[Rétrospective Derrière les barreaux] Le mythe de l’évasion

En 1918 déjà, Charlie Chaplin s’évadait de prison dans Charlot s’évade. Lorsqu’on parle de prison au cinéma, on ne peut s’empêcher de penser au fantasme de l’évasion. Souvent spectaculaire, et étonnamment satisfaisante lorsqu’elle est un succès, le prisonnier qui arrive à se glisser entre les barreaux est un vivier à histoires.

La littérature nous en a offert des belles, l’une des plus célèbres restera celle du Comte de Monte-Cristo. Edmond Dantes, se fait passer pour le cadavre de son codétenu afin de s’évader, et lancer sa quête de revanche. Une échappée stratégique, reprise en clin d’œil dans Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit (2006), ou dans Le Masque de Zorro (1998).

Le cinéma regorge d’une tonne d’œuvres dans lesquelles des prisonniers doivent s’échapper. Des Evadés à Papillon ou encore de Prison Break à Chicken Run, la prison représente souvent une barrière impossible à franchir que certains personnages vont pourtant essayer de passer. Mais qui sont ces personnages qui tentent de s’évader ?

Des personnages coincés

Au premier abord, on pourrait penser que si ces personnages sont en prison, c’est parce qu’ils ont réalisé de terribles actes. Ainsi, les protagonistes peuvent être des malfrats, des voleurs ou encore des meurtriers. C’est le cas de L’Evadé d’Alcatraz ou du film Le Trou. Les personnages sont en prison parce qu’ils ont été jugés coupable d’un crime. C’est là qu’intervient un questionnement d’ordre moral. Comment soutenir un personnage, qui a commis un acte terrible, dans sa mission le menant à sortir de là où il doit être ? Cette question met en exergue un paradoxe sublime du cinéma. Car si le septième art peut susciter des interrogations morales, et peut-être politiques, se poser ce genre de question face à un film d’évasion va à l’encontre d’un principe fondamental du cinéma : la narration. C’est bien sûr grâce à la suspension consentie de l’incrédulité (le spectateur accepte que ce qui se passe à l’écran est réel) que le spectateur va se prendre au jeu du prisonnier et non du geôlier.

Mais au-delà des archétypes du malfrat justement en prison, il existe une flopée d’œuvres qui présente l’évasion d’un prisonnier qui ne devrait pas l’être. C’est le cas évidemment des Evadés mais aussi de Papillon (dont un remake avec Charlie Hunnam et Rami Malek va sortir au mois d’août). Ces prisonniers sont souvent victimes d’un mauvais jugement, ou bien prisonniers de guerre ou politiques. Ne supportant pas l’injustice et ne pouvant trouver d’aide pour se faire innocenter, c’est souvent face à la peine de mort que ces personnages luttent pour survivre.

Au cinéma, la prison peut aussi se présenter comme un endroit métaphorique, une épreuve en apparence impossible à surmonter mais qui permet à un personnage de se dépasser. C’est le cas notamment de The Dark Knight Rises, où Bruce Wayne doit s’échapper du « Puits » (le nom de la prison, ndlr) pour retrouver la force de sauver Gotham City.

Des histoires vraies et des fantasmes

Ce qui va entretenir le mythe de l’évasion de prison, dans l’imaginaire collectif, part bien souvent d’histoires vraies. On le dit bien souvent mais les évasions les plus spectaculaires tiennent d’un scénario de film. Partons d’un principe simple : la prison est censé être un lieu duquel on ne peut s’échapper. L’homme qui se voit privé de sa liberté ne peut donc pas en sortir si facilement. Mais pourtant, qu’en est-il de Frank Morris, le fameux prisonnier qui a inspiré L’Evadé d’Alcatraz ? Aujourd’hui personne ne sait dire s’il est bien mort ou vivant. Son corps n’ayant jamais été retrouvé, des avis de recherches de Morris, vieilli numériquement, placardent encore les murs d’Alcatraz. C’est ce genre d’intrigue surréaliste qui fascine et façonne le mythe de l’évasion. S’évader de prison est quasi impossible et apparaît comme une épreuve pleine de suspense à faire vivre à des personnages. C’est en cela que le mythe ne s’essouffle pas. Le spectateur est toujours curieux de découvrir l’envers du décor et les secrets du magicien. C’est l’ingéniosité des personnages et leur hargne qui rend l’expérience satisfaisante. Ainsi, on peut difficilement bouder son plaisir devant Prison Break, La Grande Evasion, ou même Chicken Run, qui prend un malin plaisir à faire référence au film de J. Sturges.

Le cinéma est bien souvent l’histoire de personnages qui se libèrent de leurs démons. Un film d’évasion porte dans son essence ces histoires de libérations. Il existe une forme presque poétique, voire cathartique à suivre un homme lutter pour sa liberté. Qu’il soit juste ou non, il reste un homme emprisonné.

Les films d’évasion constituent, dans le cinéma, un panel d’œuvres très large. Souvent répondant à des codes similaires, ils n’en restent pas moins efficaces, en revenant à des sujets universels. La satisfaction que l’on peut tirer du spectacle est forte, car elle nous ramène à une tragédie humaine, la lutte pour la liberté. En ce sens, les derniers plans de Dog Pound sont d’une grande force et posent une question complexe : la justice est-elle toujours derrière les barreaux ?


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