[Rétrospective Fête Foraine] Décors naturels ou en studio ?

Ce mois-ci sur le site – à l’occasion de la sortie de The Greatest Showman et Wonder Wheel – c’est Rétrospective Fête Foraine. Du film d’horreur (Destination Finale) à la comédie (Bienvenue à Zombieland) en passant pas les thrillers (Good Time, Mr Robot) ou les films de science-fiction (Jurassic Park, Westworld), chaque genre cinématographique ou télévisuel a droit à ses épisodes se déroulant dans un parc d’attraction. Plus que savoir le pourquoi, ou de recenser une liste non exhaustive de films s’y déroulant, l’idée est ici de se demander comment : comment ces films et séries ont filmé ces décors, étaient-ils pré-existants ou ont-il dû être construits et quels sont les différentes contraintes?

Le décor naturel, moins coûteux 

Autant le cinéma est reconnu comme un art, et tout le monde en comprend ses enjeux, autant quand il s’agit d’en parler comme d’une industrie, le grand public est plus évasif. Les coûts de fabrication sont réels, souvent conséquents, et un directeur de production cherchera toujours à réduire le budget.

Ainsi, quand il s’agit de tourner – l’exemple du jour – dans un parc d’attraction, la première idée serait de tourner dans un vrai parc d’attraction. De manière générale, le cinéma français et européen en général a plutôt tendance à privilégier les décors naturels, pré-existant au tournage (une habitude issue de la tradition de la Nouvelle Vague) tandis que les Américains préfèrent le studio. Mais dans les deux industries, toutes les options sont envisagées. Il s’agit bien évidemment d’abord du souhait du réalisateur, de ce qu’il souhaite raconter, de ce que le décor dit sur ses personnages, sur l’univers de son oeuvre.

Sean Price Williams sur le tournage de Good Time

Ainsi, que ce soit pour Wonder Wheel de Woody Allen, Good Time des frères Safdie ou pour Mr Robot de Sam Esmail, de vrais parcs d’attractions ont été « réquisitionnés » pour les tournages. Le film de Allen se situe dans le mythique Coney Island, et le parc d’attraction est un véritable personnage de son histoire (le réalisateur va jusqu’à donner à son film le nom d’une grande roue). Ainsi, s’il y a des passages en studio, nombre de scènes ont été tournées en extérieur dans le vrai parc, pour être fidèle à la réalité. Un réalisme auxquels tiennent également les frères Safdie qui tournent dans une vraie fête foraine en pleine nuit pour Good Time. Ici, l’envie des cinéastes est aussi importante que les contraintes financières : tourner de nuit dans un parc d’attraction est moins cher et plus rapide que de le recréer en studio. De plus, tout le film est traversé par l’idée d’urgence, de proximité avec ses personnages et de réalisme : Good Time filme les bas-fonds de New York, dans leur saleté et leur dure réalité.

Recréer pour mieux contrôler

L’autre possibilité, c’est donc de recréer en studio une partie du décor. Il y a quelques décennies (avant les années 60), la quasi-intégralité des films était tournée en studio. Désormais, ils sont moins nombreux et seuls les plus gros peuvent se permettre de s’installer pour une si longue durée. Car oui, tourner en studio a un coût énorme, bien plus conséquent que de tourner dans un lieu réel. Il faut d’abord louer le studio (on parle de centaines de mètres carrés) puis ensuite construire les décors.

Le grand intérêt, c’est bien sûr d’avoir un contrôle total et permanent sur son décor. Le chef décorateur crée non seulement comme le rêve précisément le réalisateur (et comme le raisonne le producteur) mais mieux encore, il peut manipuler l’espace afin d’aménager le décor pour la caméra. Car un tournage, ce sont des acteurs, mais aussi tout un tas d’outils (caméras, éclairage) qui prennent beaucoup de place. Le fait de construire entièrement un décor permet donc d’intégrer toutes ses contraintes et de faciliter le tournage.

Philippe Rousselot sur le tournage des Animaux Fantastiques

Enfin, tourner en studio c’est jouer la carte de l’illusion jusqu’au bout. On n’est pas obligé de tout construire, on peut ne faire que des façades de bâtiments, ne pas les faire en béton mais en contreplaqué (car, ils sont, de toute façon, voués à disparaître). Ces décors sont éphémères ! Si cela peut créer un sentiment de réalisme assez impressionnant, on peut aussi à l’inverse en jouer, prouver qu’il est faux. Pour The Greatest Showman, par exemple, tout le film joue sur l’illusion et sur la théâtralité. On ne s’étonne pas, donc, de voir des bâches géantes représentant New York, ou une lune en carton pâte. L’illusion est rompue, mais c’est voulu !

Ainsi, tourner en studio ou dans des décors naturels est une volonté du réalisateur. Néanmoins, les coûts sont différents et donc un producteur doit adapter son décor en fonction de son budget : un gros film américain peut se permettre de tourner en studio, de reconstruire un parc d’attraction (ou de le faire en 3D!) tandis que des films plus indépendants ne pourront se le permettre. Le 7ème art, oui, mais une industrie avant tout.



A découvrir chaque mercredi, pendant tout le mois de janvier, dans notre rétrospective fête foraine:


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