[Rétrospective Danny Boyle] Trainspotting (1996)

Y a-t-il plus étrange titre dans la filmographie de Danny Boyle que celui de son second long métrage, Trainspotting ? Pourtant, c’est sûrement le plus significatif de l’ensemble de sa carrière. En Angleterre, les trainspotters étaient les membres d’une communauté qui s’amusait à noter les numéros des trains quittant la gare pour ensuite comparer leurs résultats. Le terme étant rentré dans le vocabulaire, il désigne désormais tout comportement obsessionnel, addict, ou compulsif. Ewan McGregor, à l’occasion de la sortie du film, avait affiné l’analyse du dit Trainspotting : il s’agit d’une allusion à ces personnages héroïnomanes dont les bras sont ponctués de points de piqûre, dessinant alors sur leurs veines un réseau ferroviaire allant de station en station.

Au coeur de la tradition esthétique des drug movies

Dans Trainspotting, Danny Boyle cherche avant tout des idées de mise en scène. Aussitôt que les premières images apparaissent, la volonté du cinéaste de créer un petit univers cinématographique se fait sentir. Ce sont les aventures de Mark Renton, un junkie bad boy et sexy d’Edimbourg, qui vont permettre sa construction. Lui et sa bande de copains marginaux offrent à Boyle un espace de représentation de la misère sociale de l’époque, et des conditions de vies sordides des jeunes d’Ecosse. Sur le ton du tragi-comique, Boyle nous conte une fable sadique sur les différentes formes d’addiction, de l’héroïne au sexe en passant bien sûr par l’argent.

Cette forme de narration, portée sur les méfaits de l’errance de la jeunesse due au chômage et à la précarité sociale, ce n’est pas la première fois que le cinéma s’en empare. En effet, il est possible d’établir une généalogie autour de trois principaux films générationnels : Orange Mécanique, Trainspotting et Requiem for a dream. En 1971, Stanley Kubrick réalise A Clockwork Orange, de sa traduction française Orange Mécanique, et déclenche une énorme polémique quant à l’utilisation de l’ultra violence et du sexe, et le film est même retiré des salles britanniques. Pourtant, vingt-cinq ans après, Trainspotting reprend les mêmes thèmes, fait le meilleur chiffre des entrées de salle de l’année en Grande Bretagne et est accueilli comme la révélation et le premier chef d’oeuvre de Danny Boyle. Requiem for a dream, sorti en 2000, est le petit dernier de la fratrie.

Il y a beaucoup de similitudes entre ces trois films, notamment dans la manière d’enregistrer à l’écran l’instant T de la prise de drogue. Tout comme il a vu 2001, L’Odyssée de l’espace lorsqu’il réalise, plus tard, Sunshine, Danny Boyle a également en mémoire Orange Mécanique au moment de la réalisation de Trainspotting. Ainsi inspiré par Kubrick, Boyle reprend certains de ses procédés, notamment les plans courts successifs accompagnés de bruitages, quasi en inserts sonores tellement ils sont exacerbés. Darren Aronovski achève cette tradition dans Requiem for a dream en insérant carrément des plans montrant l’effet de l’héroïne sur les cellules. Mais le réalisateur américain emprunte bien plus à son confrère britannique : on retrouve par exemple ce même traitement de la temporalité, cette impression de vivre en temps réel l’évolution des personnages.

Si dans notre article d’introduction, nous nous demandions qui était Danny Boyle, le titre Trainspotting y répond plus ou moins. Danny Boyle est un versatile : en prenant une trajectoire pas toujours drôle, cet addict au changement va aller de gare en gare pour effectuer son interminable voyage cinématographique. Trainspotting se présente donc comme un film générationnel certes, mais aussi annonciateur de ce que va être la carrière névrosée du réalisateur. Mais où en est-il aujourd’hui ? La réponse avec le T2 Trainspotting qui arrive en mars prochain.


A découvrir également dans notre rétrospective Danny Boyle :
– Petits Meurtres entre amis (1995)
– La Plage (2000)

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