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[Rétrospective] Danny Boyle : un cinéaste fantôme ?

Danny Boyle, c’est un nom que l’on a tous déjà plus ou moins entendu. Oui, on se souvient vaguement de Trainspotting, mais surtout de Slumdog Millionnaire et de la cérémonie des Oscars en 2008, où il reçoit le prix du meilleur réalisateur. Et pourtant, on ne connaît pas forcément son visage, bien que son côté Christoph Waltz et Robert Knepper et son accent britannique soient difficiles à oublier. Alors, Danny Boyle est-il un cinéaste fantôme? Où sont, et qui sont ses fans ? Sait-on vraiment qui il est?

Danny Boyle, c’est un peu le génie caché du cinéma. A certaines occasions, les critiques et le public vont frotter la lampe et faire sortir le cinéaste des rangs. Slumdog Millionnaire a par exemple propulsé définitivement le réalisateur sur la scène internationale, mais surtout aux yeux du grand public. Cependant, beaucoup de ces films resteront dans le cercle privé des cinéphiles, comme Trance ou La Plage.

C’est un exercice bien difficile que de faire le portrait de ce cinéaste éclectique. Si il y a bien une chose qui est quasi impossible avec Boyle, c’est de donner une certaine tendance de son cinéma. Au delà du génie, Danny Boyle, c’est aussi un adolescent qui s’est essayé à tous les styles pour trouver son identité. La névrose est l’un des thèmes forts de son oeuvre, mais on y retrouve aussi le temps, l’addiction, la maladie, le mensonge ou encore l’argent. En véritable humaniste, Boyle essaie de sauver ses personnages perdus dans ce cadre si sombre.

La sortie de Trainspotting 2 était l’occasion de lui consacrer une rétrospective, de rendre hommage au cinéaste de talent qu’il est, mais aussi de donner à comprendre sa logique, et de montrer comment ce dernier film vient parfaitement s’ajouter à l’engrenage de sa filmographie. Tout le mois de février sera donc dédié aux films cultes du cinéaste, de Petits meurtres entre amis à 127 heures en passant par 28 jours plus tard, Slumdog Millionnaire ou encore La Plage, sans oublier, bien sûr, le tout dernier Transpotting 2. Et pour ouvrir le bal, qui de mieux placé que lui-même pour nous parler de ce film, qui sortira le 1er mars prochain? L’occasion d’expliquer qu’au delà d’une suite, Transpotting 2 est l’expression de toute sa cinéphilie, sa culture et de lui même.

A découvrir pendant tout le mois de février, dans notre rétrospective Danny Boyle :


Lors de sa venue exceptionnelle en France pour la promotion de Trainspotting 2, Danny Boyle nous a fait le récit du projet T2, de toute l’énergie, l’attente, et la passion qu’il y a investi. 

Pourquoi T2 ?

Je me suis longtemps demandé comment faire une bonne suite, et quel bon titre lui donner. L’un des premiers titres qui est sorti était The Least unfamiliar, une idée qui a vite été rejetée. Puis, j’ai réfléchi au titre que donneraient les quatre personnages du film. Pourquoi cette référence à James Cameron et à Terminator 2 ? D’abord parce qu’ils sont fans du film, qui est une très bonne suite. Et parce que leur coté punk auraient aimé que ça embête Cameron que l’on choisisse ce titre. Il se trouve que T2 n’est pas le titre original de Terminator 2 mais un surnom, donc nous avions le droit de l’utiliser, mais pour des questions de référencement, on a finalement opté pour Trainspotting 2. Sur Youtube, on peut trouver un mash-up entre la voix d’Ewan McGregor dans le trailer de Trainspotting et des images de Terminator, c’est très drôle.

T2, l’héritage de Transpotting ?

Effectivement, les deux films résonnent ensemble. Il y a des moments d’intrusion du premier film dans T2. On a l’impression que les personnages sont conscients que l’on fait un film sur eux (cf. le passage de Spud qui fait de la boxe). Je traquais ces moments de subconscience, ou les deux films résonnent ensemble, se font écho.

C’est compliqué de faire une suite parce qu’en général, elle arrive cinq, six, sept ans après l’original et pour de mauvaises raisons, souvent commerciales. Il se trouve que dix ans après, nous nous sommes retrouvés avec les producteurs pour faire la suite, un scénario a été écrit mais il était catastrophique, et le projet a été abandonné. Au début, c’était une blague que je faisais aux journalistes en disant mes acteurs n’étaient pas assez vieux, que ça ne fonctionnait pas… Or, ça s’est avéré vrai. J’avais besoin que les acteurs ressemblent à leur personnage.

Pour les vingt ans du film, nous nous sommes réunis de nouveau et la bonne idée est arrivée. Avoir pris le temps, c’est ce qui a fait que cette suite est plus qu’un deuxième volet, beaucoup plus intéressant avec des thèmes qui sont nouveaux. Vingt ans après, ça marchait avec les mêmes acteurs. Le cinéma est une machine qui rend glamour tout ce qu’il touche. Regardez Daniel Blake. Et je voulais lutter contre ça pour que les personnages puissent exister dans le film. T2 est un film sur la masculinité, le vieillissement et sur comment ces personnes, qui étaient des durs à cuire et des punks, ont vieilli et se sont libérés – ou pas – de ce qui les définissait. A travers ce film, je parle de ces personnages, mais aussi de moi-même, et de tous les gens qui ont gravité autour du film.

Et Iggy Pop ?

Iggy Pop est comme une espèce de toile d’araignée, un fil tendu qui ne se révélera qu’à la fin. Evidemment, c’est un des gros mythes du film. Au départ, le héros ne peut pas écouter Iggy Pop parce il est perdu, il a perdu sa voix, sa confiance en lui, c’est aussi une des raisons pour lesquelles le film n’a plus cette voix off, constitutive du premier volet. Il est paumé, c’est la crise de la quarantaine. Comment va- t-il retrouver cette identité, sa confiance ? Tout cela passe par cette recherche d’Iggy Pop et cette scène finale fantastique. Quand vous utilisez des musiques, vous devez payer des droits, sauf quand vous faites des remix : là il faut s’entendre avec l’artiste. J’ai fait ça avec Iggy Pop, on a beaucoup parlé ensemble. Je me suis rendu compte qu’il connaissait tout du film et des livres. Il a accepté de collaborer de manière libre sur le film.

Crise de la quarantaine : passage du temps et mélancolie ?

Les acteurs ont repris leurs fringues, leurs chaussures, et ont apporté eux-même leur propre expérience de ces vingts dernières années. Ils ont nourri ainsi leurs personnages, comme s’ils ne les avaient jamais quittés. C’est un film sur les trahisons et les possibilités. C’est un peu mon histoire avec Ewan Mc Gregor : nous avions longtemps travaillé ensemble, et au moment de la préparation de La Plage, j’ai laissé flotter l’idée qu’Ewan aurait le rôle alors que DiCaprio était déjà engagé. Cela a créé une fracture, nous ne nous sommes plus parlé pendant des années. T2 parle aussi de cette histoire. En ça, c’est un film autobiographique. Le film travaille l’idée du passage du temps, que les hommes gèrent beaucoup moins bien que les femmes d’ailleurs. Les hommes cherchent à faire revivre le passé, et c’est désastreux. C’est pour cela que dans le film, ils sont au premier plan. Et cette belle idée court tout le film et donne une puissance mélancolique à l’ensemble.

Comments (1)

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