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[Rétrospective Elfman] La face cachée de ce touche à tout

Dans nos deux derniers articles consacrés au compositeur Danny Elfman, nous vous évoquions surtout son côté « populaire », de par ses collaborations avec des réalisateurs et des sociétés de productions de renom. Tim Burton, dont l’univers a toujours su toucher une large audience, a largement contribué à mettre Danny Elfman sur le devant de la scène, ce qui fait de lui un des musiciens de cinéma les plus connus du grand public.

Il arrive que le compositeur réponde à des commandes sur de grosses productions hollywoodiennes, et dans ce cas, souvent, son style est moins reconnaissable. C’est par exemple le cas d’Avengers : L’Ère d’Ultron (sur lequel il a collaboré avec Brian Tyler) ou de la trilogie Cinquante Nuances de Grey.

Mais Danny Elfman est loin, très loin de n’être qu’une machine à sous. Tourner en boucle n’est pas une expression qui lui convient, ni à laquelle il adhère. Le compositeur possède un large spectre d’aptitudes plus discrètes, dont nous vous parlons ici.

Vous connaissez sa voix…

S’il compose pour donner la parole aux instruments de musique, il n’est vraiment pas rare que Danny Elfman fasse chanter des coeurs dans ses morceaux. Souvent, ils rendent la musique d’autant plus magique et accentue le côté « merveilleux » des œuvres du musicien. On pense notamment au thème d’Alice au Pays des Merveilles, particulièrement réussi et sublimé par les voix. (On l’écoute juste en dessous !). À la manière d’un réalisateur qui apparaît quelques secondes sous les traits d’un personnage très secondaire dans son propre film, Danny Elfman adore faire des « caméos »… Il est arrivé plusieurs fois qu’il prenne la voix d’un personnage sur un film d’animation sur lequel il travaillait. L’exemple le plus connu est celui de Jack Skellington dans L’Etrange Noël de Mr. Jack (nous verrons la semaine prochaine, dans notre ultime article, que la collaboration avec Tim Burton sur ce film a mené à des tensions entre les deux artistes). Lors de sa célèbre complainte, en version originale, c’est alors la voix du compositeur lui-même que vous entendez !

Danny Elfman, lors de sa venue à Paris en septembre dernier, nous a raconté comment il en était venu à obtenir ce « rôle caché » : « À mesure que je faisais des bandes démo pour Tim [Burton], j’avais l’impression de m’investir de plus en plus dans Jack, d’être de plus en plus dans sa peau. J’étais éperdument amoureux de ce personnage mais rien n’était décidé concernant la personne qui ferait sa voix. Je voulais absolument que ça soit moi. Alors j’ai persuadé Tim de laisser chanter un personnage. J’ai chanté quelques secondes d’absolument chaque personnage du film à part Sally (l’amoureuse secrète de Jack, Ndlr). Quand j’ai terminé de tout enregistrer et que Tim avait tout écouté, je suis allé le voir pour tâter le terrain. J’ai commencé à lui mettre la puce à l’oreille en lui disant « Tim, tu sais, Jack,… je l’aime bien, enfin, voilà… » C’était à base de « Jack par-ci, Jack par-là » et il m’a dit « Oui bon vas-y, fais Jack ! » et voilà ! J’étais très heureux, j’y tenais vraiment ! ». Et d’ajouter, entre le rire et le sérieux : « Si ça n’avait pas été moi la voix de Jack Skellington pour cette chanson, je pense qu’un piano serait malencontreusement tombée d’une fenêtre sur le chanteur choisi. Son remplaçant aurait été empoisonné. Le remplaçant du remplaçant aurait été asphyxié dans son sommeil… Mais j’aurais fini par faire cette voix ! »

Moins connue, sa participation en tant que chanteur dans Les Noces funèbres. Vous souvenez vous de la musique dans laquelle un squelette borgne et jazzman raconte l’histoire de la mariée-morte ? Ce sac d’os porte le nom de Bonejangles et sa chanson ultra dansante est interprétée par Danny Elfman.

En cherchant dans les méandres d’internet, il est probable de se retrouver nez à nez avec des morceaux qu’il a enregistré quand il était un peu plus jeune et bien moins connu, au moment où il prenait part à Oingo Boingo, le groupe de musique dans lequel, grâce à son frère Richard, Danny Elfman a vraiment commencé à faire de la musique. On vous laisse en écouter un exemple (oui, on est là bien loin du thème de Batman auquel nous avons consacré tout un article. Pour l’anecdote et pour rester dans le côté barré, même s’il ne chante pas dedans, on vous invite à taper dans Youtube « Danny Elfman – The cat is dead »…)

Elfman, un chien en liberté 

Comment passer de ce que vous venez de voir et d’entendre, à un compositeur de musique symphonique, qui tourne dans les plus prestigieux établissements musicaux du monde ? Parce que oui, Danny Elfman sait faire bien d’autres choses que des musiques de films d’animations et de superhéros. En plus de ses concerts dédiés à ses bandes originales, il fait par ailleurs d’autres représentations destinées à un public avide de musique symphonique, avec des compositions personnelles sans lien avec le cinéma

Écrire pour ce second cas de figure, c’est pour lui « comme un chien à qui on aurait enlevé la laisse. Cela donne la possibilité de courir dans toutes les directions, sans maître qui te retienne, sans maître qui te recadre ». Le musicien était remonté sur scène, accompagné d’un orchestre, à la fin de l’année 2013 (la dernière fois qu’il s’était présenté sur les planches datait de ses représentations avec Oingo Boingo) dans le cadre d’une tournée nommée « Danny Elfman’s Music from the Films of Tim Burton » dans laquelle, avec un orchestre, il faisait revivre les morceaux qu’il avait autrefois composé pour le réalisateur. Mais c’est en juin 2017, à Prague (République tchèque) qu’il ouvre « officiellement » le bal de ces représentations symphoniques. Il présente en qualité de compositeur son premier concerto pour violon, nommé Eleven Eleven et interprété par l’orchestre symphonique national tchèque. L’oeuvre se compose de quatre mouvements. Voici le premier :

Avoir l’opportunité de varier son travail et de se tourner vers un tout autre exercice galvanise Danny Elfman. Il nous raconte : « C’est essentiel dans ma vie. C’est essentiel d’avoir une raison, d’avoir une chose qui puisse me pousser à réagir comme ça. Sinon, je deviendrais fou ». Mais il tient à préciser : « J’adore écrire pour le cinéma mais j’ai besoin d’écrire de façon désinhibé. Par exemple, écrire pour un quatuor à corde, c’est une nouvelle discipline que j’adore embrasser, même si ça me donne encore parfois du fil à retordre. Au moins, ça me libère. Ça m’évite de devenir un tueur en série. »

Pour ne pas commettre de meurtres à la pelle donc, Danny Elfman, pour l’instant et dans les mois qui suivent, s’éloigne un peu du cinéma et se concentre sur sa musique symphonique. D’ailleurs, cette année, il a été annoncé que le compositeur serait le papa d’une œuvre écrite pour la « National Youth Orchestra of Great Britain », une entité musicale très réputée et composée de plus de 120 musiciens. Le calendrier d’Elfman sur ce secteur pousse jusqu’en 2021 où il donnera naissance à un concerto pour percussions. Par ailleurs, lors de sa venue à Paris en septembre dernier, Danny Elfman a introduit son quatuor avec piano (composition avec un piano et trois autres instruments, généralement à cordes) joué par des musiciens du Berlin Philharmonic Piano Quartet.


A découvrir chaque jeudi du mois de ce décembre dans notre rétrospective spéciale Danny Elfman :

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