’astronaute.

Jim Lovell dans Apollo 13 : la connaissance scientifique et la précision technique

Apollo 13 est un film réalisé par Ron Howard (Da Vinci Code, Solo) en 1995. Le film retrace l’histoire vraie de la mission Apollo 13, qui avait pour but d’emmener les astronautes Jim Lovell (Tom Hanks), Fred Haise (Bill Paxton) et Jack Swigert (Kevin Bacon) sur la Lune. A cause de plusieurs défaillance dans leur vaisseau, les trois Américains sont obligés de changer leur trajectoire, d’abandonner leur destination initiale et de revenir sur Terre, le tout en réglant les différents problèmes à bord : perte d’oxygène, manque de carburant… Considérablement aidés par l’équipe de la NASA sur Terre, les astronautes devront toutefois faire preuve de courage, de rapidité et de précision pour rester en vie.

Le film de Ron Howard met l’accent sur les aspects très techniques d’une telle mission. Bien avant le départ des astronautes, les séances de simulateurs sont longuement représentées : comme il s’agit de la meilleure façon pour les astronautes de se préparer, ceux-ci s’entraînent dans des conditions réelles à surmonter les différents problèmes qui pourraient survenir. Une fois là-haut, ils n’auront pas le droit à l’erreur. Grâce au personnage de Jim Lovell mais aussi aux différentes personnages secondaires, le réalisateur insiste sur le fait que la profession d’astronaute requiert des années de formation et d’entrainement, pour savoir effectuer tous les procédures mais aussi s’habituer à l’apesanteur, ou encore faire connaître parfaitement son équipe.

Apollo 13 met également en lumière le fait que l’on est astronaute même lorsqu’on ne décolle pas dans une fusée ou que l’on n’est pas sur le devant de la scène. Quelques jours avant le décollage, l’astronaute Ken Mattingly (Gary Sinise) qui devait effectuer la mission est remplacé par un des membres de l’équipe de réserve, Jack Swigert, pour des questions de santé. Ron Howard met parfaitement en avant ces deux personnages, pour montrer à la fois l’excellence des équipes de réserve, qui s’entraînent de la même façon et sont prêts à décoller jusqu’au dernier moment, et celle des hommes qui aident depuis la Terre à emmener les astronautes à bon port.

Enfin, tout en reconnaissant le courage et l’ingéniosité des protagonistes, le réalisateur n’en fait pas des héros outre-mesure. Ils ne sont pas mis sur un piédestal par rapport à l’équipe au sol qui se démène pour les ramener en vie, et ne sont pas présentés comme des hommes prêts à tout au nom de la bravoure : le mot d’ordre est la sécurité, et si cela signifie de ne jamais mettre les pieds sur la Lune, tel qu’était le rêve de Jim Lovell, l’astronaute l’accepte sans discuter.

 

Matt Kowalski et Ryan Stone dans Gravity : le calme et le contrôle des émotions

En 2013, le réalisateur Alfonso Cuarón avait secoué le monde du cinéma avec son film de science-fiction Gravity. Dans ce long-métrage, la destruction d’un satellite en orbite autour de la Terre provoque des débris qui vont à leur tour endommager considérablement la base sur laquelle se trouvent les astronautes Ryan Stone (Sandra Bullock) et Matt Kowalski (George Clooney), seuls survivants de l’accident. Ryan Stone est toutefois éjectée loin de la base et commence à dériver dans l’espace, affolée.

Si on laisse de côté l’aspect terrifiant de ce genre de catastrophe, il reste tout à fait normal pour un astronaute d’avoir parfois peur : même s’il est parfaitement préparé sur Terre grâce à des équipements qui le mettent dans des conditions réelles, ce n’est pas la même chose que de faire sa première sortie extra-véhiculaire et de se retrouver les pieds dans le vide intersidéral. Malgré tout, ces astronautes doivent gérer cette peur pour qu’elle ne les empêche pas de mener à bien leur travail. C’est cela qu’apprend Ryan Stone dans Gravity, de la manière la plus forte et horrible qui soit.

Lorsqu’il est éjecté et dérive dans l’espace, le personnage de Sandra Bullock cède à la panique : sa respiration saccadée utilise plus d’oxygène qu’il ne le faudrait, et son état l’empêche de visualiser ce qui permettrait de la localiser. Cette réaction est fortement contrastée par celle de son coéquipier, l’astronaute Matt Kowalski, qui effectue ici sa dernière mission et a beaucoup plus d’expérience qu’elle. Celui-ci garde son calme, pose des questions claires et efficaces pour venir la chercher, lui donne des ordres simples pour économiser son oxygène. Il insiste pour parler à la NASA même s’il n’a pas de réponse, et continue de faire les choses étape par étape : localiser Ryan, la rejoindre, puis se diriger vers l’ISS. Dans la scène particulièrement touchante où les deux astronautes se laissent dériver vers la station spatiale internationale, le personnage de George Clooney continue de parler calmement à sa coéquipière, pour qu’elle n’abandonne pas tout espoir de survie, et la force à penser à la Terre pour ne pas qu’elle perde de vue son objectif : rentrer à la maison.

Cette capacité à faire la part des choses et à retrouver son calme malgré une peur tétanisante, Ryan Stone va l’acquérir au cours du film, sorte de voyage initiatique, grâce à l’exemple de Kowalski, qui a ici un rôle de mentor. C’est grâce à cela qu’elle va réussir, étape par étape, à revenir saine et sauve sur Terre, malgré toutes les embûches qu’elle rencontrera sur son chemin, toutes potentiellement meurtrières.

 

Mark Whatney dans Seul sur Mars : l’optimisme et la passion pour la découverte

Comme le démontrent les deux premiers exemples, les films de science-fiction sur la conquête spatiale mettent souvent les astronautes dans des situations inconfortables. Parce qu’un voyage spatial réussi serait sans doute moins palpitant, les cinéastes cherchent souvent à savoir ce qui se passerait si la mission tournait mal. Des débris qui détruisent la base dans Gravity, une défaillance du vaisseau dans Apollo 13, ou bien un astronaute laissé pour mort sur une autre planète dans Seul sur Mars.

Dans ce dernier film, réalisé par Ridley Scott (Alien, Blade Runner) en 2015, l’astronaute Matt Whatney (Matt Damon) doit survivre pendant des mois sur Mars suite au départ en urgence de son équipe qui le croyait mort. Mais contrairement aux autres films qui mettent en avant la peur, la catastrophe, le suspense, Ridley Scott a choisi un autre ton. Le personnage principal, interprété par Matt Damon, est empreint d’un optimisme à toute épreuve. Après le choc et la peur inévitable de mourir seul sur une planète hostile, Mark Whatney se reprend en main et s’organise : il commence à faire pousser ses pommes de terre, à créer de l’eau, à chercher comment communiquer avec la NASA… le tout dans une bonne humeur étonnante et rafraîchissante. Durant tout le film, même si elle est forcément dangereuse, la planète Mars n’apparaît pas si hostile, car le protagoniste réussit à l’apprivoiser.

Seul sur Mars touche là une qualité et un trait de caractère des astronautes peu souvent représentée au cinéma : la joie que ces hommes et femmes ont à exercer leur métier, leur passion pour l’exploration et la découverte scientifique. Malgré les circonstances terrifiantes, Mark Whatney a bel et bien conscience d’être le premier à fouler la plupart des sols de Mars, d’être « le meilleur botaniste de la planète » (faute de concurrence…), et s’en réjouit même. Alors que vers le milieu du film, le personnage de Mark Whatney pense qu’il va mourir, il laisse un message à l’attention de ses parents, et souhaite qu’ils sachent qu’il aimait ce qu’il faisait. Cet état d’esprit permet au spectateur de mieux comprendre les astronautes qui prennent des risques énormes pour partir dans l’espace.

Ce ton parfois léger utilisé par Ridley Scott permet toutefois d’accentuer d’autant plus l’émotion de certaines scènes, notamment les deux passages où Mark Whatney laisse tomber le masque et se permet de craquer, lorsqu’il réussit pour la première fois à communiquer avec la NASA et apprend que celle-ci est au courant de sa survie, et lorsqu’il quitte enfin Mars, la plus grande des prisons qui soit.

 

Joseph Cooper et Amelia Brand dans Interstellar : l’humanité et son imperfection

Difficile dans un tel article de ne pas mentionner Interstellar, réalisé en 2014 par Christopher Nolan (Inception, Dunkerque), qui a non seulement soigné sa réalisation et son scénario, mais aussi ses personnages. Incarné par Matthew McConaughey, Joseph Cooper est un ancien pilote reconverti (comme tout le monde dans ce film futuriste) en agriculteur pour sauver sa famille de la famine. Sachant que la Terre – ne pouvant quasiment plus être cultivée – est condamnée, il décide d’accepter une mission pour trouver de nouvelles planètes habitables dans le but d’offrir un futur à ses enfants.

Ce qui transparaît des personnages de Interstellar, ce sont leur humanité et leur attachement indéniable à leur planète d’origine, la Terre. Joseph n’est pas mu par la passion de la découverte ou par la volonté de conquérir l’espace. Son but est de sauver ses enfants, et de les retrouver le plus rapidement possible. Au début du film, cela semble être un défaut pour mener à bien la mission : ses choix ne sont pas objectifs, il n’est pas prêt à sacrifier la Terre et ses enfants pour sauver l’espèce humaine. Lorsqu’il pense que la mission a échoué et que la Terre est définitivement condamnée, il regrette même d’être parti, d’avoir laissé ses enfants grandir sans lui, et supplie sa fille, qu’il revoit enfant, dans une scène déchirante (voir vidéo ci-dessous), de l’empêcher de partir.

Mais le personnage de Matthew McConaughey n’est pas le seul à laisser son humanité interférer dans ses choix. Sa coéquipière, Amelia Brand (Anne Hathaway), est aussi bouleversée que lui lorsqu’elle apprend que les habitants de la Terre sont condamnés, et, de son côté, est poussée dans ses décisions par l’amour qu’elle porte au Dr. Edmund, parti sur l’une des planètes potentiellement habitables. Quant au personnage du Dr. Mann (Matt Damon, encore une fois !), lui aussi parti sur une des planètes, son désir de survie le pousse à mentir sur la réalité de sa planète, qui n’est pas prometteuse de vie. Pensant sauver l’espèce humaine, ce personnage secondaire déchante lorsqu’il se rend compte qu’il s’est sacrifié et que sa planète n’est pas la bonne, et s’avère être prêt à tuer les autres astronautes pour s’assurer un retour sur Terre.

Qu’il soit les héros ou les méchants de l’histoire, les personnages d’Interstellar sont une représentation intéressante des astronautes : malgré leurs compétences indéniables et supérieures à bonne quantité d’individus (savoirs techniques dans de multiples domaines, condition physique excellente, courage), les astronautes restent des humains, avec des familles qui les attendent à la maison, une maison qui restera à jamais la Terre. Mais cette humanité n’est pas une faiblesse : c’est une impulsion. C’est cet attachement à la Terre qui pousse d’ailleurs le personnage de Matthew McConaughey à se dépasser pour trouver une solution, coûte que coûte.

Enfin, s’il est un trait de caractère commun à tous ces portraits d’astronautes, c’est indéniablement ce même instinct de survie qui les pousse à ne jamais abandonner, à tenter de rejoindre la Terre quoi qu’il arrive et quelles que soient les difficultés. Car les astronautes qui partent pour l’espace ne sont pas motivés par une envie de quitter leur monde ou de côtoyer la mort, mais au contraire, un grand désir de vivre, de découvrir ce dont l’humain est capable, ce dont l’univers est fait, dans le but, toujours, que les connaissances acquises lors de leur voyage parviennent jusqu’à la Terre, améliorent le savoir humain et fassent rêver les générations futures.


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