[Rétrospective Danny Boyle] Une vie moins ordinaire (1997)

À l’époque échec au box office et démoli par la critique, le troisième film de Danny Boyle est peut-être celui qui ressemble le moins aux autres – dans leurs tentatives de repousser les limites d’un genre et de sa mise en image – alors que son titre laissait pourtant espérer un objet à contre courant. Mineur, chaotique à bien des endroits, une certaine fraîcheur et un vent de liberté se dégagent tout de même d’Une vie moins ordinaire. En s’aventurant pour la première fois sur le sol américain, Boyle ne perd rien de ce qui fait sa singularité, qui se trouve toutefois ici mise au service d’un scénario trop gentillet. Il est alors aisé de regretter les situations grinçantes et l’humour à double tranchant qui caractérise nécessairement la filmographie de l’Ecossais.

Robert (Ewan McGregor) vient d’être licencié et de se faire larguer. Pour figurer son ras-le-bol, il kidnappe sans savoir y faire la fille de son ex-patron, Céline (Cameron Diaz), caractérielle et indomptable. Afin de la récupérer, son père (Ian Holm) engage deux tueurs à gages (Holly Hunter et Delroy Lindo), en réalité deux anges tombés du ciel pour faire en sorte que Robert et Céline tombent amoureux…

Un intriguant cocktail hétérogène

Attaché à ses racines qui lui ont valu les prémices de son succès, c’est avec John Hodge, Andrew McDonald et Ewan Mcgregor – respectivement scénariste, producteur et acteur fétiche – que Danny Boyle débarque aux États-Unis pour mettre en scène cette idée délirante. Cameron Diaz, révélée par The Mask trois ans auparavant, y incarne la farouche Céline. Son duo avec McGregor – ses chemises à fleurs et sa coupe proche du mulet – est franchement pétillant bien que les dialogues peinent à valoriser leur osmose. Certaines séquences menées par les deux anges improbables téléportent quant à elles le film dans un cartoon tarantinesque. À plusieurs reprises, le personnage de Holly Hunter n’est pas sans rappeler Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) dans les Huits Salopards. Difficile également de ne pas penser à la mémorable course poursuite de Boulevard de la Mort lorsqu’elle est agrippée au capot de la voiture de nos principaux protagonistes en fuite.

Une vie moins ordinaire s’ouvre sur une séquence dans les locaux de l’ange Gabriel, environnement entièrement blanc où l’on pourrait s’attendre à voir débarquer Bruce (tout puissant) : le ton est donné, on flaire la comédie potache. Mais puisque Boyle ne fait rien comme les autres, il lui donnera la forme d’un road movie, libérant le vaste terrain de jeu propice à l’évolution de la romance à venir, sans oublier d’y inclure une séquence qui a tout d’une comédie musicale. En ponctuant son cocktail de quelques actions violentes volontairement grotesques et risibles, le réalisateur tente à sa manière de répondre aux attentes conférées au cinéma américain. Ne prenant ainsi guère de risque et préservant une grande légèreté, il prive son film de toute réelle subtilité et ne saura qu’inégalement captiver l’attention.

Charmant, globalement distrayant mais paradoxalement bien plus ordinaire que d’autres films de Danny Boyle (il faut dire qu’après Trainspotting, la barre était très haut placée), Une vie moins ordinaire vaut le détour. Bien que toujours excessif, on a connu le réalisateur plus fin dans le mélange des genres et c’est peut-être ici ce qui lui fait défaut. Ne serait-ce que pour l’improbable duo McGregor-Diaz, il serait dommage d’enterrer son troisième long métrage, l’élément kitch de sa filmographie, le grain de folie qui annonce la couleur de sa carrière à l’américaine : rien ne l’arrêtera quel que soit le chemin, et il les prendra tous.

 

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